****    La_ville_77
la ville s'endormait
et j'en oublie le nom
sur le fleuve en amont
un coin de ciel brûlait
la ville s'endormait
et j'en oublie le nom
et la nuit peu à peu
et le temps arrêté
et mon cheval boueux
et mon corps fatigué
et la nuit bleu à bleu
et l'eau d'une fontaine
et quelques cris de haine
versés par quelques vieux
sur de plus vieilles qu'eux
dont le corps s'ensommeille
la ville s'endormait
et j'en oublie le nom
sur le fleuve en amont
un coin de ciel brûlait
la ville s'endormait
et j'en oublie le nom
et mon cheval qui boit
et moi qui le regarde
et ma soif qui prend garde
qu'elle ne se voie pas
et la fontaine chante
et la fatigue plante
son couteau dans mes reins
et je fais celui-là
qui est son souverain
on m'attend quelque part
comme on attend le roi
mais on ne m'attend point
je sais depuis déjà
que l'on meurt de hasard
en allongeant le pas
la ville s'endormait
et j'en oublie le nom
sur le fleuve en amont
un coin de ciel brûlait
la ville s'endormait
et j'en oublie le nom
il est vrai que parfois
près du soir les oiseaux
ressemblent à des vagues
et les vagues aux oiseaux
et les hommes aux rires
et les rires aux sanglots
il est vrai que souvent
la mer se désenchante
je veux dire en cela
qu'elle chante d'autres chants
que ceux que la mer chante
dans les livres d'enfants
mais les femmes toujours
ne ressemblent qu'aux femmes
et d'entre elles les connes
ne ressemblent qu'aux connes
et je n'suis pas bien sûr
comme chante un certain
qu'elles soient l'avenir de l'homme
la ville s'endormait
et j'en oublie le nom
sur le fleuve en amont
un coin de ciel brûlait
la ville s'endormait
et j'en oublie le nom
et vous êtes passée
demoiselle inconnue
à deux doigts d'être nue
sous le lin qui dansait
****    Mai_40_77
on jouait un air comme celui-ci
lorsque la guerre s'est réveillée
on jouait un air comme celui-ci
lorsque la guerre est arrivée
moi de mes 11 ans d'altitude
je découvrais, éberlué
des soldatesques fatiguées
qui ramenait ma belgitude
les hommes devenaient des hommes
les gares avalaient des soldats
qui faisaient ceux qui ne s'en vont pas
et les femmes
les femmes s'accrochaient à leurs hommes
on jouait un air comme celui-ci
lorsque la guerre s'est réveillée
on jouait un air comme celui-ci
lorsque la guerre est arrivée
et voilà que le printemps flambe
les canons passaient en chantant
et puis les voilà revenant
déjà la gueule entre les jambes
comme repassaient en pleurant
nos grands frères devenus vieillards
nos pères devenus brouillard
et les femmes
les femmes s'accrochaient aux enfants
on jouait un air comme celui-ci
lorsque la guerre s'est réveillée
on jouait un air comme celui-ci
lorsque la guerre est arrivée
je découvris le réfugié
c'est un paysan qui se nomade
c'est un banlieusard qui s'évade
d'une ville ouverte qui est fermée
je découvris le refusé
c'est un armé que l'on désarme
et qui doit faire chemin à pied
et les femmes
les femmes s'accrochaient à leurs larmes
on jouait un air comme celui-ci
lorsque la guerre s'est réveillée
on jouait un air comme celui-ci
lorsque la guerre est arrivée
d'un ciel plus bleu qu'à l'habitude
ce mai 40 a salué
quelques allemands disciplinés
qui écrasaient ma belgitude
l'honneur avait perdu patience
et chaque bourg connut la crainte
et chaque ville fut éteinte
et les femmes
les femmes s'accrochèrent au silence
****    Vieillir_77
mourir en rougissant
suivant la guerre qu'il fait
du fait des allemands
à cause des anglais
mourir baiseur intègre
entre les seins d'une grosse
contre les os d'une maigre
dans un cul de basse-fosse
mourir de frissonner
mourir de se dissoudre
de se racrapoter
mourir de se découdre
ou terminer sa course
la nuit de ses cent ans
vieillard tonitruant
soulevé par quelques femmes
cloué à la grande ourse
cracher sa dernière dent
en chantant “amsterdam”
mourir, cela n'est rien
mourir, la belle affaire
mais vieillir, ô, ô vieillir
mourir, mourir de rire
c'est possiblement vrai
d'ailleurs, la preuve en est
qu'ils n'osent plus trop rire
mourir de faire le pitre
pour dérider l'désert
mourir face au cancer
par arrêt de l'arbitre
mourir sous le manteau
tellement anonyme
tellement incognito
que meurt un synonyme
ou terminer sa course
la nuit de ses cent ans
vieillard tonitruant
soulevé par quelques femmes
cloué à la grande ourse
cracher sa dernière dent
en chantant “amsterdam”
mourir, cela n'est rien
mourir, la belle affaire
mais vieillir, ô vieillir
mourir couvert d'honneur
et ruisselant d'argent
asphyxié sous les fleurs
mourir en monument
mourir au bout d'une blonde
là où rien ne se passe
où le temps nous dépasse
où le lit tombe en tombe
mourir insignifiant
au fond d'une tisane
entre un médicament
et un fruit qui se fane
ou terminer sa course
la nuit de ses mille ans
vieillard tonitruant
soulevé par quelques femmes
cloué à la grande ourse
cracher sa dernière dent
en chantant “amsterdam”
mourir, cela n'est rien
mourir, la belle affaire
mais vieillir, ô, ô vieillir.
****    Bon_Dieu_77
toi
toi, si t'étais l'bon dieu
tu f'rais valser les vieux
aux étoiles
toi, toi si t'étais l'bon dieu
tu allumerais des bals
pour les gueux
toi
toi, si t'étais l'bon dieu
tu n's'rais pas économe
de ciel bleu
mais tu n'es pas le bon dieu
toi, tu es beaucoup mieux
tu es un homme
tu es un homme
tu es un homme
****    Les_F._77
messieurs les flamingants, j'ai deux mots à vous rire
il y a trop longtemps que vous me faites frire
a vous souffler dans l'cul, pour dev'nir autobus
vous voilà acrobates mais vraiment rien de plus
nazis durant les guerres et catholiques, entre elles
vous oscillez sans cesse du fusil au missel
vos regards sont lointains, votre humour est exsangue
bien qu'il y ait des rues à gand qui pissent dans les deux langues
tu vois, quand j'pense à vous, j'aime que rien ne se perde
messieurs les flamingants, je vous emmerde
vous salissez la flandre, mais la flandre vous juge
voyez la mer du nord, elle s'est enfuie de bruges
cessez de me gonfler mes vieilles roubignoles
avec votre art flamand italo-espagnol
vous êtes tellement, tellement beaucoup trop lourds
que quand les soirs d'orage, des chinois cultivés
me demandent d'où je suis, je réponds fatigué
et les larmes aux dents : "ik ben van luxembourg"
et si, aux jeunes femmes, on ose un chant flamand
elles s'envolent en rêvant aux oiseaux roses et blancs
et je vous interdis d'espérer que jamais
a londres, sous la pluie, on puisse vous croire anglais
et je vous interdis, à new york ou milan
d'éructer, messeigneurs, autrement qu'en flamand
vous n'aurez pas l'air con, vraiment pas con du tout
et moi, je m'interdis de dire que je m'en fous
et je vous interdis d'obliger nos enfants
qui ne vous ont rien fait, à aboyer flamand
et si mes frères se taisent et bien tant pis pour elles
je chante, persiste et signe, je m'appelle : jacques brel
****    Orly_77
ils sont plus de deux mille
et je ne vois qu'eux deux
la pluie les a soudés
semble-t-il l'un à l'autre
ils sont plus de deux mille
et je ne vois qu'eux deux
et je les sais qui parlent
il doit lui dire “je t'aime”
elle doit lui dire “je t'aime”
je crois qu'ils sont en train
de ne rien se promettre
ces deux-là sont trop maigres
pour être malhonnêtes
ils sont plus de deux mille
et je ne vois qu'eux deux
et brusquement ils pleurent
ils pleurent à gros bouillons
tout entourés qu'ils sont
d'adipeux en sueur
et de bouffeurs d'espoir
qui les montrent du nez
mais ces deux déchirés
superbes de chagrin
abandonnent aux chiens
l'exploit de les juger
la vie ne fait pas de cadeau
et, nom de dieu, c'est triste
orly, le dimanche
avec ou sans bécaud
et maintenant ils pleurent
je veux dire tous les deux
tout à l'heure, c'était lui
lorsque je disais “il”
tout encastrés qu'ils sont
ils n'entendent plus rien
que les sanglots de l'autre
et puis
et puis infiniment
comme deux corps qui prient
infiniment lentement
ces deux corps se séparent
et en se séparant
ces deux corps se déchirent
et je vous jure qu'ils crient
et puis ils se reprennent
redeviennent un seul
redeviennent le feu
et puis se redéchirent
se tiennent par les yeux
et puis en reculant
comme la mer se retire
il consomme l'adieu
il bave quelques mots
agite une vague main
et brusquement il fuit
fuit sans se retourner
et puis il disparaît
bouffé par l'escalier
la vie ne fait pas de cadeau
et, nom de dieu, c'est triste
orly, le dimanche
avec ou sans bécaud
et puis il disparaît
bouffé par l'escalier
et elle, elle reste là
coeur en croix, bouche ouverte
sans un cri, sans un mot
elle connaît sa mort
elle vient de la croiser
voilà qu'elle se retourne
et se retourne encore
ses bras vont jusqu'à terre
ça y est, elle a mille ans
la porte est refermée
la voilà sans lumière
elle tourne sur elle-même
et déjà elle sait
qu'elle tournera toujours
elle a perdu des hommes
mais là, elle perd l'amour
l'amour le lui a dit
revoilà l'inutile
elle vivra de projets
qui ne feront qu'attendre
la revoilà fragile
avant que d'être à vendre
je suis là, je la suis
je n'ose rien pour elle
que la foule grignote
comme un quelconque fruit
****    Varsovie_77
madame promène son cul sur les remparts de varsovie
madame promène son coeur sur les ringards de sa folie
madame promène son ombre sur les grand-place de l'italie
je trouve que madame vit sa vie
madame promène à l'aube les preuves de ses insomnies
madame promène à ch'val ses états d'âme et ses lubies
madame promène un con qui assure que madame est jolie
je trouve que madame est servie
tandis qu'moi, tous les soirs
je suis vestiaire à l'alcazar
madame promène l'été jusque dans le midi d'la france
madame promène ses seins jusque dans le midi d'la chance
madame promène son spleen tout au long du lac de constance
je trouve madame de circonstance
madame promène son chien, un boudin noir nommé byzance
madame traîne son enfance, qui change selon les circonstances
madame promène partout son accent russe avec aisance
c'est vrai qu'madame est de valence
tandis qu'moi, tous les soirs
je suis barman à l'alcazar
madame promène son ch'veu qui a la senteur des nuits de chine
madame promène son r'gard sur tous les vieux qui ont des usines
madame promène son rire comme d'autres promènent leur vaseline
je trouve que madame est coquine
madame promène ses cuites de verre en verre, de fine en fine
madame promène les gènes de vingt mille officiers d'marine
madame raconte partout que l'on m'appelle “tata jacqueline”
je trouve madame mauvaise copine
tandis qu'moi, tous les soirs
je suis chanteuse légère à l'alcazar
madame promène ses mains dans les différents corps d'armée
madame promène mes sous chez des d'mi-sels de bas quartier
madame promène carrosse qu'elle voudrait bien me voir tirer
je trouve que madame est gonflée
madame promène banco qu'elle veut bien me laisser régler
madame promène bijoux qu'elle veut bien me faire facturer
madame promène ma rolls que poursuivent quelques huissiers
je trouve que madame est pressée
tandis qu'moi, tous les soirs
je fais la plonge à l'alcazar
madame promène son cul sur les remparts de varsovie
madame promène son coeur sur les ringards de sa folie
madame promène son ombre sur les grand-places de l'italie
je trouve que madame vit sa vie
madame promène à l'aube les preuves de ses insomnies
madame promène à ch'val ses états d'âme et ses lubies
madame promène un con qui assure que madame est jolie
je trouve que madame est servie
tandis qu'moi, tous les soirs
je suis vestiaire à l'alcazar
madame promène l'été jusque dans le midi d'la france
madame promène ses seins jusque dans le midi d'la chance
madame promène son spleen tout au long du lac de constance
je trouve madame de circonstance
madame promène son chien, un boudin noir nommé byzance
madame traîne son enfance qui change selon les circonstances
madame promène partout son accent russe avec aisance
c'est vrai qu'madame est de valence
madame promène l'été jusque dans le midi d'la france
madame promène ses seins jusque dans le midi d'la chance
madame promène son spleen
****    Ami_pleur_77
bien sûr, il y a les guerres d'irlande
et les peuplades sans musique
bien sûr, tout ce manque de tendre
et il n'y a plus d'amérique
bien sûr, l'argent n'a pas d'odeur
mais pas d'odeur vous monte au nez
bien sûr, on marche sur les fleurs
mais, mais voir un ami pleurer
bien sûr, il y a nos défaites
et puis la mort qui est tout au bout
le corps incline déjà la tête
étonné d'être encore debout
bien sûr, les femmes infidèles
et les oiseaux assassinés
bien sûr, nos coeurs perdent leurs ailes
mais, mais voir un ami pleurer
bien sûr, ces villes épuisées
par ces enfants de cinquante ans
notre impuissance à les aider
et nos amours qui ont mal aux dents
bien sûr, le temps qui va trop vite
ces métros remplis de noyés
la vérité qui nous évite
mais, mais voir un ami pleurer
bien sûr, nos miroirs sont intègres
ni le courage d'être juif
ni l'élégance d'être nègre
on se croit mèche, on n'est que suif
et tous ces hommes, qui sont nos frères
tellement qu'on n'est plus étonné
que par amour ils nous lacèrent
mais, mais voir un ami pleurer
****    Le_Lion_77
ça fait cinq jours, ça fait cinq nuits
qu'au-delà du fleuve qui bouillonne
appelle, appelle la lionne
ça fait cinq jours, ça fait cinq nuits
qu'en deçà du fleuve qui bouillonne
répond le lion à la lionne
vas-y pas, gaston
même si elle te raconte
que sa mère est gentille
vas-y pas, gaston
même si elle ose te dire
qu'elle t'aime pour la vie
vas-y pas, gaston
même si elle te supplie
de l'amener à la ville
elle sera ta manon
tu seras son des grieux
vous serez deux imbéciles
ça fait dix jours, ça fait dix nuits
qu'au-delà du fleuve qui bouillonne
appelle, appelle la lionne
ça fait dix jours, ça fait dix nuits
qu'en deçà du fleuve qui bouillonne
répond le lion à la lionne
vas-y pas, gaston
arrête de remuer la queue
il faut qu'elle s'impatiente
fais celui qui a le temps
celui qui est débordé
mets-la en liste d'attente
vas-y pas, gaston
un lion doit être vache
dis-lui que t'es en plein rush
souviens-toi d'paulo
qui nous disait toujours
too much, c'est too much
ça fait vingt jours, ça fait vingt nuits
qu'au-delà du fleuve qui bouillonne
appelle, appelle la lionne
ça fait vingt jours, ça fait vingt nuits
qu'en deçà du fleuve qui bouillonne
répond le lion à la lionne
vas-y pas, gaston
même si elle te signale
qu'y en a un autre en vue
un qui est jeune, qui est beau
qui danse comme un dieu
qui a de la tenue
un qui a d'la crinière
qui est très intelligent
et qui va faire fortune
un qui est généreux
un qui, que quand elle veut
lui offrira la lune
ça fait une heure et vingt minutes
qu'au-delà du fleuve qui bouillonne
appelle, appelle la lionne
ça fait une heure et vingt minutes
que dans le fleuve qui bouillonne
un lion est mort pour une lionne
jacques, jacques
euh, oui, oui
jacques
c'est, c'est moi qu'on appelle
jacques, jacques
oui, oui, je suis là, oui
jacques, jacques
oh, oui
****    Marquises_77
ils parlent de la mort comme tu parles d'un fruit
ils regardent la mer comme tu regardes un puits
les femmes sont lascives, au soleil redouté
et s'il n'y a pas d'hiver, cela n'est pas l'été
la pluie est traversière, elle bat de grain en grain
quelques vieux chevaux blancs qui fredonnent gauguin
et par manque de brise, le temps s'immobilise
aux marquises
du soir montent des feux et des points de silence
qui vont s'élargissant, et la lune s'avance
et la mer se déchire, infiniment brisée
par des rochers qui prirent des prénoms affolés
et puis, plus loin, des chiens, des chants de repentance
et quelques pas de deux, et quelques pas de danse
et la nuit est soumise, et l'alizé se brise
aux marquises
le rire est dans le coeur, le mot dans le regard
le coeur est voyageur, l'avenir est au hasard
et passent des cocotiers, qui écrivent des chants d'amour
que les soeurs d'alentour ignorent d'ignorer
les pirogues s'en vont, les pirogues s'en viennent
et mes souvenirs deviennent ce que les vieux en font
veux-tu que je te dise, gémir n'est pas de mise
****    Sans_exig_77
je n'étais plus que son amant
je vivais bien, de temps en temps
mais, peu à peu, de moins en moins
je blasphémais ma dernière chance
au fil de son indifférence
j'en voulais faire mon seul témoin
mais j'ai dû manquer d'impudence
car me voyant sans exigences
elle me croyait sans besoins
je protégeais ses moindres pas
je passais mais ne pesais pas
je me trouvais bien de la chance
à vivre à deux ma solitude
puis, je devins son habitude
je devins celui qui revient
lorsqu'elle revenait de partance
et me voyant sans exigences
elle me croyait sans besoins
l'eau chaude n'a jamais mordu
mais on ne peut que s'y baigner
et elle ne peut, de plus en plus
que refroidir et reprocher
qu'on ne soit pas assez soleil
l'eau chaude à l'eau chaude est pareille
elle confond faiblesse et patience
et me voyant sans exigences
elle me voulait sans merveille
de mal à seul, j'eus mal à deux
j'en suis venu à prier dieu
mais on sait bien qu'il est trop vieux
et qu'il n'est plus maître de rien
il eût fallu que j'arrogance
alors que tremblant d'indulgence
mon coeur n'osa lever la main
et me voyant sans exigences
elle me croyait sans besoins
elle est partie comme s'en vont
ces oiseaux-là dont on découvre
après avoir aimé leurs bonds
que le jour où leurs ailes s'ouvrent
ils s'ennuyaient entre nos mains
elle est partie, comme en vacances
depuis le ciel est un peu lourd
et je me meurs d'indifférence
et elle croit se couvrir d'amour
****    Avec_eleg_77 
se sentir quelque peu romain
mais au temps de la décadence
gratter sa mémoire à deux mains
ne plus parler qu'à son silence
et
ne plus vouloir se faire aimer
pour cause de trop peu d'importance
etre désespéré
mais avec élégance
sentir la pente plus glissante
qu'au temps où le corps était mince
lire dans les yeux des ravissantes
que cinquante ans, c'est la province
et
brûler sa jeunesse mourante
mais faire celui qui s'en dispense
etre désespéré
mais avec élégance
sortir pour traverser des bars
où l'on est chaque fois le plus vieux
y éclabousser de pourboires
quelques barmans silencieux
et
grignoter des banalités
avec des vieilles en puissance
etre désespéré
mais avec élégance
savoir qu'on a toujours eu peur
savoir son poids de lâcheté
pouvoir se passer de bonheur
savoir ne plus se pardonner
et
n'avoir plus grand-chose à rêver
mais écouter son coeur qui danse
etre désespéré
mais avec espérance
****    Jaures_77 
ils étaient usés à quinze ans
ils finissaient en débutant
les douze mois s'appelaient décembre
quelle vie ont eu nos grand-parents
entre l'absinthe et les grand-messes
ils étaient vieux avant que d'être
quinze heures par jour le corps en laisse
laissent au visage un teint de cendres
oui notre monsieur, oui notre bon maître
pourquoi ont-ils tué jaurès?
pourquoi ont-ils tué jaurès?
on ne peut pas dire qu'ils furent esclaves
de là à dire qu'ils ont vécu
lorsque l'on part aussi vaincu
c'est dur de sortir de l'enclave
et pourtant l'espoir fleurissait
dans les rêves qui montaient aux cieux
des quelques ceux qui refusaient
de ramper jusqu'à la vieillesse
oui notre bon maître, oui notre monsieur
pourquoi ont-ils tué jaurès?
pourquoi ont-ils tué jaurès?
si par malheur ils survivaient
c'était pour partir à la guerre
c'était pour finir à la guerre
aux ordres de quelque sabreur
qui exigeait du bout des lèvres
qu'ils aillent ouvrir au champ d'horreur
leurs vingt ans qui n'avaient pu naître
et ils mouraient à pleine peur
tout miséreux oui notre bon maître
couverts de prèles oui notre monsieur
demandez-vous belle jeunesse
le temps de l'ombre d'un souvenir
le temps de souffle d'un soupir
pourquoi ont-ils tué jaurès?
pourquoi ont-ils tué jaurès?
****    Jojo_77 
jojo
voici donc quelques rires
quelques vins, quelques blondes
j'ai plaisir à te dire
que la nuit sera longue
a devenir demain
jojo
moi je t'entends rugir
quelques chansons marines
où des bretons devinent
que saint-cast doit dormir
tout au fond du brouillard
six pieds sous terre
jojo
tu chantes encore
six pieds sous terre
tu n'es pas mort
jojo
ce soir comme chaque soir
nous refaisons nos guerres
tu reprends saint-nazaire
je refais l'olympia
au fond du cimetière
jojo
nous parlons en silence
d'une jeunesse vieille
nous savons tous les deux
que le monde sommeille
par manque d'imprudence
six pieds sous terre
jojo
tu chantes encore
six pieds sous terre
tu n'es pas mort
jojo
tu me donnes en riant
des nouvelles d'en bas
je te dis : "mort aux cons!"
bien plus cons que toi
mais qui sont mieux portants
jojo
tu sais le nom des fleurs
tu vois que mes mains tremblent
et je te sais qui pleure
pour noyer de pudeur
mes pauvres lieux communs
six pieds sous terre
jojo
tu chantes encore
six pieds sous terre
tu n'es pas mort
jojo.
je te quitte au matin
pour de vagues besognes
parmi quelques ivrognes
des amputés du coeur
qui ont trop ouvert les mains
jojo
je ne rentre plus nulle part
je m'habille de nos rêves
orphelin jusqu'aux lèvres
mais heureux de savoir
que je te viens déjà
six pieds sous terre
jojo
tu n'es pas mort
six pieds sous terre
jojo
je t'aime encore
****    Knokke_Ta_77 
les soirs où je suis argentin
je m'offre quelques argentines
quitte à cueillir dans les vitrines
des jolis quartiers d'amsterdam
des lianes qui auraient ce teint de femme
qu'exportent vos cités latines
ces soirs-là je les veux félines
avec un rien de brillantine
collée au "ceveu" de la langue
elles seraient fraîches comme des mangues
et compenseraient leur maladresse
à coups de poitrine et de fesses
mais ce soir
y a pas d'argentines
y a pas d'espoir
y a pas d'doute
non ce soir
il pleut sur knokke-le-zoute
ce soir comme tous les soirs
je me rentre chez moi
le coeur en déroute
et la bite sous l'bras
les soirs où je suis espagnol
petites fesses, grande bagnole
elles passent toutes à la casserole
quitte à pourchasser dans hambourg
des carmencitas de faubourg
qui nous reviennent de vérole
je me les veux fraîches et joyeuses
bonnes travailleuses sans parlotes
mi-andalouses, mi-anguleuses
de ces femelles qu'on gestapote
parce qu'elles ne savent pas encore
que franco est tout à fait mort
mais ce soir
y a pas d'espagnoles
y a pas de casseroles
y a pas d'doute
non ce soir
il pleut sur knokke-le-zoute
ce soir comme tous les soirs
je me rentre chez moi
le coeur en déroute
et la bite sous l'bras
les soirs où je suis caracas
je panama, je partagas
je suis l'plus beau
je pars en chasse
je glisse de palace en palace
pour y dénicher le gros lot
qui n'attend que mon coup de grâce
je la veux folle comme un travelo
découverte de vieux rideaux
mais cependant t-évanescente
elle m'attendrait depuis toujours
cerclée de serpents et de plantes
parmi les livres de dutourd
mais ce soir
y a pas de caracas
y a pas de t-évanescentes
y a pas d'doute
mais ce soir
il pleut sur knokke-le-zoute
ce soir comme tous les soirs
je me rentre chez moi
le coeur en déroute
et la bite sous l'bras
demain oui
peut être que...
peut être que demain je serai argentin... oui
je m'offrirai des argentines
quitte à cueillir dans les vitrines
des jolis quartiers d'amsterdam
des lianes qui auraient ce teint de femme
qu'exportent vos cités latines
demain je les voudrai félines
avec ce rien de brillantine
collée aux cheveux de la langue
elles seront fraîches comme des mangues
et compenseront leur maladresse
à coups de poitrine et de fesses
demain je serai espagnol
petites fesses, grande bagnole
elles passeront toutes à la casserole
quitte à pourchasser dans hambourg
des carmencitas de faubourg
qui nous reviendront de vérole
je les voudrai fraîches et joyeuses
bonnes travailleuses, sans parlotte
mi-andalouses, mi-anguleuses
de ces femelles qu'on gestapote
parce qu'elles ne savent pas encore
que franco est tout à fait mort
les soirs depuis caracas
je panama, je partagas
je suis l'plus beau
je pars en chasse
je glisse de palace en palace
pour y dénicher le gros lot
qui n'attend que mon coup de grâce
je la veux folle comme un travelo
découverte de vieux rideaux
mais cependant t-évanescente
elle m'attendrait depuis toujours
cerclée de serpents et de plantes
parmi les livres de dutourd
****    Amour_mor_77 
ils n'ont plus rien à se maudire
ils se perforent en silence
la haine est devenue leur science
les cris sont devenus leurs rires
l'amour est mort, l'amour est vide
il a rejoint les goélands
la grande maison est livide
les portes claquent à tout moment
ils ont oublié qu'il y a peu
strasbourg traversé en riant
leur avait semblé bien moins grand
qu'une grande place de banlieue
ils ont oublié les sourires
qu'ils déposaient tout autour d'eux
quand je te parlais d'amoureux
c'est ceux-là que j'aimais décrire
vers midi s'ouvrent les soirées
qu'ébrèchent quelques sonneries
c'est toujours la même bergerie
mais les brebis sont enragées
il rêve à d'anciennes maîtresses
elle s'invente son prochain amant
ils ne voient plus dans leurs enfants
que les défauts que l'autre y laisse
ils ont oublié le beau temps
où le petit jour souriait
quand il lui récitait hamlet
nu comme un ver et en allemand
ils ont oublié qu'ils vivaient
a deux, ils brûlaient mille vies
quand je disais "belle folie"
c'est de ces deux que je parlais
le piano n'est plus qu'un meuble
la cuisine pleure quelques sandwichs
et eux ressemblent à deux derviches
qui toupient dans le même immeuble
elle a oublié qu'elle chantait
il a oublié qu'elle chantait
ils assassinent leurs nuitées
en lisant des livres fermés
ils ont oublié qu'autrefois
ils naviguaient de fête en fête
quitte à s'inventer à tue-tête
des fêtes qui n'existaient pas
ils ont oublié les vertus
de la famine et de la bise
quand ils dormaient dans deux valises
et, mais nous, ma belle
comment vas-tu?
comment vas-tu?
****    Cathedral_77
prenez une cathédrale
et offrez-lui quelques mâts
un beaupré, de vastes cales
des haubans et hale-bas
prenez une cathédrale
haute en ciel et large au ventre
une cathédrale à tendre
de clinfoc et de grand-voiles
prenez une cathédrale
de picardie ou de flandre
une cathédrale à vendre
par des prêtres sans étoile
cette cathédrale en pierre
qui sera débondieurisée
traînez-la à travers prés
jusqu'où vient fleurir la mer
hissez la toile en riant
et filez sur l'angleterre
l'angleterre est douce à voir
du haut d'une cathédrale
même si le thé fait pleuvoir
quelque ennui sur les escales
les cornouailles sont à prendre
quand elles accouchent du jour
et qu'on flotte entre le tendre
entre le tendre et l'amour
prenez une cathédrale
et offrez-lui quelques mâts
un beaupré, de vastes cales
mais ne vous réveillez pas
filez toutes voiles dehors
et ho hisse, les matelots
a chasser les cachalots
qui vous mèneront aux açores
puis madère avec ses filles
canarianes et l'océan
qui vous poussera en riant
en riant jusqu'aux antilles
prenez une cathédrale
hissez le petit pavois
et faites chanter les voiles
mais ne vous réveillez pas
putain, les antilles sont belles
elles vous croquent sous la dent
on se coucherait bien sur elles
mais repartez de l'avant
car toutes cloches en branle-bas
votre cathédrale se voile
transpercera le canal
le canal de panama
prenez une cathédrale
de picardie ou d'artois
partez cueillir les étoiles
mais ne vous réveillez pas
et voici le pacifique
longue houle qui roule au vent
et ronronne sa musique
jusqu'aux îles droit devant
et que l'on vous veuille absoudre
si là-bas bien plus qu'ailleurs
vous tentez de vous dissoudre
entre les fleurs et les fleurs
prenez une cathédrale
hissez le petit pavois
et faites chanter les voiles
mais ne vous réveillez pas
prenez une cathédrale
de picardie ou d'artois
partez pêcher les étoiles
mais ne vous réveillez pas
cette cathédrale est en pierre
traînez-la à travers bois
jusqu'où vient fleurir la mer
mais ne vous réveillez pas
mais ne vous réveillez pas.
****    Ledocteur_77
tiens, ça est la voiture du docteur.
est-ce qu'il va s'arrêter chez nous ? ouais ?... non... non... ça est pour le voisin. ça est sûrement pour le p'tit... il est vrai que ce gamin... ça fait longtemps que je dis qu'il est pas bien... bien sûr, hein... i' va dans cette école d'où on ramène toujours des mauvaises maladies... pourtant..., pourtant ils ont les moyens... bof... ils devraient l'envoyer aux frères du sacré-coeur... il serait beaucoup mieux cet enfant...
emilie... emilie ! arrêtez de causer comme ça sans arrêt ! fatiguant hein ?
tiens..., il pleut... ils tardent à allumer... boh!... peut-être pour des raisons d'économie ?... depuis les élections... on peut dire qu'ils sont couchés sur leurs sous, ouais... ou alors ils n'en ont pas, hé... allez savoir !... vous me direz que ça ne me regarde pas, non peut-être ? !... ça je voudrais une fois voir ! puis d'ailleurs, je m'en fous... ouais, ça est fou ce qu'il pleut... en tout cas, comme dit le fabuliste, on est mieux dedans que dehors, hein ! on est mieux derrière sa fenêtre...
tiens ! ça est de jules sa soeur... oh !... celle-là dans le temps je l'ai fréquentée un peu, ouais... mais enfin..., ça n'a pas tellement marché, il faut dire, hein... enfin... je ne pouvais quand même pas savoir... que ça était une lesbienne... ouais, elle promène son chien jaune, ho ! ho ! il est vilain ce chien, il est vilain ! on dirait qu'il est en bois ! et voilà ! et voilà, tiens! allez! ça est sur mon trottoir qu'il vient faire son caca ! bravo ! il va falloir que... tiens!... y'a l'docteur qui r'ssort... bof... c'est qu' ça n'est pas bien grave... ouais, il s'en va...
est-ce que monsieur le jeune futur très grand artiste du deuxième étage ne pourrait pas un tout petit peu arrêter ses exercices de violon! nom de dieu de nom de dieu de nom de dieu de nom de dieu! (toux)
il est bien ce docteur, ouais... il m'a dit qu'au printemps je pourrais ressortir... pas trop... mais enfin...
emilie !... emilie !... venez changer ma compresse !...
ouais... enfin... et... il m'a dit que je pourrais marcher jusqu'à la mer... et... si il fait beau... de temps en temps... la messe... ouais... il est bien ce docteur... et puis... pas cher... il a une bonne voiture, hein... c'est une, heu, c'est un truc allemand c'est bien ! une bonne marque ! ça marche... ouais...
tiens! ça est de jules sa femme... ah elle est encore jolie hein... celle-là aussi... dans le temps... j'ai un petit peu fréquenté... mais... il y a beaucoup plus de lesbiennes qu'on ne pense finalement... ouais... elle se promène tiens avec son manteau beige... il a dû coûter quelque chose ce manteau-là... ça est sûrement pas son mari qui a pu lui payer ça ! non, non, elle a dû s'arranger un coup... enfin... comme dit le fabuliste... chacun son cul pour soi!...
j'aimerais bien avoir un manteau beige comme ça...
tiens... il pleut plus... il neige...
****    Van Horst_72
de rotterdam à santiago et d'amsterdam à varsovie
de cracovie à san diego, de drame en dame, passe la vie
de peu à peu, de cœur en cœur, de peur en peur, de port en port
le temps d'une fleur et l'on s'endort, 
le temps d'un rêve et l'on est mort
de terre en terre, de place en place, 
de jeune vieille en vieille grâce
de guerre en guerre, de guerre lasse
la mort nous veille, la mort nous glace
mais de bière en bière, de foire en foire
de verre en verre, de boire en boire
je mords encore à pleines dents, 
je suis un mort encore vivant.
****    L_enfance_73
l'enfance
qui peut nous dire quand ça finit
qui peut nous dire quand ça commence
c'est rien avec de l'imprudence
c'est tout ce qui n'est pas écrit
l'enfance
qui nous empêche de la vivre
de la revivre infiniment
de vivre à remonter le temps
de déchirer la fin du livre
l'enfance
qui se dépose sur nos rides
pour faire de nous de vieux enfants
nous revoilà jeunes amants
le cœur est plein la tête est vide
l'enfance l'enfance
l'enfance
c'est encore le droit de rêver
et le droit de rêver encore
mon père était un chercheur d'or
l'ennui c'est qu'il en a trouvé
l'enfance
il est midi tous les quarts d'heure
il est jeudi tous les matins
les adultes sont déserteurs
tous les bourgeois sont des indiens
l'enfance
l'enfance
****    Ode_nuit_69
les fleurs sauvages
cachent leur âge
sous leurs feuillages
voici la nuit
le feu s'étiole
de luciole
en luciole
noire est la nuit
la lune passe
la lune glace
la lune efface
froide est la nuit
l'aigle se terre
parmi ses frères
en cordillère
longue est la nuit
le serpent dort
sur l'arbre mort
que le temps mord
morte est la nuit
le fleuve roule
qui se déroule
et qui roucoule
chante la nuit
la nuit protège
le doux manège
des tendres pièges
folle est la nuit
sur toutes choses
la nuit se pose
et se repose
longue est la nuit

****    La_Mancha_68
je vais tenter de personnifier un homme...venez !
suivez le cheminement de mon imagination... et vous l'verrez!
son nom ? alonso quijana !
il conçoit le plus étrange projet jamais imaginé
devenir chevalier errant
et jaillir dans le monde pour en redresser tous les tords
ne plus être le simple alonso quijana, mais un preux chevalier
connu sous le nom de don quichotte de la mancha!
[don quichotte]
écoute-moi pauvre monde, insupportable monde...
c'en est trop, tu es tombé trop bas
tu es trop gris, tu es trop laid, abominable monde
écoute-moi!
un chevalier te défie!
oui c'est moi, don quichotte, seigneur de la mancha
pour toujours au service de l'honneur
car j'ai l'honneur d'être moi
don quichotte sans peur
et le vent de l'histoire chante en moi
d'ailleurs qu'importe l'histoire...
pourvu qu'elle mène à la gloire!
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jacques brel
ces gens-là
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[sancho pança]
et moi je suis sancho
sancho, sancho, son valet, son fils, son frère
sancho, son seul amigo
son seul suivant...
mais pour toujours et j'en suis fier!
[don quichotte]
regardez-moi
vous les dragons, les sorciers, les sorcières
votre règne se meurt aujourd'hui
regardez-moi
la vertu flambe dans ma bannière
regardez-moi
un chevalier vous défie!
[don quichotte & sancho pança]
oui c'est moi, don quichotte, seigneur de la mancha
(et moi je suis sancho)
pour toujours au service de l'honneur
(sancho, sancho, son valet, son fils, son frère.)
car j'ai l'honneur d'être moi
(sancho, son seul amigo.)
don quichotte sans peur
(son seul suivant mais pour toujours...)
et le vent de l'histoire chante en moi
(...et j'en suis fier!)
d'ailleurs qu'importe l'histoire...
(d'ailleurs qu'importe l'histoire...)
pourvu qu'elle mène à la gloire!
(pourvu qu'elle mène à la gloire!)
****    La_quete_68
rêver un impossible rêve
porter le chagrin des départs
brûler d'une possible fièvre
partir où personne ne part
aimer jusqu'à la déchirure
aimer, même trop, même mal,
tenter, sans force et sans armure,
d'atteindre l'inaccessible étoile
telle est ma quête,
suivre l'étoile
peu m'importent mes chances
peu m'importe le temps
ou ma désespérance
et puis lutter toujours
sans questions ni repos
se damner
pour l'or d'un mot d'amour
je ne sais si je serai ce héros
mais mon coeur serait tranquille
et les villes s'éclabousseraient de bleu
parce qu'un malheureux
brûle encore, bien qu'ayant tout brûlé
brûle encore, même trop, même mal
pour atteindre à s'en écarteler
pour atteindre l'inaccessible étoile.
****    Un_animal_68
un animal mais tout de même
je sais les hommes et je sais même
qu'au feu du lit lampes éteintes
ils ressemblent tous à des chiens
que ce soit toi ou bien ton frère
c'est le même ennui dans les mêmes bras
tu me prendras toi ou ton frère
mais pour l'amour tu repasseras
vraiment pourquoi parler d'amour
pour aldonza l'amour c'est ça
et quand les chiens parlent d'amour
ils ne crient pas mais ils aboient
un animal qui brûle qui mord
une aldonza pour les crapules
un animal qui mord qui brûle
mais qui choisit ses autres corps
comme l'oiseau je suis en cage
suis-je de trop ou trop sauvage ?
pourtant parfois j'espère un peu
j'espère un peu je ne sais quoi
je te préviens je brûle, je mords
même les chiens même les crapules
je te préviens je mords, je brûle
et je choisis mes autres corps
je te préviens je suis aldonza
je te préviens, tant pis pour toi
****    Dulcinea_68
je te savais déjà
je savais ton prénom, ton aura, ton éclat, ta lumière
je te savais toujours
je savais de toujours que ce jour me mènerait jusqu'à toi
dulcinéa, dulcinéa
perle d'or sur champ d'amour, toi dulcinéa
même mort, je jure, je jure ne brûler que de toi
dulcinéa, dulcinéa
oh non, ne t'en va pas
laisse-moi contempler du regard l'ombre chère de tes pas
oh non, ne t'en va pas
tu n'es plus une image, un mirage, un nuage, tu es là
dulcinéa, dulcinéa
laisse-moi servir ta gloire, ma dulcinéa
par ma voix, pour toujours, ton nom entrera dans l'histoire
dulcinéa, dulcinéa
dulcinéa, dulcinéa
perte d'or sur champ d'amour, toi dulcinéa
même mort, je jure, je jure ne brûler que de toi
dulcinéa, dulcinéa
dulcinéa, dulcinéa
laisse-moi servir ta gloire, ma dulcinéa
par ma voix, pour toujours, ton nom entrera dans l'histoire
dulcinéa, dulcinéa
****    Vraiment_68
vraiment, je ne pense qu'à lui
vraiment je ne pense qu'à lui
j'y pense comme toute la famille
vraiment je ne pense qu'à lui
pour lui je tremble, pour lui je prie
pour lui je veille et je vieillis
et même quand je ne pense à rien
je ne pense qu'à lui
mais on dit qu'il chasse les sorcières
et j'ai peur que ce ne soit vrai
si mon promis l'apprenait
ses promesses tomberaient à terre
oh vraiment j'adore mon oncle
mais si vraiment on l'attrapait
c'est avec joie que je l'enfermerais
au plus profond des catacombes
enfin je veux dire...
enfin je veux dire...
je vous jure que sur tous les saints martyrs
vraiment je ne pense qu'à lui
vraiment je ne pense qu'à lui
et même quand je ne pense à rien
je ne pense qu'à lui
vraiment je ne pense qu'à lui
vraiment je ne pense qu'à lui
j'y pense comme toute la famille
vraiment je ne pense qu'à lui
pour lui je tremble, pour lui je prie
pour lui je veille et je grossis
et même quand je ne pense à rien
je ne pense qu'à lui
je comprends qu'il soit parti
il vivait trop solitaire
et sans femme à satisfaire
les hommes deviennent folie
je sais qu'il recherche l'amour
la femme qui l'enflammera
dieu fasse qu'à son retour
il ne s'en prenne pas à moi
ah quel tourment
j'en mourirais
s'il s'en prenait à mon diamant!
vraiment, je ne pense qu'à lui
vraiment je ne pense qu'à lui
et même quand je ne pense à rien
je ne pense qu'à lui
vraiment elles ne pensent qu'à lui
vraiment elles ne pensent qu'à lui
que c'est beau l'esprit de famille
vraiment elles ne pensent qu'à lui
je les envie, ce sont des saintes
sans un murmure, sans une plainte
même quand elles ne pensent qu'à elles
elles ne pensent qu'à lui
le_casque_d_or_de_mambrino
****    Chacun_sa_68
chacun sa dulcinéa
qu'il est seul à savoir
qu'un soir de pleurs, il s'inventa
pour se garder un peu d'espoir
aux barbelés du coeur
par elle, par sa dulcinéa
ou par l'idée d'icelle
l'homme rebelle devient un dieu
voilà qu'il vole et même mieux
cueille des lunes du bout des doigts
mais cependant si tu es de ceux
qui vivent de chimères
rappelle-toi qu'entre les doigts
lune fond en poussière
il n'y a pas de dulcinéa
c'est un espoir fané
malheur à qui peut préférer
le verbe être au verbe avoir
je sais son désespoir
il n'y a pas de dulcinéa
c'est un espoir fané
****    Pourquoi_68
pourquoi fait-il toutes ces choses
pourquoi fait-il cela
pourquoi, pourquoi voit-il pousser la rose
là où la rose ne poussera pas?
pourquoi veut-il toujours brûler sa vie
pourquoi suis-je toute attendrie
et qu'attend-il de moi?
pourquoi dit-il qu'il est l'histoire
pourquoi dit-il cela
pourquoi "missive" pourquoi "dulcinéa"
et pourquoi veut-il que j'aie de la gloire?
rien ne ressemble à tout ce qu'il espère
pourquoi ne suis-je pas en colère
et qu'attend-il de moi?
oh je sais, je sais bien
quoi qu'il fasse, le monde s'en moquera
mais je sais, je sais bien, sans savoir
que moi je ne m'en moquerai pas
pourquoi rêver tout ce qu'il rêve
que je ne comprends pas
pourquoi ses yeux et pourquoi sa fièvre
pourquoi veut-il que je sois une reine
pourquoi donne-t-il quand les autres me prennent
pourquoi m'a-t-il ouvert les bras
et qu'attend-il de moi?
****    De_Profun_68
[aldonza]
je vous en supplie, essayez de vous souvenir!
vous m'avez regardé et vous m'avez appelé par un autre nom...
dulcinéa, dulcinéa
c'est joli, c'est doux, c'est tendre, dulcinéa
rendez-moi mon rêve de grâce et refaites de moi...
dulcinéa, dulcinéa
dulcinéa, dulcinéa
rendez-moi le coeur et l'âme de dulcinéa
rendez-moi l'amour, la gloire et rendez-moi l'éclat...
de dulcinéa...
dulcinéa
[don quichotte]
mais alors...
peut-être...
peut-être que ce n'était pas un rêve ?
[aldonza]
vous parliez d'un rêve...
vous parliez de la quête!
[don quichotte]
de la quête ?
les mots...
dis-moi les mots...
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le chevalier aux miroirs
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ces gens-là
jacques brel
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[aldonza]
"rêver un impossible rêve"
ce sont vos propres mots
"porter le chagrin des départs"
vous ne vous rappelez pas ?
"brûler d'une possible fièvre"
vous devez vous rappeler !
"partir où personne ne part..."
[don quichotte]
aimer jusqu'à la déchirure...
[aldonza]
oui!
[don quichotte]
aimer, même trop, même mal...
[aldonza]
oui !
[don quichotte]
tenter sans force et sans armure...
d'atteindre l'inaccessible étoile !
[aldonza]
merci, mon seigneur !
[don quichotte]
mais, quoi, princesse ?
a genoux ? devant moi ?
[aldonza]
seigneur, vous êtes trop faible !
[don quichotte]
trop faible ? qu'est-ce que la maladie ?
qu'est-ce qu'une blessure pour le corps d'un chevalier errant ?
a chaque fois qu'il tombe, voilà qu'il se relève et malheur aux méchants !
sancho !
[sancho pança]
oui !
[don quichotte]
mon épée, mon armure !
écoute-moi pauvre monde, insupportable monde...
c'en est trop, tu es tombé trop bas !
j'étais seul, je suis trois
sancho, dulcinéa !
écoute-moi, un chevalier te défie
oui c'est moi, don quichotte !
[don quichotte, dulcinéa & sancho pança]
seigneur de la mancha
pour toujours au service de l'honneur
car j'ai l'honneur d'être trois
don quichotte sans peur
et le vent de l'histoire...
[aldonza]
seigneur!
[sancho pança]
maître!
[don quichotte]
d'ailleurs qu'importe l'histoire...
pourvu qu'elle mène à la gloire !
aaaahhh !
[le padre]
de profundis clamo ad te
domine, domine, audi vocem meam !
domine, domine, quis sustinebit !
[aldonza & choeurs]
rêver un impossible rêve
porter le chagrin des départs
brûler d'une possible fièvre
partir où personne ne part
aimer jusqu'à la déchirure
aimer, même trop, même mal
tenter, sans force et sans armure
d'atteindre l'inaccessible étoile!
brûler, bien qu'ayant tout brûlé
brûler, même trop, même mal
pour atteindre à s'en écarteler
pour atteindre l'inaccessible étoile !
****    Sans_amou_68
sans amour, sans amour
sans amour à venir
sans amour, sans amour
qu'est-ce que vivre veut dire?
j'ai le vide au coeur
le vide au corps
sans amour, sans amour
a quoi me sert?
sans amour, sans amour
de vivre encore?
sans amour, sans amour
sur les ramblas
être fils de roi
cueillir des filles
s'offrir l'enfer?
mais suis comme toi
fils de misère
et des ramblas
y en a guère
dans la mancha
sans amour, sans amour
sans amour à venir
sans amour, sans amour
qu'est-ce que vivre veut dire?
je vis sans fleurs
je vis sans fleuves
sans amour, sans amour
les hommes pleurent
sans amour, sans amour
les femmes pleuvent
sans amour, sans amour
sans amour, sans amour
****    Gloria_68
oute la terre connaît déjà
ta triste mine, ta triste armure
mais le monde entier t'appellera
le triste chevalier à la triste figure
gloria!
va chevalier, va
va-t-en chevaliérer
va-t-en chevaliérer à pleins bras
mais je sais que la nuit, couché dessous mon foie
je me souviendrai de tout ça
gloria!
les géants tremblent déjà
va-t-en réduire en confiture
tous les moulins à bras de la mancha
par ta triste mine, par ta triste armure
gloria!
va chevalier va
oui, va-t-en pourfendre
va-t-en défendre qui tu veux
mais je ne serai plus là à sacrer les gâteux
mais je ne serai plus là pour voir ça
gloria!
toute la terre connaît déjà
ta triste mine, ta triste armure
mais le monde entier t'appellera
le triste chevalier à la triste figure
gloria!
****    Aldonza_68
je suis née comme une chienne une nuit où il pleuvait
je suis née et ma mère est partie en chantant
et je ne sais rien d'elle que la haine que j'en ai
j'aurais dû venir au monde en mourant
et bien sûr, il y a mon père, on dit, on dit souvent
que les filles gardent leur père au profond de leur coeur
mais je n'ai pas su mon père, mon père était plusieurs
car mon père était un régiment
je ne peux même pas dire s'ils étaient andalous ou prussiens
sont-ils morts vers le nord, sont-ils morts vers le sud
je n'en sais rien!
une dame, et comment veut-il que je sois une dame?
j'ai grandi comme une chienne de carrefour en carrefour
j'ai grandi et trop tôt sur la paille des mules
de soldat en soldat, de crapule en crapule
j'ai connu les bienfaits de l'amour
et je vis comme une bête, je fais ça comme on se mouche
et je vis sans savoir ni pour qui ni pour quoi
pour un sou je me lève, pour deux sous je me couche
pour trois sous je fais n'importe quoi!
si vous ne me croyez guère, pour trois sous venez voir le restant
de la plus folle des fiancées au plus crapuleux des brigands de la terre
mais chassez donc vos nuages et regardez-moi telle que je suis
une dame, une vraie dame a une vertu, a une âme
dieu de dieu, de tous les pires salauds que j'ai connus
vous qui parlez d'étoile, vous qui montrez le ciel
vous êtes bien le plus infâme, le plus cruel
frappez-moi, je préfère le fouet à vos chimères
frappez-moi jusqu'au feu, jusqu'au sol, jusqu'à terre
mais gardez votre tendresse, rendez-moi mon désespoir
je suis née sur le fumier et j'y repars
mais je vous en supplie, ne me parlez plus de dulcinéa
vous voyez bien que je ne suis rien, je ne suis qu'aldonza la putain
****    Chevalie_68
– y a-t-il ici quelqu'un qui prétende s'appeler
don quichotte de la mancha...
s'il ose supporter le poids de mon regard, qu'il avance!
– je suis don quichotte, chevalier à la triste figure!
– écoute-moi, charlatan, tu n'es pas un chevalier mais un
dérisoire imposteur. tes jeux ne sont que des jeux d'enfant et
tes principes ne valent guère mieux que la poussière qui tremble
sous mes pieds!
– manque de courtoisie! fausse chevalerie
donne-moi ton nom avant que je ne te châtie
– arrête! don quichotte, tu voulais connaître mon nom
je vais te le dire. je m'appelle le chevalier aux miroirs!
regarde don quichotte. regarde dans le miroir de la réalité
regarde. que vois-tu don quichotte?
rien qu'un vieux fou!
regarde! regarde!
plonge, don quichotte, plonge dans ce miroir
viens te noyer en lui, il est l'heure de couler
la mascarade est terminée
avoue que ta noble dame n'est qu'une putain
et que ton rêve n'est que le cauchemar de l'esprit qui s'égare!
– je suis don quichotte, chevalier errant de la mancha...
et ma noble dame est dame dulcinéa...
je suis don quichotte, chevalier errant...
dulcinéa

****    Vesoul_68
t'as voulu voir vierzon
et on a vu vierzon
t'as voulu voir vesoul
et on a vu vesoul
t'as voulu voir honfleur
et on a vu honfleur
t'as voulu voir hambourg
et on a vu hambourg
j'ai voulu voir anvers
on a revu hambourg
j'ai voulu voir ta soeur
et on a vu ta mère
comme toujours
t'as plus aimé vierzon
on a quitté vierzon
t'as plus aimé vesoul
on a quitté vesoul
t'as plus aimé honfleur
on a quitté honfleur
t'as plus aimé hambourg
on a quitté hambourg
t'as voulu voir anvers
on n'a vu qu'ses faubourgs
t'as plus aimé ta mère
on a quitté ta soeur
comme toujours
mais, je te le dis
je n'irai pas plus loin
mais, je te préviens
j'irai pas à paris
d'ailleurs, j'ai horreur
de tous les flonflons
de la valse musette
et de l'accordéon
t'as voulu voir paris
et on a vu paris
t'as voulu voir dutronc
et on a vu dutronc
j'ai voulu voir ta soeur
j'ai vu le mont-valérien
t'as voulu voir hortense
elle était dans l'cantal
je voulais voir byzance
et on a vu pigalle
à la gare saint-lazare
j'ai vu les fleurs du mal
par hasard
t'as plus aimé paris
on a quitté paris
t'as plus aimé dutronc
on a quitté dutronc
maintenant, j'confonds ta soeur
et le mont-valérien
de c'que je sais d'hortense
j'irai plus dans l'cantal
et tant pis pour byzance
puisque que j'ai vu pigalle
et la gare saint-lazare
c'est cher et ça fait mal
au hasard
mais, je te le redis, chauffe marcel, chauffe
je n'irai pas plus loin
mais, je te préviens, kaï! kaï! kaï!
le voyage est fini
d'ailleurs, j'ai horreur
de tous les flonflons
de la valse musette
et de l'accordéon, chauffe
t'as voulu voir vierzon
et on a vu vierzon
t'as voulu voir vesoul
et on a vu vesoul
t'as voulu voir honfleur
et on a vu honfleur
t'as voulu voir hambourg
et on a vu hambourg
j'ai voulu voir anvers
on a revu hambourg
j'ai voulu voir ta soeur
et on a vu ta mère
comme toujours
t'as plus aimé vierzon
on a quitté vierzon, chauffe, chauffe, chauffe
t'as plus aimé vesoul
on a quitté vesoul
t'as plus aimé honfleur
on a quitté honfleur
t'as plus aimé hambourg
on a quitté hambourg
t'as voulu voir anvers
on n'a vu qu'ses faubourgs
t'as plus aimé ta mère
on a quitté ta soeur
comme toujours, chauffez les gars
mais, je te le reredis, kaï!
je n'irai pas plus loin
mais, je te préviens
j'irai pas à paris
d'ailleurs, j'ai horreur
de tous les flonflons
de la valse musette
et de l'accordéon
t'as voulu voir paris
et on a vu paris
t'as voulu voir dutronc
et on a vu dutronc
j'ai voulu voir ta soeur
j'ai vu le mont-valérien
t'as voulu voir hortense
elle était dans l'cantal
je voulais voir byzance
et on a vu pigalle
à la gare saint-lazare
j'ai vu les fleurs du mal
par hasard
****    Regarde_1968
regarde bien, petit, regarde bien
sur la plaine, là-bas
à hauteur des roseaux
entre ciel et moulin
y a un homme qui vient
que je ne connais pas
regarde bien, petit, regarde bien
est-ce un lointain voisin
un voyageur perdu
un revenant de guerre
un montreur de dentelles
est-ce un abbé porteur
de ces fausses nouvelles
qui aident à vieillir
est-ce mon frère qui vient
me dire qu'il est temps
d'un peu moins nous haïr
ou n'est-ce que le vent
qui gonfle un peu le sable
et forme des mirages
pour nous passer le temps
regarde bien, petit, regarde bien
sur la plaine, là-bas
à hauteur des roseaux
entre ciel et moulin
y a un homme qui vient
que je ne connais pas
regarde bien, petit, regarde bien
ce n'est pas un voisin
son cheval est trop fier
pour être de ce coin
ou revenir de guerre
ce n'est pas un abbé
son cheval est trop pauvre
pour être paroissien
ce n'est pas un marchand
son cheval est trop clair
son habit est trop blanc
et aucun voyageur
n'a plus passé le pont
depuis la mort du père
ni ne sait nos prénoms
regarde bien, petit, regarde bien
sur la plaine, là-bas
à hauteur des roseaux
entre ciel et moulin
y a un homme qui vient
que je ne connais pas
regarde bien, petit, regarde bien
non, ce n'est pas mon frère
son cheval aurait bu
non, ce n'est pas mon frère
il ne l'oserait plus
il n'est plus rien, ici
qui puisse le servir
non, ce n'est pas mon frère
mon frère a pu mourir
cette ombre de midi
aurait plus de tourment
s'il s'agissait de lui
allons, c'est bien le vent
qui gonfle un peu le sable
pour nous passer le temps
regarde bien, petit, regarde bien
sur la plaine, là-bas
à hauteur des roseaux
entre ciel et moulin
y a un homme qui part
que nous ne saurons pas
regarde bien, petit regarde, bien
il faut sécher tes larmes
y a un homme qui part
que nous ne saurons pas
tu peux ranger les armes
****    Un_enfant_68
un enfant,
ça vous décroche un rêve
ça le porte à ses lèvres
et ça part en chantant
un enfant,
avec un peu de chance
ça entend le silence
et ça pleure des diamants
et ça rit à n´en savoir que faire
et ça pleure en nous voyant pleurer
ça s´endort de l´or sous les paupières
et ça dort pour mieux nous faire rêver
un enfant,
ça écoute le merle
qui dépose ses perles
sur la portée du vent
un enfant,
c´est le dernier poète
d´un monde qui s´entête
a vouloir devenir grand
et ça demande si les nuages ont des ailes
et ça s´inquiète d´une neige tombée
et ça s'endort, de l'or sous les paupières
et ça se doute qu´il n´y a plus de fées
mais un enfant
et nous fuyons l´enfance
un enfant
et nous voilà passants
un enfant
et nous voilà patience
un enfant
et nous voilà passés
****    Petit_che_68
(originally by mireille)
pour aller à la préfecture
prends la route numéro trois
tu suis la file des voitures
et tu t'en vas tout droit tout droit
c'est un billard, c'est une piste
pas un arbre pas une fleur
comme c'est beau comme c'est triste
tu feras du cent trente à l'heure
mais moi, ces routes goudronnées
toutes ces routes me dégoûtent
si vous m'aimez venez venez
venez chanter venez flâner
et nous prendrons un raccourci
le petit chemin que voici
ce petit chemin
qui sent la noisette
ce petit chemin
n'a ni queue ni tête
on le voit
qui fait trois
petits tours dans les bois
puis il part
au hasard
en flânant comme un lézard
c'est le rendez-vous de tous les insectes
les oiseaux pour nous, y donnent leurs fêtes
les lapins nous invitent
souris-moi, courons vite
ne crains rien
prends ma main
dans ce petit chemin
les routes départementales
où les vieux cantonniers sont rois
ont l'air de ces horizontales
qui m'ont toujours rempli d'effroi
et leurs poteaux télégraphiques
font un ombrage insuffisant
pour les idylles poétiques
et pour les rêves reposants
a bas les routes rebattues
les tas de pierres la poussière
et l'herbe jaune des talus
les cantonniers, il n'en faut plus!
nous avons pris un raccourci
le petit chemin que voici
ce petit chemin
qui sent la noisette
ce petit chemin
n'a ni queue ni tête
j'ai posé
trois baisers
sur tes cheveux frisés
et puis sur
ta figur'
toute barbouillée de mures
pour nous observer, des milliers de bêtes
se sont installées par dessus nos têtes
mais un lièvre, au passage
nous a dit: soyez sages!
ne crains rien
prends ma main
dans ce petit chemin
****    Comm_tuer_68
comment tuer l'amant de sa femme
quand on a été comme moi élevé
dans les traditions
comment tuer l'amant de sa femme
quand on a été comme moi élevé
dans la religion
il me faudrait du temps
et du temps j'en ai pas
pour elle je travaille tout l'temps
la nuit je veille de nuit
le jour je veille de jour
le dimanche je fais des extras
et même si j'étais moins lâche
je touve que ce serait dommage
de salir ma réputation
bien sûr je dors dans le garage
bien sûr ils dorment dans mon lit
bien sûr c'est moi qui fait l'ménage
mais qui n'a pas ses p'tits soucis?
comment tuer l'amant de sa femme
quand on a été comme moi élevé
dans les traditions
il y a l'arsenic ouais
c'est trop long
il y a le révolver
mais c'est trop court
il y a l'amitié
c'est trop cher
il y a le mépris
c'est un péché
comment tuer l'amant d'sa femme
quand on a reçu comme moi
la croix d'honneur
chez les bonnes soeurs
comment tuer l'amant d'sa femme
moi qui n'ose même pas
le lui dire avec des fleurs
comme je n'ai pas l'courage
de l'insulter tout l'temps
il dit que l'amour me rend lâche
comme il est en chômage
il dit en me frappant
que l'amour le rend imprévoyant
il croit que c'est amusant
pour un homme qui a mon âge
qui n'a plus de femme et 11 enfants
bien sûr je leur fais la cuisine
je bats les chiens et les tapis
le soir je leur chante "nuit de chine"
mais qui n'a pas ses p'tits soucis
pourquoi tuer l'amant d'sa femme
puisque c'est à cause de moi
qu'il est un peu vérolé
pourquoi tuer l'amant d'ma femme
puisque c'est à cause de moi
qu'il est péniciliné
****    J_arrive_68 
de chrysanthèmes en chrysanthèmes
nos amitiés sont en partance
de chrysanthèmes en chrysanthèmes
la mort potence nos dulcinées
de chrysanthèmes en chrysanthèmes
les autres fleurs font ce qu'elles peuvent
de chrysanthèmes en chrysanthèmes
les hommes pleurent, les femmes pleuvent
j'arrive, j'arrive
mais qu'est-ce que j'aurais bien aimé
encore une fois traîner mes os
jusqu'au soleil jusqu'à l'été
jusqu'au printemps, jusqu'à demain
j'arrive, j'arrive
mais qu'est-ce que j'aurais bien aimé
encore une fois voir si le fleuve
est encore fleuve, voir si le port
est encore port, m'y voir encore
j'arrive, j'arrive
mais pourquoi moi, pourquoi maintenant
pourquoi déjà et où aller?
j'arrive bien sûr, j'arrive
n'ai-je jamais rien fait d'autre qu'arriver?
de chrysanthèmes en chrysanthèmes
a chaque fois plus solitaire
de chrysanthèmes en chrysanthèmes
a chaque fois surnuméraire
j'arrive, j'arrive
mais qu'est-ce que j'aurais bien aimé
encore une fois prendre un amour
comme on prend le train pour plus être seul
pour être ailleurs pour être bien
j'arrive, j'arrive
mais qu'est-ce que j'aurais bien aimé
encore une fois remplir d'étoiles
un corps qui tremble et tomber mort
brûlé d'amour le coeur en cendres
j'arrive, j'arrive
c'est même pas toi qui es en avance
c'est déjà moi qui suis en r'tard
j'arrive, bien sûr j'arrive
n'ai-je jamais rien fait d'autre qu'arriver?
****    L_ostenda_68
une ostendaise
pleure sur sa chaise
le chat soupèse
son poids d'amour
dans le silence
son chagrin danse
et les vieux pensent
chacun son tour
a la cuisine
quelques voisines
parlent de chine
et d'un retour
a singapeur
une javanaise
devient belle-soeur
de l'ostendaise
il y a deux sortes de temps
y a le temps qui attend
et le temps qui espère
il y a deux sortes de gens
il y a les vivants
et ceux qui sont en mer
notre ostendaise
que rien n'apaise
de chaise en chaise
va sa blessure
quelques commères
quelques compères
battent le fer
de sa brisure
son capitaine
sous sa bedaine
de bière pleine
bat le tambour
homme de voiles
homme d'étoiles
il prend l'escale
pour un détour
il y a deux sortes de temps
il y a le temps qui attend
et le temps qui espère
il y a deux sortes de gens
il y a les vivants
et ceux qui sont en mer
notre ostendaise
au temps des fraises
devient maîtresse
d'un pharmacien
son capitaine
mort sous bedaine
joue les baleines
les sous-marins
pourquoi ma douce
moi le faux mousse
que le temps pousse
t'écrire de loin
c'est que je t'aime
et tant je t'aime
qu'ai peur, ma reine
d'un pharmacien
il y a deux sortes de temps
il y a le temps qui attend
et le temps qui espère
il y a deux sortes de gens
il y a les vivants
et moi je suis en mer
****    Soir_ete_68 
et la sous-préfecture
fête la sous-préfète
sous le lustre à facettes
il pleut des orangeades
et des champagnes tièdes
et des propos glacés
des femelles maussades
de fonctionnarisés
je suis un soir d'été
aux fenêtres ouvertes
les dîneurs familiaux
repoussent leurs assiettes
et disent qu'il fait chaud
les hommes lancent des rots
de chevaliers teutons
les nappes tombent en miettes
par-dessus les balcons
je suis un soir d'été
aux terrasses brouillées
quelques buveurs humides
parlent de haridelles
et de vieilles perfides
c'est l'heure où les bretelles
soutiennent le présent
des passants répandus
et des alcoolisants
je suis un soir d'été
de lourdes amoureuses
aux odeurs de cuisine
promènent leur poitrine
sur les flancs de la meuse
il leur manque un soldat
pour que l'été ripaille
et monte vaille que vaille
jusqu'en haut de leurs bas
je suis un soir d'été
aux fontaines les vieux
bardés de références
rebroussent leur enfance
a petits pas pluvieux
ils rient de toute une dent
pour croquer le silence
autour des filles qui dansent
a la mort d'un printemps
je suis un soir d'été
la chaleur se vertèbre
il fleuve des ivresses
l'été a ses grand-messes
et la nuit les célèbre
la ville aux quatre vents
clignote le remords
inutile et passant
de n'être pas un port
je suis un soir d'été
****    Eclusier_68 
les mariniers
me voient vieillir
je vois vieillir
les mariniers
on joue au jeu
des imbéciles
où l'immobile
est le plus vieux
dans mon métier
même en été
faut voyager
les yeux fermés.
ce n'est pas rien d'être éclusier
les mariniers
savent ma trogne
ils me plaisantent
et ils ont tort
moitié sorcier
moitié ivrogne
je jette un sort
à tout c'qui chante
dans mon métier
c'est en automne
qu'on cueille les pommes
et les noyés
ce n'est pas rien d'être éclusier
dans son panier
un enfant louche
pour voir la mouche
qui est sur son nez
maman ronronne
le temps soupire
le chou transpire
le feu ronchonne
dans mon métier
c'est en hiver
qu'on pense au père
qui s'est noyé
ce n'est pas rien d'être éclusier
vers le printemps
les marinières
m'font des manières
de leur chaland
j'aimerais leur jeu
sans cette guerre
qui m'a un peu
trop abimé
dans mon métier
c'est au printemps
qu'on prend le temps
de se noyer
****    La_biere_68
ça sent la bière
de londres à berlin
ça sent la bière
dieu! qu'on est bien
ça sent la bière
de londres à berlin
ça sent la bière
donne-moi la main
c'est plein d'uylenspiegel
et de ses cousins et d'arrière-cousins
de bruegel l'ancien
c'est plein d'vent du nord
qui mord comme un chien
le port qui dort, le ventre plein
c'est plein de verres pleins
qui vont à kermesse comme vont à messe
vieilles au matin
c'est plein de jours morts
et d'amours gelés
chez nous y a qu'l'été
que les filles aient un corps
c'est plein d'finissants
qui soignent leurs souvenirs
en mouillant de rires
leurs poiluchons blancs
c'est plein de débutants
qui soignent leur vérole
en caracolant de "prosit!" en "skoll!"
c'est plein de "godferdomme"
c'est plein d'amsterdam
c'est plein de mains d'hommes
aux croupes des femmes
c'est plein de mémères
qui ont depuis toujours
un sein pour la bière
un sein pour l'amour
c'est plein d'horizons
a vous rendre fous
mais l'alcool est blond
le diable est à nous
les gens sans espagne
ont besoin des deux
on fait des montagnes
avec ce qu'on peut
ça sent la bière
de londres à berlin
ça sent la bière
donne-moi la main

****    Mon_enfan_67
mon enfance passa
de grisailles en silences
de fausses révérences
en manque de batailles
l'hiver, j'étais au ventre
de la grande maison
qui avait jeté l'ancre
au nord, parmi les joncs
l'été, à moitié nu
mais tout à fait modeste
je devenais indien
pourtant déjà certain
que mes oncles repus
m'avaient volé le far west
mon enfance passa
les femmes aux cuisines
où je rêvais de chine
vieillissaient en repas
les hommes au fromage
s'enveloppaient de tabac
flamands, taiseux et sages
et ne me savaient pas
moi qui, toutes les nuits
agenouillé pour rien
arpégeais mon chagrin
au pied du trop grand lit
je voulais prendre un train
que je n'ai jamais pris
mon enfance passa
de servante en servante
je m'étonnais déjà
qu'elles ne fussent point plantes
je m'étonnais encore
de ces ronds de famille
flânant de mort en mort
et que le deuil habille
je m'étonnais surtout
d'être de ce troupeau
qui m'apprenait à pleurer
que je connaissais trop
j'avais l'oeil du berger
mais le coeur de l'agneau
et mon enfance éclata
ce fut l'adolescence
et le mur du silence
un matin se brisa
ce fut la première fleur
et la première fille
la première gentille
et la première peur
je volais, je le jure
je jure que je volais
mon coeur ouvrait les bras
je n'étais plus barbare
et la guerre arriva
et nous voilà ce soir
****    Le_cheval_67
j'étais vraiment, j'étais bien plus heureux
bien plus heureux avant, quand j'étais ch'val
que je traînais, madame, votre landau
jolie madame, dans les rues de bordeaux
mais tu as voulu que je sois ton amant
tu as même voulu que je quitte ma jument
je n'étais qu'un ch'val, oui, oui, mais tu en as profité
par amour pour toi, je m'suis déjumenté
et depuis, toutes les nuits
dans ton lit de satin blanc
je regrette mon écurie
mon écurie et ma jument
j'étais vraiment, vraiment bien plus heureux
bien plus heureux avant, quand j'étais ch'val
que tu t'foutais, madame, la gueule par terre
jolie madame, quand tu forçais le cerf
mais tu as voulu qu'j'apprenne les bonnes manières
tu as voulu qu'j'marche sur les pattes de derrière
je n'étais qu'un ch'val, oui, oui, mais tu m'as couillonné
par amour pour toi, je m'suis derrièrisé
et depuis, toutes les nuits
quand nous dansons le tango
je regrette mon écurie
mon écurie et mon galop
j'étais vraiment, vraiment bien plus heureux
bien plus heureux avant, quand j'étais ch'val
que j'te promenais, madame, sur mon dos
jolie madame, en forêt d'fontainebleau
mais tu as voulu que je sois ton banquier
tu as même voulu qu'je me mette à chanter
je n'étais qu'un ch'val, oui, oui, mais tu en as abusé
par amour pour toi, je me suis variété
et depuis, toutes les nuits
quand je chante “ne me quitte pas”
je regrette mon écurie
et mes silences d'autrefois
et puis, et puis tu es partie, radicale
avec un zèbre, un zèbre mal rayé
le jour, madame, où je t'ai refusé
d'apprendre à monter à cheval
mais tu m'avais pris ma jument, mon silence
mes sabots, mon écurie, mon galop
tu ne m'as laissé que mes dents
et voilà pourquoi je cours, je cours
je cours le monde en hennissant
me voyant refuser l'amour
par les femmes et par les juments
j'étais vraiment, vraiment bien plus heureux
bien plus heureux avant, quand j'étais ch'val
que je promenais, madame, votre landau
quand j'étais ch'val et quand tu étais chameau
****    Mon_pere_67
mon père disait
c'est le vent du nord
qui fait craquer les digues
à scheveningen
à scheveningen, petit
tellement fort
qu'on n'sait plus qui navigue
la mer du nord
ou bien les digues
c'est le vent du nord
qui transperce les yeux
des hommes du nord
jeunes ou vieux
pour faire chanter
des carillons de bleu
venus du nord
au fond d'leurs yeux
mon père disait
c'est le vent du nord
qui fait tourner la terre
autour de bruges
autour de bruges, petit
c'est le vent du nord
qui a raboté la terre
autour des tours
des tours de bruges
et qui fait qu'nos filles
ont l'regard tranquille
des vieilles villes
des vieilles villes
qui fait qu'nos belles
ont le cheveu fragile
de nos dentelles
de nos dentelles
mon père disait
c'est le vent du nord
qui a fait craquer la terre
entre zeebruges
entre zeebruges, petit
c'est le vent du nord
qui a fait craquer la terre
entre zeebruges
et l'angleterre
et londres n'est plus
comme avant le déluge
le point de bruges
narguant la mer
londres n'est plus
que le faubourg de bruges
perdu en mer
perdu en mer
mais mon père disait
c'est le vent du nord
qui portera en terre
mon corps sans âme
et sans colère
c'est le vent du nord
qui portera en terre
mon corps sans âme
face à la mer
c'est le vent du nord
qui me fera capitaine
d'un brise-lames
ou d'une baleine
c'est le vent du nord
qui me fera capitaine
d'un brise-larmes
pour ceux que j'aime
****    He_Mman_67
hé ! m'man faut pas pleurer comme ça dis
hé ! m'man, faut pas pleurer pour ça
les autres ils savent pas ce qu'ils disent
les autres ils disent n'importe quoi
non, non il faut passer ta robe de dentelle
on défilera dessus la promenade
tu souriras arcade après arcade
et les hommes diront que c'est toi la plus belle
et tant pis si les fenêtres nous regardent
et tant pis les femelles jasent
et tant pis si jasent les bourgeois, d'ailleurs
il n'y a plus de bourgeois, m'man
il n'y a plus que des bourgeoises
hé! m'man faut pas pleurer comme ça, dis dis dis
hé ! m'man faut pas pleurer comme ça dis
hé ! m'man, faut pas pleurer pour ça
les autres savent pas ce qu'ils médisent
les autres médisent n'importe quoi
non, je sais que tu as reçu des coups de pieds au tendre
je sais que tu as reçu des coups de poing au cœur
mais faut bouger m'man, il faut pas se laisser prendre
par des voisins qui se prennent pour des chasseurs
et tant pis si les fenêtres nous regardent
et tant pis elles nous désignent du doigt
je me ferai raide, je serai ta tour de garde
hé ! m'man faut pas pleurer comme, dis dis dis
hé ! m'man faut pas pleurer comme ça dis
hé ! m'man, faut pas pleurer pour ça
les autres savent pas ce qu'ils disent
mais nous, nous on sait bien qu'il reviendra
il reviendra grand, gros, lourd et bête
avec sa grande gueule et son cuir déchevelu
entre deux vins ou entre deux tempêtes
il reviendra comme il est déjà revenu
et tant pis si les pisseuses te bavardent
toi tu seras fière de retrouver ton velu
il vaut pas le coup m'man, mais est-ce que ça me regarde
si tu es heureuse moi je ne demande rien de plus
hé ! m'man est-ce que t'entends comme moi, dis ?
hé ! m'man j'l'entends qui gueule en bas
ton jules.
****    La_la_la_67
quand je s'rai vieux, je s'rai insupportable
sauf pour mon lit et mon maigre passé
mon chien s'ra mort, ma barbe s'ra minable
toutes mes morues m'auront laissé tomber
j'habiterai une quelconque belgique
qui m'insultera tout autant que maint'nant
quand je lui chanterai
vive la république
vivent les belgiens
merde pour les flamingants
la la la
la la la
je serai fui comme un vieil hôpital
par tous les ventres d'haute société
j'boirai donc seul ma pension de cigale
il faut bien être lorsque l'on a été
je n'serai reçu que par les chats du quartier
à leur festin pour qu'ils ne soient pas treize
et j'y chanterai sur une simple chaise
j'y chanterai après le rat crevé
messieurs, dans le lit de la marquise
c'était moi, les quatre-vingt chasseurs
la la la
et quand viendra l'heure imbécile et fatale
où il paraît que quelqu'un nous appelle
j'insulterai le flic sacerdotal
penché vers moi comme un larbin du ciel
et je mourirai cerné de rigolos
en me disant qu'il était chouette voltaire
et qu'si y en a des qui ont une plume au chapeau
y en a des qui ont une plume dans l'derrière
la la la
la la la
quand je s'rai vieux, je s'rai insupportable
sauf pour mon lit et mon maigre passé
mon chien s'ra mort, ma barbe s'ra minable
toutes mes morues m'auront laissé tomber
****    Fils_de…_67
fils de bourgeois
ou fils d'apôtres
tous les enfants
sont comme les vôtres
fils de césar
ou fils de rien
tous les enfants
sont comme le tien
le même sourire
les mêmes larmes
les mêmes alarmes
les mêmes soupirs
fils de césar
ou fils de rien
tous les enfants
sont comme le tien
ce n'est qu'après
longtemps après
mais fils de sultan
fils de fakir
tous les enfants
ont un empire
sous voûtes d'or
sous toit de chaumes
tous les enfants
ont un royaume
un coin de vague
une fleur qui tremble
un oiseau mort
qui leur ressemble
fils de sultan
fils de fakir
tous les enfants
ont un empire
ce n'est qu'après
longtemps après
mais fils de ton fils
ou fils d'étranger
tous les enfants
sont des sorciers
fils de l'amour
fils d'amourettes
tous les enfants
sont des poètes
ils sont bergers
ils sont rois mages
font des nuages
pour mieux voler
mais fils de ton fils
ou fils d'étranger
tous les enfants
sont des sorciers
ce n'est qu'après
longtemps après
mais fils de bourgeois
ou fils d'apôtres
tous les enfants
sont comme les vôtres
fils de césar
ou fils de rien
tous les enfants
sont comme le tien
le même sourire
les mêmes larmes
les mêmes alarmes
les mêmes soupirs
fils de césar
ou fils de rien
tous les enfants
sont comme le tien
****    Vieux_ama_67
bien sûr, nous eûmes des orages
vingt ans d'amour, c'est l'amour fol
mille fois tu pris ton bagage
mille fois je pris mon envol
et chaque meuble se souvient
dans cette chambre sans berceau
des éclats des vieilles tempêtes
plus rien ne ressemblait à rien
tu avais perdu le goût de l'eau
et moi celui de la conquête
mais mon amour
mon doux, mon tendre, mon merveilleux amour
de l'aube claire jusqu'à la fin du jour
je t'aime encore, tu sais, je t'aime
moi, je sais tous tes sortilèges
tu sais tous mes envoûtements
tu m'as gardé de pièges en pièges
je t'ai perdue de temps en temps
bien sûr tu pris quelques amants
il fallait bien passer le temps
il faut bien que le corps exulte
finalement, finalement
il nous fallut bien du talent
pour être vieux sans être adultes
oh, mon amour
mon doux, mon tendre, mon merveilleux amour
de l'aube claire jusqu'à la fin du jour
je t'aime encore, tu sais, je t'aime
et plus le temps nous fait cortège
et plus le temps nous fait tourment
mais n'est-ce pas le pire piège
que vivre en paix pour des amants
bien sûr tu pleures un peu moins tôt
je me déchire un peu plus tard
nous protégeons moins nos mystères
on laisse moins faire le hasard
on se méfie du fil de l'eau
mais c'est toujours la tendre guerre
oh, mon amour...
mon doux, mon tendre, mon merveilleux amour
de l'aube claire jusqu'à la fin du jour
je t'aime encore, tu sais, je t'aime.
****    A_jeun_67 
parfaitement à jeun
vous me voyez surpris
de n'pas trouver mon lit ici
parfaitement à jeun
je le vois qui recule
je le vois qui bascule aussi
guili guili guili
viens-là mon petit lit
si tu n'viens pas t'à moi
c'est pas moi qui irai t'à toi
mais qui n'avance pas recule
comme dit monsieur dupneu
un mec qui articule
et qui est chef du contentieux
parfaitement à jeun
je reviens d'une belle fête
j'ai enterré huguette ce matin
parfaitement à jeun
j'ai fait semblant d'pleurer
pour ne pas faire rater la fête
z'étaient tous en noir
les voisins les amis
y avait qu'moi qui étais gris
dans cette foire
y avait beau-maman belle-papa
z'avez pas vu mirza?
et puis monsieur dupneu
qui est chef du contentieux (x2)
parfaitement à jeun
en enterrant ma femme
j'ai surtout enterré
la maîtresse d'andré
je n'l'ai su que c'matin
et par un enfant d'choeur
qui m' racontait qu' sa soeur ah ça sa soeur, ah! ça… 
(disons qu'elle a profité de la vie…)
haha… enfin!
il me reste deux solutions
ou bien frapper andré
ou bien gnougnougnafier
la femme d'andré
sur son balcon
ou bien rester chez moi
feu-cocu mais joyeux
c'est ce que me conseille andré
andré, andré dupneu (x2)
qu'est mon chef du contentieux
parfaitement à jeun
vous me voyez surpris
de ne pas trouver mon lit
****    Coeurs_te_67
y en a qui ont le coeur si large
qu'on y entre sans frapper
y en a qui ont le coeur si large
qu'on n'en voit que la moitié
y en a qui ont le coeur si frêle
qu'on le briserait du doigt
y en a qui ont le coeur trop frêle
pour vivre comme toi et moi
z'ont plein d'fleurs dans les yeux
les yeux à fleur de peur
de peur de manquer l'heure
qui conduit à paris
y en a qui ont le coeur si tendre
qu'y reposent les mésanges
y en a qui ont le coeur trop tendre
moitié homme et moitié ange
y en a qui ont le coeur si vaste
qu'ils sont toujours en voyage
y en a qui ont le coeur trop vaste
pour se priver de mirages
z'ont plein d'fleurs dans les yeux
les yeux à fleur de peur
de peur de manquer l'heure
qui conduit à paris
y en a qui ont le coeur dehors
et ne peuvent que l'offrir
le coeur tellement dehors
qu'ils sont tous à s'en servir
celui-là a l'coeur dehors
et si frêle, et si tendre
que maudits soient les arbres morts
qui ne pourraient point l'entendre
a plein d'fleurs dans les yeux
les yeux à fleur de peur
de peur de manquer l'heure
qui conduit à paris
****    Le_gaz_67
tu habites rue de la madone
une maison qui se déhanche
une maison qui s'tirebouchonne
et qui pleure à grosses planches
l'escalier colimaçonne
c'est pas grand, non, oh non, mais y'a de la place
tu habites rue de la madone
et moi, moi, je viens pour le gaz
tu as un boudoir plein d'bouddhas
les bougies dansent dans leurs bougeoirs
ça sent bon, c'est sans histoires
ça ruisselle de taffetas
c'est rempli de photos d'toi
qui sommeilles devant la glace
tu as un boudoir plein d'bouddhas
et moi, et moi, et moi, je viens pour le gaz
tu as un vrai divan de roi
un vrai divan de diva
du porto qu'tu rapportas
de la porte des lilas
t'as un p'tit chien un grand chat
un phono qui joue du jazz
tu as un vrai divan de roi
et moi, moi, moi, je viens pour le gaz
tu as des seins comme des soleils
comme des fruits, comme des r'posoirs
tu as des seins comme des miroirs
comme des fruits, comme du miel
tu les recouvres, tout devient noir
tu les découvres, et je deviens pégase
tu as des seins comme des trottoirs
et moi, moi, moi, moi, je viens pour le gaz
et puis, chez toi, y a le plombier
y a le bedeau et y a le facteur
le docteur qui fait le café
le notaire qui sert les liqueurs
y a la moitié d'un artilleur
y a un poète de carpentras
y a quelques flics, oui, et puis la main de ma soeur
et tout ça est là pour le gaz
allez, allez-y donc tous, rue de la madone
c'est pas grand, non, mais y a de la place
allez-y donc tous, rue de la madone
et dites bien que c'est pour le gaz
****    Les_mouto_67
désolé, bergère
j'aime pas les moutons
qu'ils soient pure laine
ou en chapeau melon
qu'ils broutent leur colline
qu'ils broutent le béton
menés par quelques chiens
et par quelques bâtons
désolé, bergère
j'aime pas les moutons
désolé, bergère
j'aime pas les agneaux
qui arrondissent le dos
de troupeau en troupeau
de troupeau en étable
et d'étable en bureau
j'aime encore mieux les loups
j'aime mieux les moineaux
désolé, bergère
j'aime pas les agneaux
désolé, bergère
j'aime pas les brebis
ça arrive toutes tordues
et ça dit déjà “oui”
ça se retrouve tondues
et ça vous redit “oui”
ça s'balance en boucherie
et ça re-redit “oui”
désolé, bergère
j'aime pas les brebis
désolé, bergère
j'aime pas les troupeaux
qui ne voient pas plus loin
que le bout d'leur coteau
qui avancent en reculant
qui s'noient dans un verre d'eau bénite
et dès qu'le vent se lève
montrent le bas d'leur dos
désolé, bergère
j'aime pas les troupeaux
désolé, bergère
j'aime pas les bergers
désolé, bergère
j'aime pas les bergers
il pleut, il pleut, bergère
prends garde à te garder
prends garde à te garder, bergère
un jour, tu vas bêler
désolé, bergère
j'aime pas les bergers
désolé, bergère
j'aime pas les moutons
qu'ils soient pure laine
ou en chapeau melon
qu'ils broutent leur colline
qu'ils broutent le béton
menés par quelques chiens
et par quelques bâtons
désolé, bergère
j'aime pas les moutons

****    Bonbons_66
j'vous ai apporté des bonbons
parce que les fleurs, c'est périssable
puis les bonbons, c'est tellement bon
bien qu'les fleurs soyent plus présentables
surtout quand elles sont en boutons
mais j'vous ai apporté des bonbons
j'espère qu'on pourra se promener
que madame vot'mère ne dira rien
on ira voir passer les trains
à huit heures, moi, je vous ramènerai
quel beau dimanche, allez, pour la saison
j'vous ai apporté des bonbons
si vous saviez c'que je suis fier
de vous voir pendue à mon bras
les gens me regardent de travers
y en a même qui rient derrière moi
le monde est plein de polissons
j'vous ai apporté des bonbons
oh, oui, germaine est moins bien qu'vous
oh, oui, germaine, elle est moins belle
c'est vrai qu'germaine a des ch'veux roux
c'est vrai qu'germaine elle est cruelle
ça, vous avez mille fois raison
j'vous ai apporté des bonbons
et nous voilà sur la grand'place
sur le kiosque on joue mozart
mais dites-moi qu'c'est par hasard
qu'il y a là votre ami léon
si vous voulez que je cède la place
j'avais apporté des bonbons
mais, bonjour, mademoiselle germaine
j'vous ai apporté des bonbons
parce que les fleurs, c'est périssable
puis les bonbons, c'est tellement bon
bien qu'les fleurs soyent plus présentables
surtout quand elles sont en boutons
allez, j'vous ai apporté des bonbons
****    Les_Vieux_66
les vieux ne parlent plus, ou alors seulement, parfois, du bout des yeux
même riches, ils sont pauvres, ils n'ont plus d'illusions et n'ont qu'un coeur pour deux
chez eux, ça sent le thym, le propre, la lavande et le verbe d'antan
que l'on vive à paris, on vit tous en province quand on vit trop longtemps
est-ce d'avoir trop ri, que leurs voix se lézardent quand ils parlent d'hier 
et d'avoir trop pleuré, que des larmes encore leur perlent aux paupières 
et s'ils tremblent un peu, est-ce de voir vieillir la pendule d'argent
qui ronronne au salon, qui dit “oui”, qui dit “non”, qui dit “je vous attends” 
les vieux ne rêvent plus, leurs livres s'ensommeillent, leurs pianos sont fermés
le petit chat est mort, le muscat du dimanche ne les fait plus chanter
les vieux ne bougent plus, leurs gestes ont trop de rides, leur monde est trop petit
du lit à la fenêtre, puis du lit au fauteuil, et puis du lit au lit
et s'ils sortent encore, bras dessus, bras dessous, tout habillés de raide
c'est pour suivre au soleil l'enterrement d'un plus vieux, l'enterrement d'une plus laide
et, le temps d'un sanglot, oublier tout une heure la pendule d'argent
qui ronronne au salon, qui dit “oui”, qui dit “non”, et puis qui les attend
les vieux ne meurent pas, ils s'endorment un jour et dorment trop longtemps
ils se tiennent la main, ils ont peur de se perdre et se perdent pourtant
et l'autre reste là, le meilleur ou le pire, le doux ou le sévère
cela n'importe pas, celui des deux qui reste se retrouve en enfer
vous le verrez peut-être, vous la verrez parfois, en pluie et en chagrin
traverser le présent en s'excusant déjà de n'être pas plus loin
et fuir devant vous, une dernière fois, la pendule d'argent
qui ronronne au salon, qui dit “oui”, qui dit “non”, qui leur dit “je t'attends”
qui ronronne au salon, qui dit “oui”, qui dit “non”, et puis qui nous attend.
****    La_parlot_66
c'est elle qui remplit les squares
les promenades, les salons de thé
c'est elle qui raconte l'histoire
quand elle ne l'a pas inventée
c'est la parlote, la parlote
c'est elle qui sort toutes les nuits
et ne s'apaise qu'au petit jour
pour s'éveiller après l'amour
entre deux amants éblouis
la parlote, la parlote
c'est là qu'on dit qu'on a dit “oui”
c'est là qu'on dit qu'on a dit “non”
c'est le support de l'assurance
et le premier apéritif de france
la parlote, la parlote
la parlote, la parlote
marchant sur la pointe des lèvres
moitié fakir et moitié vandale
d'un faussaire elle fait un orfèvre
d'un fifrelin elle fait un scandale
la parlote, la parlote
c'est elle qui attire la candeur
dans les filets d'une promenade
mais c'est par elle que l'amour en fleur
souvent se meurt dans les salades
la parlote, la parlote
par elle, j'ai changé le monde
j'ai même fait battre tambour
pour charger une pompadour
pas même belle, pas même blonde
la parlote, la parlote
la parlote, la parlote
c'est au bistrot qu'elle rend ses sentences
et nous rassure en nous assurant
que ceux qu'on aime n'ont pas eu d'chance
que ceux qu'on n'aime pas en ont tellement
la parlote, la parlote
si c'est elle qui sèche les yeux
et si c'est elle qui sèche les pleurs
c'est elle qui dessèche les vieux
c'est elle qui dessèche les coeurs
gna gna gna gna gna
gna gna gna gna gna
c'est elle qui vraiment s'installe
quand on n'a plus rien à se dire
c'est l'épitaphe, c'est la pierre tombale
que des amours qu'on a laissé mourir
la parlote, la parlote
la parlote, la parlote
****    Der_repas_66
à mon dernier repas
je veux voir mes frères
et mes chiens et mes chats
et le bord de la mer
à mon dernier repas
je veux voir mes voisins
et puis quelques chinois
en guise de cousins
et je veux qu'on y boive
en plus du vin de messe
de ce vin si joli
qu'on buvait en arbois
je veux qu'on y dévore
après quelques soutanes
une poule faisane
venue du périgord
puis je veux qu'on m'emmène
en haut de ma colline
voir les arbres dormir
en refermant leurs bras
et puis je veux encore
lancer des pierres au ciel
en criant “dieu est mort”
une dernière fois
à mon dernier repas
je veux voir mon âne
mes poules et mes oies
mes vaches et mes femmes
à mon dernier repas
je veux voir ces drôlesses
dont je fus maître et roi
ou qui furent mes maîtresses
quand j'aurai dans la panse
de quoi noyer la terre
je briserai mon verre
pour faire le silence
et j'chanterai à tue-tête
à la mort qui s'avance
les paillardes romances
qui font peur aux nonnettes
puis je veux qu'on m'emmène
en haut de ma colline
voir le soir qui chemine
lentement vers la plaine
et là, debout encore
j'insulterai les bourgeois
sans crainte et sans remords
une dernière fois
après mon dernier r'pas
je veux que l'on s'en aille
qu'on finisse ripaille
ailleurs que sous mon toit
après mon dernier r'pas
je veux que l'on m'installe
assis, seul comme un roi
accueillant ses vestales
dans ma pipe, je brûlerai
mes souvenirs d'enfance
mes rêves inachevés
mes restes d'espérance
et je ne garderai
pour habiller mon âme
que l'idée d'un rosier
et qu'un prénom de femme
puis je regarderai
le haut de ma colline
qui danse, qui se devine
qui finit par sombrer
et dans l'odeur des fleurs
qui bientôt s'éteindra
je sais que j'aurai peur
une dernière fois
****    Titine_66
j'ai retrouvé titine
titine, oh ma titine
j'ai retrouvé titine
que je ne trouvais pas
je l'ai retrouvée par hasard
qui vendait du buvard
derrière une vitrine
de la gare saint-lazare
je lui ai dit titine
titine, oh ma titine
je lui ai dit titine
pourquoi m'avoir quitté
tu es partie comme ça
sans un geste sans un mot
voir un film de charlot
au ciné de l'olympia
et il y a trente ans déjà
que nous te cherchions partout
mon hispano et moi
en criant comme des fous
je cherche après titine
titine, oh ma titine
je cherche après titine
mais j'ai retrouvé titine
titine, oh ma titine
j'ai retrouvé titine
que je ne trouvais pas
je l'avais cherchée partout
au gabon au tonkin
je l'avais cherchée en vain
au chili au pérou
et j'lui ai dit titine
titine, oh ma titine
et j' lui ai dit titine
je t'en supplie reviens
tu as changé je sais bien
tu es un peu moins tentante
et tu marches comme chaplin
puis tu es devenue parlante
mais enfin c'est mieux que rien
quand on vit depuis trente ans
tout seul avec un chien
et avec douze enfants
qui cherchent après titine
titine, oh ma titine
qui cherchent après titine
mais j'ai retrouvé titine
titine, oh ma titine
j'ai retrouvé titine
que je ne trouvais pas
j' aim'rais que vous la voyiez
titine elle est en or
bien plus que valentine
bien plus qu'éléonore
mais hier quand je lui ai dit
titine, oh ma titine
quand je lui ai dit titine
est-ce que tu m'aimes encore
elle est repartie comme ça
sans un geste sans un mot
voir un film de charlot
au ciné de l'olympia
alors voilà pourquoi
nous la recherchons partout
mon hispano et moi
en criant comme des fous
je cherche après titine
titine, oh ma titine
je cherche après titine
mais je retrouverai titine
titine, oh ma titine
je retrouverai titine
et tout ça s'arrangera
****    Les_Toros_66
les toros s'ennuient le dimanche
quand il s'agit de courir pour nous
un peu de sable, du soleil et des planches
un peu de sang pour faire un peu de boue
mais c'est l'heure où les épiciers se prennent pour don juan
c'est l'heure où les anglaises se prennent pour montherlant
ah 
qui nous dira à quoi ça pense
un toro qui tourne et danse
et s'aperçoit soudain qu'il est tout nu 
ah 
qui nous dira à quoi ça rêve
un toro dont l'oeil se lève
et qui découvre les cornes des cocus 
les toros s'ennuient le dimanche
quand il s'agit de souffrir pour nous
mais voici les picadors, et la foule se venge
voici les toreros, la foule est à genoux
et c'est l'heure où les épiciers se prennent pour garcia lorca
c'est l'heure où les anglaises se prennent pour la carmencita
les toros s'ennuient le dimanche
quand il s'agit de mourir pour nous
mais l'épée va plonger, et la foule se penche
mais l'épée a plongé, et la foule est debout
c'est l'instant de triomphe où les épiciers se prennent pour néron
c'est l'instant de triomphe où les anglaises se prennent pour wellington
ah 
est-ce qu'en tombant à terre
les toros rêvent d'un enfer
où brûleraient hommes et toreros défunts 
ah 
ou bien à l'heure du trépas
ne nous pardonneraient-ils pas
en pensant à carthage, waterloo et verdun 
****    Fanette_66
nous étions deux amis et fanette m'aimait
la plage était déserte et dormait sous juillet
si elles s'en souviennent les vagues vous diront
combien pour la fanette j'ai chanté de chansons
faut dire
faut dire qu'elle était belle
comme une perle d'eau
faut dire qu'elle était belle
et je ne suis pas beau
faut dire
faut dire qu'elle était brune
tant la dune était blonde
et tenant l'autre et l'une
moi je tenais le monde
faut dire
faut dire que j'étais fou
de croire à tout cela
je le croyais à nous
je la croyais à moi
faut dire
qu'on ne nous apprend pas
a se méfier de tout
nous étions deux amis et fanette m'aimait
la plage était déserte et mentait sous juillet
si elles s'en souviennent les vagues vous diront
comment pour la fanette s'arrêta la chanson
faut dire
faut dire qu'en sortant
d'une vague mourante
je les vis s'en allant
comme amant et amante
faut dire
faut dire qu'ils ont ri
quand ils m'ont vu pleurer
faut dire qu'ils ont chanté
quand je les ai maudits
faut dire
que c'est bien ce jour-là
qu'ils ont nagé si loin
qu'ils ont nagé si bien
qu'on ne les revit pas
faut dire
qu'on ne nous apprend pas
mais parlons d'autre chose
nous étions deux amis et fanette l'aimait
la plage est déserte et pleure sous juillet
et le soir quelquefois, quand les vagues s'arrêtent
j'entends comme une voix
j'entends c'est la fanette
****    Fil.chien_66
les filles
c'est beau comme un jeu
c'est beau comme un feu
c'est beaucoup trop peu
les filles
c'est beau comme un fruit
c'est beau comme la nuit
c'est beaucoup d'ennuis
les filles
c'est beau comme un r'nard
c'est beau comme un r'tard
c'est beaucoup trop tard
les filles
c'est beau tant qu'ça peut
c'est beau comme l'adieu
et c'est beaucoup mieux
mais les chiens
c'est beau comme des chiens
et ça reste là
à nous voir pleurer
les chiens
ça ne nous dit rien
c'est peut-être pour ça
qu'on croit les aimer
les filles
ça vous pend au nez
ça vous prend au thé
ça vous prend les dés
les filles
ça vous pend au cou
ça vous pend au clou
ça dépend de vous
les filles
ça vous pend au coeur
ça se pend aux fleurs
ça dépend des heures
les filles
ça dépend de tout
ça dépend surtout
ça dépend des sous
mais les chiens
ça n'dépend de rien
et ça reste là
à nous voir pleurer
les chiens
ça ne nous dit rien
c'est peut-être pour ça
qu'on croit les aimer
les filles
ça joue au cerceau
ça joue du cerveau
ça se joue tango
les filles
ça joue l'amadou
ça joue contre joue
ça se joue de vous
les filles
ça joue à jouer
ça joue à aimer
ça joue pour gagner
les filles
qu'elles jouent les p'tites femmes
qu'elles jouent les grandes dames
ça se joue en drames
mais les chiens
ça ne joue à rien
parce que ça n'sait pas
comment faut tricher
les chiens
ça ne joue à rien
c'est peut-être pour ça
qu'on croit les aimer
les filles
ça donne à rêver
ça donne à penser
ça vous donne congé
les filles
ça se donne pourtant
ça se donne un temps
ça “donnant donnant”
les filles
ça donne de l'amour
à chacun son tour
ça donne sur la cour
les filles
ça vous donne son corps
ça se donne si fort
que ça donne des r'mords
mais les chiens
ça ne vous donne rien
parce que ça n'sait pas
faire semblant d'donner
les chiens
ça ne vous donne rien
c'est peut-être pour ça
qu'on doit les aimer
et c'est pourtant pour les filles
qu'au moindre matin
qu'au moindre chagrin
on renie ses chiens
****    Bigotes_66
elles vieillissent à petits pas
de petits chiens en petits chats
les bigotes
elles vieillissent d'autant plus vite
qu'elles confondent l'amour et l'eau bénite
comme toutes les bigotes
ah, si j'étais diable, en les voyant parfois
je crois que je me ferais châtrer
si j'étais dieu, en les voyant prier
je crois que je perdrais la foi
par les bigotes
elles processionnent à petits pas
de bénitier en bénitier
les bigotes
et patati et patata
mes oreilles commencent à siffler
les bigotes
vêtues de noir comme monsieur le curé
qui est trop bon avec les créatures
elles s'embigotent les yeux baissés
comme si dieu dormait sous leurs chaussures
de bigotes
le samedi soir, après le turbin
on voit l'ouvrier parisien
mais pas d'bigotes
car c'est au fond de leur maison
qu'elles se préservent des garçons
les bigotes
qui préfèrent se ratatiner
de vêpres en vêpres, de messe en messe
toutes fières d'avoir pu conserver
le diamant qui dort entre leurs f
de bigotes
puis elles meurent à petits pas
à petit feu, en petits tas
les bigotes
qui cimetièrent à petits pas
au petit jour, d'un petit froid
de bigotes
et dans le ciel, qui n'existe pas
les anges font vite un paradis pour elles
une auréole et deux bouts d'ailes
et elles s'envolent… à petits pas
de bigotes.
****    Fenetres_66
les fenêtres nous guettent
quand notre coeur s'arrête
en croisant louisette
pour qui brûlent nos chairs
les fenêtres rigolent
quand elles voient la frivole
qui offre sa corolle
à un clerc de notaire
les fenêtres sanglotent
quand à l'aube falote
un enterrement cahote
jusqu'au vieux cimetière
mais les fenêtres froncent
leurs corniches de bronze
quand elles voient les ronces
envahir leur lumière
les fenêtres murmurent
quand tombent en chevelure
les pluies de la froidure
qui mouillent les adieux
les fenêtres chantonnent
quand se lève à l'automne
le vent qui abandonne
les rues aux amoureux
les fenêtres se taisent
quand l'hiver les apaise
et que la neige épaisse
vient leur fermer les yeux
mais les fenêtres jacassent
quand une femme passe
qui habite l'impasse
où passent les messieurs
la fenêtre est un oeuf
quand elle est oeil-de-boeuf
qui attend comme un veuf
au coin d'un escalier
la fenêtre bataille
quand elle est soupirail
d'où le soldat mitraille
avant de succomber
les fenêtres musardent
quand elles sont mansardes
et abritent les hardes
d'un poète oublié
mais les fenêtres gentilles
se recouvrent de grilles
si par malheur on crie
vive la liberté
les fenêtres surveillent
l'enfant qui s'émerveille
dans un cercle de vieilles
à faire ses premiers pas
les fenêtres sourient
quand quinze ans trop jolis
et quinze ans trop grandis
s'offrent un premier repas
mais les fenêtres menacent
les fenêtres grimacent
quand parfois j'ai l'audace
d'appeler un chat un chat
les fenêtres me suivent
me suivent et me poursuivent
jusqu'à ce que peur s'ensuive
tout au fond de mes draps
les fenêtres souvent
traitent impunément
de voyous des enfants
qui cherchent qui aimer
les fenêtres souvent
soupçonnent ces manants
qui dorment sur les bancs
et parlent l'étranger
les fenêtres souvent
se ferment en riant
se ferment en criant
quand on y va chanter
ah ! je n'ose pas penser
qu'elles servent à voiler
plus qu'à laisser entrer
la lumière de l'été
non, je préfère penser
qu'une fenêtre fermée
ça ne sert qu'à aider
les amants à s'aimer
non, je préfère penser
qu'une fenêtre fermée
ça ne sert qu'à aider
les amants à s'aimer
****    Ama_coeur_66
ils s'aiment s'aiment en riant
ils s'aiment s'aiment pour toujours
ils s'aiment tout au long du jour
ils s'aiment s'aiment s'aiment tant
qu'on dirait des anges d'amour
des anges fous se protégeant
quand se retrouvent en courant
les amants
les amants de coeur
les amants
ils s'aiment s'aiment à la folie
s'effeuillant à l'ombre des feux
se découvrant comme deux fruits
puis se trouvant n'être plus deux
se dénouant comme velours
se reprenant au petit jour
et s'endormant les plus heureux
les amants,les amants de coeur
les amants
ils s'aiment s'aiment en tremblant
le coeur mouillé le coeur battant
chaque seconde est une peur
qui croque le coeur entre ses dents
ils savent trop de rendez-vous
où n'vinrent que des facteurs
pour n'avoir pas peur du loup
les amants,les amants de coeur
les amants
ils s'aiment s'aiment en pleurant
chaque jour un peu moins amants
quand ils ont bu tout leur mystère
deviennent comme soeur et frère
brûlent leurs ailes d'inquiétude
redeviennent deux habitudes
alors changent de partenaire
les amants, les amants de coeur
les amants
qui s'aiment s'aiment en riant
qui s'aiment s'aiment pour toujours
qui s'aiment tout au long du jour
qui s'aiment s'aiment s'aiment tant
qu'on dirait des anges d'amour
des anges fous se protégeant
quand ils se retrouv'nt en courant
les amants, les amants de coeur
les amants

****    Ces_gens_65 
d'abord, d'abord, y a l'aîné
lui qui est comme un melon
lui qui a un gros nez
lui qui sait plus son nom
monsieur tellement qu'y boit
tellement qu'il a bu
qui fait rien de ses dix doigts
mais lui qui n'en peut plus
lui qui est complètement cuit
et qui s'prend pour le roi
qui se saoule toutes les nuits
avec du mauvais vin
mais qu'on retrouve matin
dans l'église qui roupille
raide comme une saillie
blanc comme un cierge de pâques
et puis qui balbutie
et qui a l'oeil qui divague
faut vous dire, monsieur
que chez ces gens-là
on ne pense pas, monsieur
on ne pense pas, on prie
et puis, y a l'autre
des carottes dans les cheveux
qu'a jamais vu un peigne
qu'est méchant comme une teigne
même qu'il donnerait sa chemise
a des pauvres gens heureux
qui a marié la denise
une fille de la ville
enfin d'une autre ville
et que c'est pas fini
qui fait ses p'tites affaires
avec son p'tit chapeau
avec son p'tit manteau
avec sa p'tite auto
qu'aimerait bien avoir l'air
mais qui a pas l'air du tout
faut pas jouer les riches
quand on n'a pas le sou
faut vous dire, monsieur
que chez ces gens-là
on n'vit pas, monsieur
on n'vit pas, on triche
et puis, il y a les autres
la mère qui ne dit rien
ou bien n'importe quoi
et du soir au matin
sous sa belle gueule d'apôtre
et dans son cadre en bois
y a la moustache du père
qui est mort d'une glissade
et qui r'garde son troupeau
bouffer la soupe froide
et ça fait des grands flchss
et ça fait des grands flchss
et puis y a la toute vieille
qu'en finit pas d'vibrer
et qu'on attend qu'elle crève
vu qu'c'est elle qu'a l'oseille
et qu'on n'écoute même pas
c'que ses pauvres mains racontent
faut vous dire, monsieur
que chez ces gens-là
on n'cause pas, monsieur
on n'cause pas, on compte
et puis et puis
et puis il y a frida
qui est belle comme un soleil
et qui m'aime pareil
que moi j'aime frida
même qu'on se dit souvent
qu'on aura une maison
avec des tas de fenêtres
avec presque pas de murs
et qu'on vivra dedans
et qu'il fera bon y être
et que si c'est pas sûr
c'est quand même peut-être
parce que les autres veulent pas
parce que les autres veulent pas
les autres ils disent comme ça
qu'elle est trop belle pour moi
que je suis tout juste bon
a égorger les chats
j'ai jamais tué de chats
ou alors y a longtemps
ou bien j'ai oublié
ou ils sentaient pas bon
enfin ils ne veulent pas
parfois quand on se voit
semblant que c'est pas exprès
avec ses yeux mouillants
elle dit qu'elle partira
elle dit qu'elle me suivra
alors pour un instant
pour un instant seulement
alors moi je la crois, monsieur
pour un instant
pour un instant seulement
parce que chez ces gens-là
monsieur, on ne s'en va pas
on ne s'en va pas, monsieur
on ne s'en va pas
mais il est tard, monsieur
il faut que je rentre chez moi.
****    Jef_65
non, jef, t'es pas tout seul
mais arrête de pleurer
comme ça devant tout l'monde
parce qu'une demi-vieille
parce qu'une fausse blonde
t'a relaissé tomber
non, jef, t'es pas tout seul
mais tu sais qu'tu m'fais honte
a sangloter comme ça
bêtement devant tout l'monde
parce qu'une trois quarts putain
t'a claqué dans les mains
non, jef, t'es pas tout seul
mais tu fais honte à voir
les gens se paient not' tête
foutons l'camp de c'trottoir
viens, jef, viens, viens, viens!
viens, il me reste trois sous
on va aller s'les boire
chez la mère françoise
viens, jef, viens
viens, il me reste trois sous
et si c'est pas assez
ben il m'restera l'ardoise
puis on ira manger
des moules et puis des frites
des frites et puis des moules
et du vin de moselle
et si t'es encore triste
on ira voir les filles
chez la madame andrée
paraît qu'y en a d'nouvelles
on r'chantera comme avant
on s'ra bien tous les deux
comme quand on était jeunes
comme quand c'était le temps
que j'avais d'l'argent
non, jef, t'es pas tout seul
mais arrête tes grimaces
soulève tes cent kilos
fais bouger ta carcasse
je sais qu't'as le coeur gros
mais il faut le soulever, jef
non jef t'es pas tout seul
mais arrête de sangloter
arrête de te répandre
arrête de répéter
qu't'es bon à t' outre à l'eau
qu't'es bon à te pendre
non, jef, t'es pas tout seul
mais c'est plus un trottoir
ça d'vient un cinéma
où les gens viennent te voir
viens, jef, allez viens, viens!
viens, il me reste ma guitare
je l'allumerai pour toi
et on s'ra espagnols
jef, viens, viens
comme quand on était mômes
même que j'aimais pas ça
t'imiteras l'rossignol
jef,
puis on s'trouvera un banc
on parlera d'l'amérique
où c'est qu'on va aller, tu sais
quand on aura du fric
jef, viens
et si t'es encore triste
ou rien qu'si t'en as l'air
j'te raconterai comment
tu d'viendras rockefeller
on s'ra bien tous les deux
on r'chantera comme avant
comme quand on était beaux
jef,
comme quand c'était l'temps
d'avant qu'on soit poivrots
allez viens jef, viens
ouais! ouais, jef, ouais, viens!
****    Jacky_65
même si un jour à knokke-le-zoute
je deviens comme je le redoute
chanteur pour femmes finissantes
même si j'leur chante "mi corazon"
avec la voix bandonéante
d'un argentin de carcassonne
même si on m'appelle antonio
que je brûle mes derniers feux
en échange de quelques cadeaux
madame, je fais ce que je peux
même si j'me saoule à l'hydromel
pour mieux parler d'virilité
a des mémères décorées
comme des arbres de noël
je sais qu'dans ma soûlographie
chaque nuit pour des éléphants roses
je chanterai ma chanson morose
celle du temps où j'm'appelais jacky
etre une heure, une heure seulement
etre une heure, une heure quelquefois
etre une heure, rien qu'une heure durant
beau, beau, beau et con à la fois
même si un jour à macao
j'deviens gouverneur de tripot
cerclé de femmes languissantes
même si lassé d'être chanteur
j'y sois dev'nu maître chanteur
et qu'ce soit les autres qui chantent
même si on m'appelle le beau serge
que je vende des bateaux d'opium
du whisky de clermont-ferrand
de vrais pédés, de fausses vierges
que j'aie une banque à chaque doigt
et un doigt dans chaque pays
et que chaque pays soit à moi
je sais quand même que chaque nuit
tout seul au fond de ma fum'rie
pour un public de vieux chinois
je r'chanterai ma chanson à moi
celle du temps où j'm'appelais jacky
même si un jour au paradis
j'devienne comme j'en serais surpris
chanteur pour femmes à ailes blanches
que je leur chante "alléluia!"
en regrettant le temps d'en bas
où c'est pas tous les jours dimanche
même si on m'appelle dieu le père
celui qui est dans l'annuaire
entre "dieulefit" et "dieu vous garde"
même si je m'laisse pousser la barbe
même si toujours trop bonne pomme
je m'crève le coeur et l'pur esprit
a vouloir consoler les hommes
je sais quand même que chaque nuit
j'entendrai dans mon paradis
les anges, les saints et lucifer
me chanter la chanson d'naguère
celle du temps où j'm'appelais jacky.
****    Fernand_65 
dire que fernand est mort
dire qu'il est mort fernand
dire que je suis seul derrière
dire qu'il est seul devant
lui dans sa dernière bière
moi dans mon brouillard
lui dans son corbillard
moi dans mon désert
devant y a qu'un cheval blanc
derrière y a que moi qui pleure
dire qu'a même pas de vent
pour agiter mes fleurs
moi si j'étais l'bon dieu
je crois qu'j'aurais des r'mords
dire que maintenant il pleut
dire que fernand est mort
dire qu'on traverse paris
dans le tout p'tit matin
dire qu'on traverse paris
et qu'on dirait berlin
toi, toi, toi tu sais pas
tu dors mais c'est triste à mourir
d'être obligé d'partir
quand paris dort encore
moi je crève d'envie
de réveiller des gens
j't'inventerai une famille
juste pour ton enterrement
et puis si j'étais l'bon dieu
je crois qu'je serais pas fier
je sais, on fait c'qu'on peut
mais y a la manière
tu sais, je reviendrai
je reviendrai souvent
dans ce putain de champ
où tu dois t'reposer
l'été, j'te f'rai de l'ombre
on boira du silence
a la santé d'constance
qui s'en fout bien d'ton ombre
et puis les adultes sont tellement cons
qu'ils nous feront bien une guerre
alors je viendrai pour de bon
dormir dans ton cimetière
et maintenant bon dieu
tu vas bien rigoler
et maintenant bon dieu
et maintenant j'vais pleurer
****    Bergers_65
parfois, ils nous arrivent avec leurs grands chapeaux
et leurs manteaux de laine que suivent leurs troupeaux
les bergers
ils montent du printemps quand s'allongent les jours
ou, brûlés par l'été, descendent vers les bourgs
les bergers
quand leurs bêtes s'arrêtent pour nous boire de l'eau
se mettent à danser, à l'ombre d'un pipeau
les bergers
entre eux, l'en est de vieux, entre eux, l'en est de sages
qui appellent au puits tous les vieux du village
les bergers
ceux-là ont des histoires à nous faire telles peurs
que pour trois nuits, au moins, nous rêvons des frayeurs
des bergers
ils ont les mêmes rides et les mêmes compagnes
et les mêmes senteurs que leurs vieilles montagnes
les bergers
entre eux, l'en est de jeunes, entre eux, l'en est de beaux
qui appellent les filles à faire le gros dos
les bergers
ceux-là ont des sourires qu'on dirait une fleur
et des éclats de rire à faire jaillir de l'eau
les bergers
ceux-là ont des regards à vous brûler la peau
à vous défiancer, à vous clouer le coeur
les bergers
mais tous, ils nous bousculent, qu'on soit filles ou garçons
les garçons, dans leurs rêves, les filles, dans leurs frissons
les bergers
alors, nous partageons le vin et le fromage
et nous croyons une heure faire partie du voyage
des bergers
c'est un peu comme noël, noël et ses trésors
qui s'arrêteraient chez nous, aux équinoxes d'or
les bergers
après ça, ils s'en vont avec leurs grands chapeaux
et leurs manteaux de laine que suivent leurs troupeaux
les bergers
ils montent du printemps quand s'allongent les jours
ou, brûlés par l'été, descendent vers les bourgs
les bergers
quand leurs bêtes ont fini de nous boire notre eau
se remettent en route, à l'ombre d'un pipeau
les bergers, les bergers, les bergers
****    Tango_fu_65
ah, je les vois déjà
me couvrant de baisers
et s'arrachant mes mains
et demandant tout bas
“est-ce que la mort s'en vient 
est-ce que la mort s'en va 
est-ce qu'il est encore chaud 
est-ce qu'il est déjà froid ”
ils ouvrent mes armoires
ils tâtent mes faïences
ils fouillent mes tiroirs
se régalant d'avance
de mes lettres d'amour
enrubannées par deux
qu'ils liront près du feu
en riant aux éclats
ah ah, ah, ah 
ah ah, ah, ah 
ah, je les vois déjà
compassés et frileux
suivant comme des artistes
mon costume de bois
ils se poussent du coeur
pour être le plus triste
ils se poussent du bras
pour être le premier
z'ont amené des vieilles
qui ne me connaissaient plus
z'ont amené des enfants
qui ne me connaissaient pas
pensent au prix des fleurs
et trouvent indécent
de n'pas mourir au printemps
quand on aime le lilas
ah ah, ah, ah 
ah ah, ah, ah 
ah, je les vois déjà
tous mes chers faux amis
souriant sous le poids
du devoir accompli
ah, je te vois déjà
trop triste, trop à l'aise
protégeant sous le drap
tes larmes lyonnaises
tu ne sais même pas
sortant de mon cimetière
que tu entres en ton enfer
quand s'accroche à ton bras
le bras de ton quelconque
le bras de ton dernier
qui te fera pleurer
bien autrement que moi
ah ah, ah, ah 
ah ah, ah, ah 
ah, je me vois déjà
m'installant à jamais
bien au triste, bien au froid
dans mon champ d'osselets
ah, je me vois déjà
je me vois tout au bout
de ce voyage-là
d'où l'on revient de tout
je vois déjà tout ça
et l'on a l'brave culot
d'oser me demander
de n'plus boire que de l'eau
de n'plus trousser les filles
de mettre de l'argent de côté
d'aimer l'filet de maquereau
et d'crier “vive le roi”
ah ah, ah, ah 
ah ah, ah, ah 
ah ah
****    Mathilde_65
ma mère, voici le temps venu
d'aller prier pour mon salut
mathilde est revenue
bougnat, tu peux garder ton vin
ce soir, je boirai mon chagrin
mathilde est revenue
toi, la servante, toi, la maria
vaudrait p't-être mieux changer nos draps
mathilde est revenue
mes amis, ne me laissez pas
ce soir, je repars au combat
maudite mathilde, puisque te v'là
mon coeur, mon coeur, ne t'emballe pas
fais comme si tu ne savais pas
que la mathilde est revenue
mon coeur, arrête de répéter
qu'elle est plus belle qu'avant l'été
la mathilde, qui est revenue
mon coeur, arrête de bringuebaler
souviens-toi qu'elle t'a déchiré
la mathilde, qui est revenue
mes amis, ne me laissez pas, non
dites-moi, dites-moi qu'il ne faut pas
maudite mathilde, puisque te v'là
et vous, mes mains, restez tranquilles
c't'un chien qui nous revient de la ville
mathilde est revenue
et vous, mes mains, ne frappez pas
tout ça ne vous regarde pas
mathilde est revenue
et vous, mes mains, ne tremblez plus
souvenez-vous quand je vous pleurais d'ssus
mathilde est revenue
vous, mes mains, ne vous ouvrez pas
vous, mes bras, ne vous tendez pas
sacrée mathilde, puisque te v'là
ma mère, arrête tes prières
ton jacques retourne en enfer
mathilde m'est revenue
bougnat, apporte-nous du vin
celui des noces et des festins
mathilde m'est revenue
toi, la servante, toi, la maria
va tendre mon grand lit de draps
mathilde m'est revenue
amis, ne comptez plus sur moi
je crache au ciel encore une fois
ma belle mathilde, puisque te v'là, te v'là
****    Age_idiot_65
l'âge idiot, c'est à vingt fleurs
quand le ventre brûle de faim
qu'on croit se laver le coeur
rien qu'en se lavant les mains
qu'on a les yeux plus grands qu'le ventre
qu'on a les yeux plus grands qu'le coeur
qu'on a le coeur encore trop tendre
qu'on a les yeux encore pleins d'fleurs
mais qu'on sent bon les champs de luzerne
l'odeur des tambours mal battus
qu'on sent les clairons refroidis
et les lits de petite vertu
et qu'on s'endort toutes les nuits
dans les casernes
l'âge idiot, c'est à trente fleurs
quand le ventre prend naissance
quand le ventre prend puissance
qu'il vous grignote le coeur
quand les yeux se font plus lourds
quand les yeux marquent les heures
eux qui savent qu'à trente fleurs
commence le compte à rebours
qu'on r'jette les vieux dans leur caverne
qu'on offre à dieu des bonnets d'âne
mais que le soir on s'allume des feux
en frottant deux coeurs de femmes
et qu'on regrette déjà un peu
le temps des casernes
l'âge idiot c'est soixante fleurs
quand le ventre se ballotte
quand le ventre ventripote
qu'il vous a bouffé le coeur
quand les yeux n'ont plus de larmes
quand les yeux tombent en neige
quand les yeux perdent leurs pièges
quand les yeux rendent les armes
qu'on se ressent de ses amours
mais qu'on se sent des patiences
pour des vieilles sur le retour
ou des trop jeunes en partance
et qu'on se croit protégé
par les casernes
l'âge d'or c'est quand on meurt
qu'on se couche sous son ventre
qu'on se cache sous son ventre
les mains protégeant le coeur
qu'on a les yeux enfin ouverts
mais qu'on ne se regarde plus
qu'on regarde la lumière
et ses nuages pendus
l'âge d'or c'est après l'enfer
c'est après l'âge d'argent
on redevient petit enfant
dedans le ventre de la terre
l'âge d'or c'est quand on dort
dans sa dernière caserne
****    Grand-mer_65
faut voir grand-mère
grand-mère et sa poitrine
grand-mère et ses usines
et ses vingt secrétaires
faut voir mère-grand
diriger ses affaires
elle vend des courants d'air
déguisés en coups d'vent
faut voir grand-mère
quand elle compte son magot
ça fait des tas d'zéros
pointés comme son derrière
mais, pendant c'temps-là, grand-père court après la bonne
en lui disant qu'l'argent n'fait pas le bonheur
comment voulez-vous, bonnes gens, qu'nos bonnes bonnes
et que nos p'tits épargnants aient le sens des valeurs 
faut voir grand-mère
c'est une tramontane
qui fume le havane
et fait trembler la terre
faut voir grand-mère
cerclée de généraux
être culotte de peau
et gagner leurs guéguerres
faut voir grand-mère
dressée sous son chapeau
c'est waterloo
où s'rait pas venu blücher
mais, pendant c'temps-là, grand-père court après la bonne
en lui disant que l'armée elle bat l'beurre
comment voulez-vous, bonnes gens, qu'nos bonnes bonnes
et que nos chers pioupious aient le sens des valeurs
faut voir grand-mère
s'assurer sur la mort
un p'tit coup de presbytère
un p'tit coup de remords
faut voir grand-mère
et ses ligues de vertu
ses anciens combattants
ses anciens combattus
faut voir grand-mère
quand elle se croit pécheresse
un grand verre de grand-messe
et un doigt de couvent
mais, pendant c'temps-là, grand-père court après la bonne
en lui disant qu'les curés sont farceurs
comment voulez-vous, bonnes gens, qu'nos bonnes bonnes
et qu'nos p'tits incroyants aient le sens des valeurs 
mais y faut voir grand-père
dans les bistrots bavards
où claquent les billards
et les chopes de bière
faut voir père-grand
caresser les roseaux
effeuiller les étangs
et pleurer du rimbaud
faut voir grand-père
dimanche finissant
honteux et regrettant
d'avoir trompé grand-mère
mais, pendant ce temps-là, grand-mère se tape la bonne
en lui disant qu'les hommes sont menteurs
comment voulez-vous, bonnes gens, qu'nos bonnes bonnes
et que not'belle jeunesse aient les sens des valeurs
****    Desespere_65
se tiennent par la main et marchent en silence
dans ces villes éteintes que le crachin balance
ne sonnent que leurs pas, pas à pas fredonnés
ils marchent en silence, les désespérés
ils ont brûlé leurs ailes, ils ont perdu leurs branches
tellement naufragés que la mort paraît blanche
ils reviennent d'amour, ils se sont réveillés
ils marchent en silence, les désespérés
et je sais leur chemin pour l'avoir cheminé
déjà plus de cent fois, cent fois plus qu'à moitié
moins vieux ou plus meurtris, ils vont le terminer
ils marchent en silence, les désespérés
et en dessous du pont, l'eau est douce et profonde
voici la bonne hôtesse, voici la fin du monde
ils pleurent leurs prénoms, comme de jeunes mariés
et fondent en silence, les désespérés
que se lève celui qui leur lance la pierre
il ne sait de l'amour que le verbe s'aimer
sur le pont n'est plus rien qu'une brume légère
ça s'oublie en silence, ceux qui ont espéré
****    Contresca_65
place de la contrescarpe les clochards dansent en rond
place de la contrescarpe ils claquent des talons
ils ont les pieds gelés, les mains dans leurs poches trouées
place de la contrescarpe ils dansent tous en rond
l'été quatre arbres verts, quatre arbres noirs l'hiver
tout autour les bistrots bière fraîche ou vin chaud
mais le vent balaie le givre sur le toit des maisons
et tourne le noir borgne, l'arabe et le breton
et tourne le noir borgne, l'arabe et le breton
place de la contrescarpe ils dansent tous en rond
place de la contrescarpe les clochards dansent en rond
place de la contrescarpe ils claquent des talons
ils ont les pieds gelés, les mains dans leurs poches trouées
place de la contrescarpe ils dansent tous en rond
la musique du vent, ce soir les fait danser
et le dernier passant passe d'un pas pressé
puis le car de la police sans sirène ni klaxon
emballe sur l'heure clochards clochards clochetons
privilégiés les pauvres passeront la nuit au violon
mais place de la contrescarpe les clochards dorment en rond
mais place de la contrescarpe les clochards dorment en rond

****    Amsterdam_64
dans le port d'amsterdam
y'a des marins qui chantent
les rêves qui les hantent
au large d'amsterdam
dans le port d'amsterdam
y'a des marins qui dorment
comme des oriflammes
le long des berges mornes
dans le port d'amsterdam
y'a des marins qui meurent
pleins de bière et de drames
aux premières lueurs
mais dans le port d'amsterdam
y'a des marins qui naissent
dans la chaleur épaisse
des langueurs océanes
dans le port d'amsterdam
y'a des marins qui mangent
sur des nappes trop blanches
des poissons ruisselants
ils vous montrent des dents
à croquer la fortune
à décroisser la lune
à bouffer des haubans
et ça sent la morue
jusque dans le cœur des frites
que leurs grosses mains invitent
à revenir en plus, puis se lèvent en riant
dans un bruit de tempête
referment leur braguette et sortent en rotant
dans le port d'amsterdam
y'a des marins qui dansent
en se frottant la panse
sur la panse des femmes
ils tournent, ils dansent
comme des soleils crachés
dans le son déchiré d'un accordéon rance
ils se tordent le cou
pour mieux s'entendre rire
jusqu'à ce tout à coup l'accordéon expire
alors d'un geste grave, alors le regard fier
ils ramènent leurs bâtards jusqu'en pleine lumière
dans le port d'amsterdam
y'a des marins qui boivent
et qui boivent et reboivent
et qui reboivent encore
ils boivent à la santé
des putains d'amsterdam
d'hambourg ou d'ailleurs
enfin ils boivent aux dames
qui leur donnent leur joli corps
qui leur donnent leur vertu
pour une pièce en or
et quand ils ont bien bu
ils se plantent le nez au ciel
se mouchent dans les étoiles
ils pissent comme je pleure
sur les femmes infidèles
dans le port d'amsterdam
dans le port d'amsterdam
****    Ja_casino_64
les musiciens sortent leurs moustaches
et leurs violons et leurs saxos
et la polka se met en marche
dans les jardins du casino
où glandouillent en papotant
de vieilles vieilles qui ont la galatouille
et de moins vieilles qui ont la chatouille
et des messieurs qui ont le temps
passent aussi indifférents
quelques jeunes gens faméliques
qui sont encore confondant
l'érotisme et la gymnastique
tout ça dresse une muraille de chine
entre le pauvre ami pierrot
et sa fugace colombine
dans les jardins du casino
les musiciens frétillent des moustaches
et du violon et du saxo
quand la polka guide la démarche
de la beauté du casino
quelques couples protubérants
dansent comme des escalopes
avec des langueurs d'héliotropes
devant les faiseuses de cancan
un colonel encivilé présente
à de fausses duchesses
compliments et civilités
et baise-main et rond de fesses
tout ça n'arrange pas on le devine
les affaires du pauvre pierrot
cherchant fugace colombine
dans les jardins du casino
et puis le soir tombe par taches
les musiciens rangent leurs saxos
et leurs violons et leurs moustaches
dans les jardins du casino
les jeunes filles rentrent aux tanières
sans ce jeune homme ou sans ce veuf
qui devait leur offir la litière
où elles auraient pondu leur œuf
les vieux messieurs rentrent au bercail
retrouver le souvenir jauni
de leur madame bovary
qu'ils entretiennent vaille que vaille
et ne demeure que l'opaline
de l'âme du pauvre pierrot
pleurant fugace colombine
dans les jardins du casino
du casino
****    Au_suivan_64
tout nu dans ma serviette qui me servait de pagne
j'avais le rouge au front et le savon à la main
au suivant, au suivant
j'avais juste vingt ans et nous étions cent vingt
a être le suivant de celui qu'on suivait
au suivant, au suivant
j'avais juste vingt ans et je me déniaisais
au bordel ambulant d'une armée en campagne
au suivant, au suivant
moi j'aurais bien aimé un peu plus de tendresse
ou alors un sourire ou bien avoir le temps
mais au suivant, au suivant
ce n'fut pas waterloo mais ce n'fut pas arcole
ce fut l'heure où l'on r'grette d'avoir manqué l'école
au suivant, au suivant
mais je jure que d'entendre cet adjudant d'mes fesses
c'est des coups à vous faire des armées d'impuissants
au suivant, au suivant
je jure sur la tête de ma première vérole
que cette voix depuis je l'entends tout le temps
au suivant, au suivant
cette voix qui sentait l'ail et le mauvais alcool
c'est la voix des nations et c'est la voix du sang
au suivant, au suivant
et depuis chaque femme à l'heure de succomber
entre mes bras trop maigres semble me murmurer :
"au suivant, au suivant"
tous les suivants du monde devraient s'donner la main
voilà ce que la nuit je crie dans mon délire
au suivant, au suivant
et quand je n'délire pas, j'en arrive à me dire
qu'il est plus humiliant d'être suivi que suivant
au suivant, au suivant
un jour je m'f'rai cul-de-jatte ou bonne sœur ou pendu
enfin un d'ces machins où je n's'rai jamais plus
le suivant, le suivant
****    Les_timid_64
les timides
ça s'tortille
ça s'entortille
ça sautille
ça s'met en vrille
ça s'recroqueville
ça rêve d'être un lapin
peu importe
d'où ils sortent
mais feuilles mortes
quand le vent les porte
devant nos portes
on dirait qu'ils portent
une valise dans chaque main
les timides
suivent l'ombre
l'ombre sombre
de leur ombre
seule la pénombre
sait le nombre
de leurs pudeurs de levantin
ils se plissent
ils pâlissent
ils jaunissent
ils rosissent
ils rougissent
s'écrevissent
une valise dans chaque main
mais les timides
un soir d'audace
devant leur glace
rêvant d'espace
mettent leur cuirasse
et alors, place
allons, paris, tiens-toi bien
et vive la gare
saint-lazare
mais on s'égare
on s'effare
on s'désempare
et on repart
une valise dans chaque main
les timides
quand ils chavirent
pour une elvire
ont des soupirs
ont des désirs
qu'ils désirent dire
mais ils n'osent pas bien
et leurs maîtresses
plus prêtresses
en ivresse
qu'en tendresse
un soir, les laissent
du bout des fesses
une valise dans chaque main
les timides
alors vieillissent
alors finissent
se rapetissent
et quand ils glissent
dans les abysses
je veux dire quand ils meurent
n'osent rien dire
rien maudire
n'osent frémir
n'osent sourire
juste un soupir
et ils meurent
une valise sur le coeur

****    J_aimais_63  
j'aimais les fées et les princesses
qu'on me disait n'exister pas
j'aimais le feu et la tendresse
tu vois je vous rêvais déjà
j'aimais les tours hautes et larges
pour voir au large venir l'amour
j'aimais les tours de cœur de garde
tu vois je vous guettais déjà
j'aimais le col ondoyant des vagues
les saules nobles languissant vers moi
j'aimais la ligne tournante des algues
tu vois je vous savais déjà
j'aimais courir jusqu'à tomber
j'aimais la nuit jusqu'au matin
je n'aimais rien non j'ai adoré
tu vois je vous aimais déjà
j'aimais l'été pour ses orages
et pour la foudre sur le toit
j'aimais l'éclair sur ton visage
tu vois je vous brûlais déjà
j'aimais la pluie noyant l'espace
au long des brumes du pays plat
j'aimais la brume que le vent chasse
tu vois je vous pleurais déjà
j'aimais la vigne et le houblon
les villes du nord les laides de nuit
les fleuves profonds m'appelant au lit
tu vois je vous oubliais déjà
****    NeigeLieg_63 
il neige il neige sur liège
et la neige sur liège pour neiger met des gants
il neige il neige sur liège
croissant noir de la meuse sur le front d'un clown blanc
il est brisé le cri
des heures et des oiseaux
des enfants à cerceaux
et do noir et do gris
il neige il neige sur liège
que le fleuve traverse sans bruit
il neige il neige sur liège
et tant tourne la neige entre le ciel et liège
qu'on ne sait plus s'il neige s'il neige sur liège
ou si see'est liège qui neige vers le ciel
et la neige marie
les amants débutants
les amants promenant
sur le carré blanchi
il neige il neige sur liège
que le fleuve transporte sans bruit
ce soir ce soir il neige sur mes rêves et sur liège
que le fleuve transperce sans bruit
****    Je_Bruges_63
à moi, à moi, jean de bruges,
grand quartier–maître sur la "coquette",
trente ans de mer et de tempêtes,
à moi, jean de bruges,
à moi, jean de bruges,
tu offres un verre, blond et joufflu
tu offres un verre, crémeux de bière
et je te conte mes amours
car nul n'a connu mes amours
oui étaient bien les plus étranges de la terre
alors tu me l'offres ce verre?
jean de bruges, voilà ton verre,
jean de bruges, voilà ta bière,
le houblon donne du sentiment,
tu pleureras plus aisément.
c'était une sirène étrange,
c'était une sirène étrange,
moitié sirène et moitié ange,
cela faisait longtemps de temps,
longtemps de temps, longtemps de vent
qu'on l'entendait chanter la nuit
et j'en pleurais comme aujourd'hui
dieu, dieu, sous la lune qu'elle était belle,
la mer lui servait de dentelle
elle m'appelait, elle m'appelait,
elle m'aimait comme je l'aimais
un soir, un soir, lassé d'être soeur arme,
un soir de langueur océane,
je l'ai rejointe au coin d'une vague
au loin s'endormait copenhague.
à moi, jean de bruges
à moi
tu offres un verre blond et joufflu
tu offres un verre crémeux de bière
et je te conte un ouragan
le plus terrible ouragan
qui ait fait trembler la terre
alors, tu me l'offres ce verre 
jean de bruges, voilà ton verre
jean de bruges, voilà ta bière
le houblon donne de l'ardeur
et tu pourras mieux nous faire peur
tudieu, tudieu, c'était un ouragan
d'abord, le vent, un vent méchant
trop chaud, trop lourd, trop gris, trop fort
un vent hideux comme la mort
et puis la pluie, la pluie
qui vient, qui va
qui cogne, qui mord, qui bat
une vraie pluie de golgotha
adieu, mon bruges
adieu, brugeois
j'ai peur, je prie, je crie, j'ai froid
j'ai cru mourir cette fois-là
alors est arrivée plus haute qu'un nuage
et plus noire qu'un péché, plus longue qu'un voyage
une vague bâtie et de roc et d'acier
la forge qui avance comme l'animal blessé
soudain, elle s'est dressée sur ses vagues de derrière
la tête dans le ciel et les pieds dans l'enfer
et puis, en retombant, la vague a tout brisé
des monts ont disparu, des océans sont nés
et elle a fait une île
en retombant sur terre
de ce faubourg de bruges
qu'on nomme l'angleterre
jean de bruges, ton ouragan
va-t'en le raconter à gand
bourgeois, passant, curé, vicaire
poète, marchand, soldat, notaire
si tu ne veux pas que l'on te gruge
mieux vaut payer, payer à boire
avant l'histoire qu'après l'histoire
de jean de bruges, de jean de bruges
la baleine
à moi, à moi, jean de bruges
grand quartier-maître sur la coquette
trente ans de mer et de tempêtes
à moi, jean de bruges
à moi, tu offres un verre blond et joufflu
tu offres un verre crémeux de bière
et je te raconte aussitôt
ma pêche avec un cachalot
qui était bien le plus gros de la terre
alors, tu me l'offres, ce verre 
jean de bruges, voilà ton verre
jean de bruges, voilà ta bière
le houblon te rendra causant
tu mentiras plus aisément
c'était une baleine énorme
c'était une baleine énorme
longue comme un canal de pluie
large comme une brasserie
avec des yeux comme des soleils
comme vous n'en vîtes de pareils
c'était une baleine énorme, énorme
sur la coquette priait tout le monde
cette baleine, c'est la fin du monde
hurlait, hurlait, au mât de misaine
hurlait, hurlait le capitaine
mais c'est l'enfer et son démon
hurlait, hurlait le moussaillon
mais moi, mais moi
sans peur, au bout du pont
avec mes couteaux et harpons
je lui ai sauté sur le dos
frappé, tué
plus de cachalot
il a saigné, il a saigné
on n'a pas pu le ramener
c'était dans la mer d'orient
plus une seule baleine n'y bouge
et cette mer, c'est la mer rouge
ah, jean de bruges
cette baleine, tu nous l'as bien tuée cent fois
ah ! ah ! jean de bruges
cette baleine, elle est à nous autant qu'à toi
****    Toison_or_63
et vous, conquistadors, navigateurs anciens
hollandais téméraires et corsaires malouins
cherchant des amériques, vous ne cherchâtes rien
que l'aventure de la toison d'or
et vous, les philosophes, vous, sages d'orient
alchimistes pointus et sorciers d'à présent
en cherchant la sagesse, vous n'avez rien cherché
que les secrets de la toison d'or
et vous, les empereurs, roitelets ou serins
vous, les vrais charlemagne, vous, les faux charles quint
en cherchant la puissance, vous ne cherchâtes rien
que les reflets de la toison d'or
et vous, preux chevaliers, assoiffés de grandeur
vous, chasseurs de saint graal, d'oriflammes, d'honneurs
cherchant la victoire, vous ne cherchâtes rien
que le panache de la toison d'or
et vous, tous les poètes, les rêveurs mal debout
discoureurs de l'amour, pour des cieux andalous
en écoutant vos muses, n'avez rien chanté d'autre
que le vieux rêve de la toison d'or
et vous, gens d'aujourd'hui, d'aujourd'hui, de demain
vous, balayeurs d'idoles, de dieux et de malins
cherchant la vérité, vous ne recherchez rien
que la clarté de la toison d'or
****    Crocodile_63
quand on les voit le lundi ils manquent de sous
quand on les voit le mardi ils veulent des sous
le mercredi le jeudi ils gagnent des sous
quand arrive le vendredi ils ont des sous
toute la journée du samedi ils comptent leurs sous
et le dimanche jusqu'à midi ils rêvent de sous
mais les qui mais les quoi mais les comme qui mais les comme quoi
les crocodiles...
tu leur dis que tu vas bien c'est pas normal
tu leur dis que tu vas mal c'est général
tu parles du général c'est un scandale
alors tu parles de toi c'est trop banal
alors tu parles d'amour c'est immoral
alors tu dis n'importe quoi c'est triomphal
avec les qui avec les quoi avec les comme qui avec les comme quoi
les crocodiles...
d'enterrement en enterrement on les revoit
dignes dignes dignes dong on ne meurt qu'une fois
ils y viennent pour pleurer ils pleureront
et puis la main sur le coeur ils vous diront
il est parti le premier c'était le meilleur
puis ils partent avec sa femme, sa fille et sa soeur
les peaux de qui, les peaux de quoi
les peaux de crocodiles...
a paris on dit qu'ils vivent à hong kong
a hong kong on dit qu'ils vivent à paris
sur ma place on dit qu'ils vivent juste en face
juste en face on dit qu'ils vivent un peu plus loin
mais moi je suis sûr qu'ils vivent chez mes voisins
et tous les voisins sont sûrs que j'en suis un
mais un qui mais un quoi mais un comme qui mais un comme toi
mais un qui mais un quoi mais un comme qui mais un comme moi
****    Vieille_63
c'est pour pouvoir enfin botter les fesses
a ces vieillards qui nous ont dit
que nos vingt ans, que notre jeunesse
étaient le plus beau temps de la vie
c'est pour pouvoir enfin botter le cœur
a ceux qui nous volent nos nuits
ces maladroits qui n'ont que leur ardeur
croulants qui n'ont que leur ennui
c'est pour cela, jeunes gens,
qu'au fond de moi s'éveille
le désir charmant
de devenir vieille
c'est pour pouvoir un jour enfin leur dire
a celles qui me jugent avec fureur
"pauvres grognasses" c'est pour pouvoir vous dire
"je vous pardonne votre laideur"
c'est pour pouvoir leur dire à ces matrones
qui mille fois m'ont condamnée
"comment voulez-vous que l'on vous pardonne
vous qui n'avez même pas péché?"
c'est pour cela, jeunes gens,
qu'au fond de moi s'éveille
le désir charmant
de devenir vieille
c'est pour pouvoir, au jardin de mon cœur,
ne soigner que mes souvenirs
vienne le temps où femme peut s'attendrir
et ne plus jalouser les fleurs
c'est pour pouvoir enfin chanter l'amour
sur la cithare de la tendresse
et pour qu'enfin on me fasse la cour
pour d'autres causes que mes fesses
c'est pour cela, jeunes gens,
qu'au fond de moi s'éveille
le désir charmant
de devenir vieille
c'est pour pouvoir un jour oser lui dire
que je n'ai bu qu'à sa santé
que quand j'ai ri c'était de le voir rire
que j'étais seule quand j'ai pleuré
c'est pour pouvoir enfin oser lui dire
un soir, en filant de la laine
qu'en le trompant mais ça, oserai-je le dire,
je me suis bien trompée moi-même
c'est pour cela, jeunes gens,
qu'au fond de moi s'éveille
le désir charmant
de devenir vieille
****    Quand_mam_63
quand ma maman reviendra
c'est mon papa qui sera content
quand elle reviendra maman
qui c'est qui sera content c'est moi
elle reviendra comme chaque fois
a cheval sur un chagrin d'amour
et pour mieux fêter son retour
toute la sainte famille sera là
et elle me rechantera les chansons
les chansons que j'aimais tellement
on a tellement besoin de chansons
quand il paraît qu'on a vingt ans
quand mon frère il reviendra
c'est mon papa qui sera content
quand il reviendra le fernand
qui c'est qui sera content c'est moi
il reviendra de sa prison
toujours à cheval sur ses principes
il reviendra et toute l'équipe
l'accueillera sur le perron
et il me racontera les histoires
les histoires que j'aimais tellement
on a tellement besoin d'histoires
quand il paraît qu'on a vingt ans
quand ma sœur elle reviendra
c'est mon papa qui sera content
quand reviendra la fille de maman
qui c'est qui sera content c'est moi
elle reviendra de paris
sur le cheval d'un prince charmant
elle reviendra et toute la famille
l'accueillera en pleurant
et elle me redonnera son sourire
son sourire que j'aimais tellement
on a tellement besoin de sourires
quand il paraît qu'on a vingt ans
quand mon papa reviendra
c'est mon papa qui sera content
quand il reviendra en gueulant
qui c'est qui sera content c'est moi
il reviendra du bistrot du coin
a cheval sur une idée noire
il reviendra que quand il sera noir
que quand il en aura besoin
et il me redonnera des soucis
des soucis que j'aime pas tellement
mais il paraît qu'il faut des soucis
quand il paraît qu'on a vingt ans
si ma maman revenait
qu'est-ce qu'il serait content papa
si ma maman revenait
qui c'est qui serait content c'est moi

****    Bourgeois_62 
le coeur bien au chaud,
les yeux dans la bière
chez la grosse a-drienne de mon-ta-lant
a-vec l'a-mi jo-jo
et a-vec l'a-mi pierre
on al-lait boire nos vingt ans
jo-jo se pre-nait pour vol-tai-re
et pier-re pour ca-sa-no-va
et moi, qui é-tais le plus fier
moi je me pre-nais pour moi
et quand vers mi-nuit, pas-saient les no-taires
qui sor-taient de l'hô-tel "des trois fai-sans"
on leur mon-trait notr'cul et non bonn's ma-nières
en leur chan-tant :
les bour-geois c'est comm' les co-chons
plus ça de-vient vieux, plus ça de-vient bête,
les bour-geois c'est comme les co-chons
plus ça de-vient vieux plus ça de-vient...
le coeur bien-au chaud,
les yeux dans la bière
chez la grosse a-drienne de mon-ta-lant
a-vec l'a-mi jo-jo
et a-vec l'a-mi pierre
on al-lait brû-ler nos vingt ans
vol-tair' dan-sait comme un vi-cai-re
et ca-sa-no-va n'o-sait pas
et moi, qui é-tais le plus fier
moi, je me pre-nais pour moi
et quand vers mi-nuit pas-saient les no-taires
qui sor-taient de l'hôtel "des trois fai-sans"
on leur mon-trait notr'cul et nos bonn's ma-nières
en leur chantant :
les bour-geois c'est comm' les co-chons
plus ça de-vient vieux, plus ça de-vient bête,
les bour-geois c'est comme les co-chons
plus ça de-vient vieux plus ça de-vient...
le coeur au re-pos,
les yeux bien sur terre
au bar de l'hô-tel "des trois fai-sans"
a-vec maî-tre jo-jo,
et a-vec maî-tre pierre
en-tre no-taires on pass' le temps jo-jo par-le de vol-tai-re
et pier-re de ca-sa-no-va
et moi, qui suis res-té le plus fier
moi, je parle en-core de moi
et c'est en sor-tant,
mon-sieur l'com-mis-saire
que tous les soirs de chez la mon-ta-lant,
de jeu-nes "peigne-cul" nous mon-trent leur der-rière
en leur chan-tant :
les bour-geois c'est comm' les co-chons
plus ça de-vient vieux, plus ça de-vient bête,
les bour-geois c'est comme les co-chons
plus ça de-vient vieux plus ça de-vient...
****    Paumes_62 
ils s'éveillent à l'heure du berger
pour se lever à l'heure du thé
et sortir à l'heure de plus rien
les paumés du petit matin
elles, elles ont l'arrogance
des filles qui ont de la poitrine
eux, ils ont cette assurance
des hommes dont on devine
que le papa a eu d'la chance
les paumés du petit matin
venez danser
copain, copain, copain, copain
copain, copain, copain
venez danser
et ça danse les yeux dans les seins
ils se blanchissent leurs nuits
au lavoir des mélancolies
qui lave sans salir les mains
les paumés du petit matin
ils se racontent à minuit
les poèmes qu'ils n'ont pas lus
les romans qu'ils n'ont pas écrits
les amours qu'ils n'ont pas vécues
les vérités qui n'servent à rien
les paumés du petit matin
venez danser
copain, copain, copain, copain
copain, copain, copain
venez danser
et ça danse les yeux dans les seins
l'amour leur déchire le foie. ah…
ah! c'était… c'était si bien
c'était… ah ah ah vous ne comprendriez pas
les paumés du petit matin
ils prennent le dernier whisky
ils prennent le dernier bon mot
ils reprennent le dernier whisky
ils prennent le dernier tango
ils prennent le dernier chagrin
les paumés du petit matin
venez pleurer
copain, copain, copain, allez!
allez! venez, venez
allez! venez pleurer
et ça pleure les yeux dans les seins
les paumés du petit matin
****    Une_île_62
une île
une île au large de l'espoir
où les hommes n'auraient pas peur
et douce et calme comme ton miroir
une île
claire comme un matin de pâques
offrant l'océane langueur
d'une sirène à chaque vague
oh viens
viens mon amour
là-bas ne seraient point ces fous
qui nous disent d'être sages
ou que 20 ans est le bel âge
voici venu le temps de vivre
voici venu le temps d'aimer
une île
une île au large de l'amour
posée sur l'autel de la mer
satin couché sur le velours
une île
chaude comme la tendresse
espérante comme un désert
qu'un nuage de pluie caresse
oh viens
viens mon amour
là-bas ne seraient point ces fous
qui nous cachent les longues plages
viens mon amour
fuyons l'orage
voici venu le temps de vivre
voici venu le temps d'aimer
une île
qu'il nous reste à bâtir
mais qui donc pourrait retenir
les rêves que l'on rêve à deux
une île
voici qu'une île est en partance
et qui sommeillait en nos yeux
depuis les portes de l'enfance
oh viens
viens mon amour
car c'est là-bas que tout commence
je crois à la dernière chance
et tu es celle que je veux
voici venu le temps de vivre
voici venu le temps d'aimer
****    Bruxelles_62
c'était au temps où bruxelles rêvait
c'était au temps du cinéma muet
c'était au temps où bruxelles chantait
c'était au temps où bruxelles bruxellait
place de broukère on voyait des vitrines
avec des hommes des femmes en crinoline
place de broukère on voyait l'omnibus
avec des femmes des messieurs en gibus
et sur l'impériale
le coeur dans les étoiles
il y avait mon grand-père
il y avait ma grand-mère
il était militaire
elle était fonctionnaire
il pensait pas elle pensait rien
et on voudrait que je sois malin
c'était au temps où bruxelles chantait
c'était au temps du cinéma muet
c'était au temps où bruxelles rêvait
c'était au temps où bruxelles bruxellait
sur les pavés de la place sainte-catherine
dansaient les hommes les femmes en crinoline
sur les pavés dansaient les omnibus
avec des femmes des messieurs en gibus
et sur l'impériale
le coeur dans les étoiles
il y avait mon grand-père
il y avait ma grand-mère
il avait su y faire
elle l'avait laissé faire
ils l'avaient donc fait tous les deux
et on voudrait que je sois sérieux
c'était au temps où bruxelles rêvait
c'était au temps du cinéma muet
c'était au temps où bruxelles dansait
c'était au temps où bruxelles bruxellait
sous les lampions de la place sainte-justine
chantaient les hommes les femmes en crinoline
sous les lampions dansaient les omnibus
avec des femmes des messieurs en gibus
et sur l'impériale
le coeur dans les étoiles
il y avait mon grand-père
il y avait ma grand-mère
il attendait la guerre
elle attendait mon père
ils étaient gais comme le canal
et on voudrait que j'aie le moral
c'était au temps où bruxelles rêvait
c'était au temps du cinéma muet
c'était au temps où bruxelles chantait
c'était au temps où bruxelles bruxellait
****    Plat_pays_62
avec la mer du nord pour dernier terrain vague,
et des vagues de dunes pour arrêter les vagues,
et de vagues rochers que les marées dépassent,
et qui ont à jamais le coeur à marée basse.
avec infiniment de brumes à venir
avec le vent d'ouest écoutez le tenir
le plat pays qui est le mien.
avec des cathédrales pour uniques montagnes,
et de noirs clochers comme mats de cocagne
ou des diables en pierres décrochent les nuages,
avec le fil des jours pour unique voyage,
et des chemins de pluie pour unique bonsoir,
avec le vent de l'est écoutez le vouloir,
le plat pays qui est le mien.
avec un ciel si bas qu'un canal s'est perdu,
avec un ciel si bas qu'il fait l'humilité
avec un ciel si gris qu'un canal s'est pendu,
avec un ciel si gris qu'il faut lui pardonner.
avec le vent du nord qui vient s'écarteler,
avec le vent du nord écoutez le craquer,
le plat pays qui est le mien.
avec de l'italie qui descendrait l'escaut,
avec frida la blonde quand elle devient margot,
quand les fils de novembre nous reviennent en mai,
quand la plaine est fumante et tremble sous juillet,
quand le vent est au rire quand le vent est au blé,
quand le vent est sud écoutez le chanter,
le plat pays qui est le mien.
****    Zangra_62
je m'appelle zangra et je suis lieutenant
au fort de belonzio qui domine la plaine
d'où l'ennemi viendra qui me fera héros
en attendant ce jour je m'ennuie quelquefois
alors je vais au bourg voir les filles en troupeaux
mais elles rêvent d'amour et moi de mes chevaux
je m'appelle zangra et déjà capitaine
au fort de belonzio qui domine la plaine
d'où l'ennemi viendra qui me fera héros
en attendant ce jour je m'ennuie quelquefois
alors je vais au bourg voir la jeune consuelo
mais elle parle d'amour et moi de mes chevaux
je m'appelle zangra maintenant commandant
au fort de belonzio qui domine la plaine
d'où l'ennemi viendra qui me fera héros
en attendant ce jour je m'ennuie quelquefois
alors je vais au bourg boire avec don pedro
il boit à mes amours et moi à ses chevaux
je m'appelle zangra je suis vieux colonel
au fort de belonzio qui domine la plaine
d'où l'ennemi viendra qui me fera héros
en attendant ce jour je m'ennuie quelquefois
alors je vais au bourg voir la veuve de pedro
je parle enfin d'amour mais elle de mes chevaux
je m'appelle zangra hier trop vieux général
j'ai quitté belonzio qui domine la plaine
et l'ennemi est là je ne serai pas héros
****    Madeleine_62
ce soir j'attends madeleine
j'ai apporté du lilas
j'en apporte toutes les semaines
madeleine elle aime bien ça
ce soir j'attends madeleine
on prendra le tram trente-trois
pour manger des frites chez eugène
madeleine elle aime tant ça
madeleine c'est mon noël
c'est mon amérique à moi
même qu'elle est trop bien pour moi
comme dit son cousin joël
mais ce soir j'attends madeleine
on ira au cinéma
je lui dirai des "je t'aime"
madeleine elle aime tant ça
elle est tellement jolie
elle est tellement tout ça
elle est toute ma vie
madeleine que j'attends là là
ce soir j'attends madeleine
mais il pleut sur mes lilas
il pleut comme toutes les semaines
et madeleine n'arrive pas
ce soir j'attends madeleine
c'est trop tard pour le tram trente-trois
trop tard pour les frites d'eugène
madeleine n'arrive pas
madeleine c'est mon horizon
c'est mon amérique à moi
même qu'elle est trop bien pour moi
comme dit son cousin gaston
mais ce soir j'attends madeleine
il me reste le cinéma
je pourrai lui dire des "je t'aime"
madeleine elle aime tant ça
elle est tellement jolie
elle est tellement tout ça
elle est toute ma vie
madeleine qui n'arrive pas
ce soir j'attendais madeleine
mais j'ai jeté mes lilas
je les ai jetés comme toutes les semaines
madeleine ne viendra pas
ce soir j'attendais madeleine
c'est fichu pour le cinéma
je reste avec mes "je t'aime"
madeleine ne viendra pas
madeleine c'est mon espoir
c'est mon amérique à moi
mais sûr qu'elle est trop bien pour moi
comme dit son cousin gaspard
ce soir j'attendais madeleine
tiens le dernier tram s'en va
on doit fermer chez eugène
madeleine ne viendra pas
elle est elle est pourtant tellement jolie
elle est pourtant tellement tout ça
elle est pourtant toute ma vie
madeleine qui ne viendra pas
mais demain j'attendrai madeleine
je rapporterai du lilas
j'en rapporterai toute la semaine
madeleine elle aimera ça
demain j'attendrai madeleine
on prendra le tram trente-trois
pour manger des frites chez eugène
madeleine elle aimera ça
madeleine c'est mon espoir
c'est mon amérique à moi
tant pis si elle est trop bien pour moi
comme dit son cousin gaspard
demain j'attendrai madeleine
on ira au cinéma
je lui dirai des "je t'aime"
et madeleine elle aimera ça.
****    Sans_paro_62
j'aurais aimé ma belle
t'écrire une chanson
sur cette mélodie
rencontrée une nuit
j'aurais aimé ma belle
rien qu'au point d'alençon
t'écrire un long poème
t'écrire un long: je t'aime
je t'aurais dit: amour
je t'aurais dit: toujours
mais de mille façons
mais par mille détours
je t'aurais dit: partons
je t'aurais dit: brûlons
brûlons de jour en jour
de saisons en saisons
mais le temps que s'allume
l'idée sur le papier
le temps de prendre une plume
le temps de la tailler
mais le temps de me dire
comment vais-je l'écrire
et le temps est venu
où tu ne m'aimais plus
mais le temps que s'allume
l'idée sur le papier
le temps de prendre une plume
le temps de la tailler
mais le temps de me dire
comment vais-je l'écrire
et le temps est venu
où tu ne m'aimais plus
où tu ne m'aimais plus
****    Biches_62
quand elles s'échappent en riant
des pâturages de l'ennui
les biches
avec des cils comme des cheveux
des cheveux en accroche-faon
et seulement le bout des yeux
qui triche
si bien que le chasseur s'arrête
et que je sais des ouragans
qu'elles ont changés en poètes
les biches
et qu'on les chasse de notre esprit
ou qu'elles nous chassent en rougissant
elles sont notre premier ennemi
les biches de quinze ans
elles sont notre plus bel ennemi
quand elles ont l'éclat de la fleur
et déjà la saveur du fruit
les biches
qui passent toute vertu dehors
alors que c'est de tout leur coeur
alors que c'est de tout leur corps
qu'elles trichent
lorsqu'elles broutent le mari
ou lorsqu'elles broutent le diamant
sur l'asphalte bleu de paris
les biches
qu'on les chasse à coups de rubis
ou qu'elles nous chassent au sentiment
elles sont notre plus bel ennemi
les biches de vingt ans
elles sont notre pire ennemi
lorsqu'elles savent leur pouvoir
mais qu'elles savent leur sursis
les biches
quand un chasseur est une chance
quand leur beauté se lève tard
quand c'est avec toute leur science
qu'elles trichent
trompant l'ennui plus que le cerf
et l'amant avec l'autre amant
et l'autre amant avec le cerf
qui biche
mais qu'on les chasse à la folie
ou qu'elles nous chassent du bout des gants
elles sont notre pire ennemi
les biches d'après vingt ans
elles sont notre dernier ennemi
quand leurs seins tombent de sommeil
pour avoir veillé trop de nuits
les biches
quand elles ont le pas résigné
des pèlerins qui s'en reviennent
quand c'est avec tout leur passé
qu'elles trichent
afin de mieux nous retenir
nous qui ne servons à ce temps
qu'à les empêcher de vieillir
les biches
mais qu'on les chasse de notre vie
ou qu'elles nous chassent parce qu'il est temps
elles restent notre dernier ennemi
les biches de trop longtemps
****    Casse_Pom_62
mon ami est un type énorme
il aim'la trompette et l'clairon
tout en préférant le clairon
qu'est un'trompette en uniforme
mon ami est une valeur sûre
qui dit souvent sans prétention
qu'à la minceur des épluchures
on voit la grandeur des nations
subséquemment subséquemment
subséquemment que j'comprends pas
pourquoi souvent ses compagnons
l'appellent
l'appellent
caporal casse-pompons
mon ami est un vrai poète
dans son jardin, quand vient l'été
faut l'voir planter ses mitraillettes
ou bien creuser ses p'tit's tranchées.
mon ami est homm' plein d'humour
c'est lui qu'a trouvé ce bon mot
que je vous raconte à mon tour
ich slaffen at si auuz wihr prellen zie
subséquemment subséquemment
subséquemment que j'comprends pas
pourquoi souvent ses compagnons
l'appellent
l'appellent
caporal casse-pompons
mon ami est un doux rêveur
pour lui paris c'est une caserne
et berlin un p'tit champ de fleurs
qui va de moscou à l'auvergne
son rêv'voir paris au printemps
défiler en tête de son groupe
en chantant comm'tous les vingt-cinq ans
baisse t'gain'gretchen que j'baise ta croupe (ein zwei)
subséquemment subséquemment
subséquemment que nous ne comprenons
comment nos amis les franzosen
ils osent ils osent l'appeler
caporal casse-pompons (ein zwei)
****    Le_pendu_62
j'en ai assez
de me balancer
sous ma potence
sous ma potence
j'en ai assez
du vent d'été
qui me balance
qui me balance
j'en ai assez
de voir la femme du drapier
qui fait semblant d'me plaindre
en souriant aux soldats
elle qui disait
j'aime trop mon drapier
pour que je sois ta reine
pour que tu sois mon roi
j'en ai assez
de voir les corbeaux
qui me surveillent
qui me surveillent
j'en ai assez
de voir mes bourreaux
qui s'ensommeillent
qui s'ensommeillent
j'en ai assez
de voir la femme du drapier
qui fait semblant d'pleurer
en souriant aux soldats
elle qui disait
j'aime trop mon drapier
pour que je sois ta reine
pour que tu sois mon roi
j'en ai assez
de tirer la langue
à ma pauvre mère
à ma pauvre mère
et j'en ai assez
de tirer la langue
aux anges noirs de lucifer
aux anges noirs de lucifer
et j'en ai assez
de voir la femme du drapier
qui fait semblant d'prier
en riant aux soldats
elle qui disait
tant qu'il y aura l'drapier
je ne pourrai rien pour nous
je ne pourrai rien pour toi
j'en ai assez
de tendre le cou
vers les nuages
vers les nuages
j'en ai assez
de tendre le cou
vers son visage
vers son visage
et j'en ai assez
d'voir la femme du drapier
qui fait plus semblant d'rien
et qui s'offre aux soldats
elle qui disait
quand t'auras tué l'drapier
j't'offrirai le septième ciel
eh ben, m'y voilà déjà
j'en ai assez
de me balancer
sous ma potence
sous ma potence
elle peut crever
la femme du drapier
je m'en balance
je m'en balance
je m'en balance
je m'en balance
****    La_statue_62
j'aimerais tenir l'enfant d'marie
qui a fait graver sous ma statue
"il a vécu toute sa vie
entre l'honneur et la vertu"
moi qui ai trompé mes amis
d'faux serment en faux serment
moi qui ai trompé mes amis
du jour de l'an au jour de l'an
moi qui ai trompé mes maîtresses
de sentiment en sentiment
moi qui ai trompé mes maîtresses
du printemps jusques au printemps
c't enfant d'marie je l'aimerais là
et j'aimerais qu'les enfants ne me regardent pas
j'aimerais tenir l'enfant d'carême
qui a fait graver sous ma statue
"les dieux rappellent ceux qu'ils aiment,
et c'était lui qu'ils aimaient le plus"
moi qui n'ai jamais prié dieu
que lorsque j'avais mal aux dents
moi qui n'ai jamais prié dieu
que quand j'ai eu peur de satan
moi qui n'ai prié satan
que lorsque j'étais amoureux
moi qui n'ai prié satan
que quand j'ai eu peur du bon dieu
c't enfant de carême je l'aimerais là
et j'aimerais qu'les enfants ne me regardent pas
j'aimerais tenir l'enfant d'salaud
qui a fait graver sous ma statue
"il est mort comme un héros
il est mort comme on ne meurt plus"
moi qui suis parti faire la guerre
parce que je m'ennuyais tellement
moi qui suis parti faire la guerre
pour voir si les femmes des allemands
moi qui suis mort à la guerre
parce que les femmes des allemands
moi qui suis mort à la guerre
de n'avoir pu faire autrement
c't enfant d'salaud je l'aimerais là
et j'aimerais que mes enfants ne me regardent pas
****    Rosa_62 
rosa, rosa, rosam
rosae, rosae, rosa
rosae, rosae, rosas
rosarum, rosis, rosis
c'est le plus vieux tango du monde
celui que les têtes blondes
ânonnent comme une ronde
en apprenant leur latin
c'est le tango du collège
qui prend les rêves au piège
et dont il est sacrilège
de ne pas sortir malin
c'est le tango des bons pères
qui surveillent l'oeil sévère
les jules et les prosper
qui seront la france de demain
rosa, rosa, rosam
rosae, rosae, rosa
rosae, rosae, rosas
rosarum, rosis, rosis
c'est le tango des forts en thème
boutonneux jusqu'à l'extrême
et qui recouvrent de laine
leur coeur qui est déjà froid
c'est le tango des forts en rien
qui déclinent de chagrin
et qui seront pharmaciens
parce que papa ne l'était pas
c'est le temps où j'étais dernier
car ce tango rosa rosae
j'inclinais à lui préférer
déjà ma cousine rosa
rosa, rosa, rosam
rosae, rosae, rosa
rosae, rosae, rosas
rosarum, rosis, rosis
c'est le tango des promenades
deux par seul sous les arcades
cerclés de corbeaux et d'alcades
qui nous protégeaient des pourquoi
c'est le tango de la pluie sur la cour
le miroir d'une flaque sans amour
qui m'a fait comprendre un beau jour
que je ne serais pas vasco de gama
mais c'est le tango du temps béni
où pour un baiser trop petit
dans la clairière d'un jeudi
a rosi cousine rosa
rosa, rosa, rosam
rosae, rosae, rosa
rosae, rosae, rosas
rosarum, rosis, rosis
c'est le tango du temps des zéros
j'en avais tant des minces des gros
que j'en faisais des tunnels pour charlot
des auréoles pour saint françois
c'est le tango des récompenses
qui allaient à ceux qui ont la chance
d'apprendre dès leur enfance
tout ce qui ne leur servira pas
mais c'est le tango que l'on regrette
une fois que le temps s'achète
et que l'on s'aperçoit tout bête
qu'il y a des épines aux rosa
rosa, rosa, rosam
rosae, rosae, rosa
rosae, rosae, rosas
rosarum, rosis, rosis
****    Marieke_61
ay marieke marieke je t'aimais tant
entre les tours de bruges et gand
ay marieke marieke il y a longtemps
entre les tours de bruges et gand
zonder liefde warme liefde
waait de wind de stomme wind
zonder liefde warme liefde
weent de zee de grijze zee
zonder liefde warme liefde
lijdt het licht het donk're licht
en schuurt het zand over mijn land
mijn platte land mijn vlaanderland
ay marieke marieke le ciel flamand
couleur des tours de bruges et gand
ay marieke marieke le ciel flamand
pleure avec moi de bruges à gand
zonder liefde warme liefde
waait de wind c'est fini
zonder liefde warme liefde
weent de zee déjà fini
zonder liefde warme liefde
lijdt het licht tout est fini
en schuurt het zand over mijn land
mijn platte land mijn vlaanderland
ay marieke marieke le ciel flamand
pesait-il trop de bruges à gand
ay marieke marieke sur tes vingt ans
que j'aimais tant de bruges à gand
zonder liefde warme liefde
lacht de duivel de zwarte duivel
zonder liefde warme liefde
brandt mijn hart mijn oude hart
zonder liefde warme liefde
sterft de zomer de droeve zomer
en schuurt het zand over mijn land
mijn platte land mijn vlaanderland
ay marieke marieke revienne le temps
revienne le temps de bruges et gand
ay marieke marieke revienne le temps
où tu m'aimais de bruges à gand
ay marieke marieke le soir souvent
entre les tours de bruges et gand
ay marieke marieke tous les étangs
m'ouvrent leurs bras de bruges à gand
de bruges à gand de bruges à gand
****    Moribond_61
adieu l'émile, je t'aimais bien
adieu l'émile, je t'aimais bien, tu sais
on a chanté les mêmes vins
on a chanté les mêmes filles
on a chanté les mêmes chagrins
adieu l'émile, je vais mourir
c'est dur de mourir au printemps, tu sais
mais j'pars aux fleurs, la paix dans l'âme
car vu qu't'es bon comme du pain blanc
je sais qu'tu prendras soin de ma femme
et j'veux qu'on rie
j'veux qu'on danse
j'veux qu'on s'amuse comme des fous
j'veux qu'on rie
j'veux qu'on danse
quand c'est qu'on m'mettra dans l'trou ?
adieu curé, je t'aimais bien
adieu curé, je t'aimais bien, tu sais
on n'était pas du même bord
on n'était pas du même chemin
mais on cherchait le même port
adieu curé, je vais mourir
c'est dur de mourir au printemps, tu sais
mais j'pars aux fleurs, la paix dans l'âme
car vu qu't'étais son confident
je sais qu'tu prendras soin de ma femme
et j'veux qu'on rie
j'veux qu'on danse
j'veux qu'on s'amuse comme des fous
j'veux qu'on rie
j'veux qu'on danse
quand c'est qu'on m'mettra dans l'trou ?
adieu l'antoine, j't'aimais pas bien
adieu l'antoine, j't'aimais pas bien, tu sais
j'en crève de crever aujourd'hui
alors que toi tu es bien vivant
et même plus solide que l'ennui
adieu l'antoine, je vais mourir
c'est dur de mourir au printemps, tu sais
mais j'pars aux fleurs, la paix dans l'âme
car vu que t'étais son amant
je sais qu'tu prendras soin d'ma femme
et j'veux qu'on rie
j'veux qu'on danse
j'veux qu'on s'amuse comme des fous
j'veux qu'on rie
j'veux qu'on danse
quand c'est qu'on m'mettra dans l'trou ?
adieu ma femme, je t'aimais bien
adieu ma femme, je t'aimais bien, tu sais
mais je prends l'train pour le bon dieu
je prends le train qu'avant le tien
mais on prend tous le train qu'on peut
adieu ma femme, je vais mourir
c'est dur de mourir au printemps, tu sais
mais j'pars aux fleurs, les yeux fermés, ma femme
car vu qu'j'les ai fermés souvent
je sais qu'tu prendras soin d'mon âme
et j'veux qu'on rie
j'veux qu'on danse
j'veux qu'on s'amuse comme des fous
j'veux qu'on rie
j'veux qu'on danse
quand c'est qu'on m'mettra dans le trou ?
****    Vivre_deb_61
voilà que l'on se cache
quand se lève le vent
de peur qu'il ne nous pousse
vers des combats trop rudes
voilà que l'on se cache
dans chaque amour naissant
qui nous dit après l'autre
je suis la certitude
voilà que l'on se cache
que notre ombre un instant
pour mieux fuir l'inquiétude
soit l'ombre d'un enfant
l'ombre des habitudes
qu'on a plantées en nous
quand nous avions vingt ans
serait-il impossible de vivre debout 
voilà qu'on s'agenouille
d'être à moitié tombé
sous l'incroyable poids
de nos croix illusoires
voilà qu'on s'agenouille
et déjà retombé
pour avoir été grand
l'espace d'un miroir
voilà qu'on s'agenouille
alors que notre espoir
se réduit à prier
alors qu'il est trop tard
qu'on ne peut plus gagner
à tous ces rendez-vous
que nous avons manqués
serait-il impossible de vivre debout 
voilà que l'on se couche
pour la moindre amourette
pour la moindre fleurette
à qui l'on dit “toujours”
voilà que l'on se couche
pour mieux perdre la tête
pour mieux brûler l'ennui
à des reflets d'amour
voilà que l'on se couche
de l'envie qui s'arrête
de prolonger le jour
pour mieux faire notre cour
à la mort qui s'apprête
pour être jusqu'au bout
notre propre défaite
serait-il impossible de vivre debout
****    Oublie_ri_61
on n'oublie rien de rien
on n'oublie rien du tout
on n'oublie rien de rien
on s'habitue, c'est tout
ni ces départs, ni ces navires
ni ces voyages qui nous chavirent
de paysages en paysages
et de visages en visages
ni tous ces ports, ni tous ces bars
ni tous ces attrape-cafards
où l'on attend le matin gris
au cinéma de son whisky
ni tout cela, ni rien au monde
ne sait pas nous faire oublier
ne peut pas nous faire oublier
aussi vrai que la terre est ronde
on n'oublie rien de rien
on n'oublie rien du tout
on n'oublie rien de rien
on s'habitue, c'est tout
ni ces “jamais”, ni ces “toujours”
ni ces “je t'aime”, ni ces amours
que l'on poursuit à travers coeurs
de gris en gris, de pleurs en pleurs
ni ces bras blancs d'une seule nuit
collier de femme pour notre ennui
que l'on dénoue au petit jour
par des promesses de retour
ni tout cela, ni rien au monde
ne sait pas nous faire oublier
ne peut pas nous faire oublier
aussi vrai que la terre est ronde
on n'oublie rien de rien
on n'oublie rien du tout
on n'oublie rien de rien
on s'habitue, c'est tout
ni même ce temps où j'aurais fait
mille chansons de mes regrets
ni même ce temps où mes souvenirs
prendront mes rides pour un sourire
ni ce grand lit où mes remords
ont rendez-vous avec la mort
ni ce grand lit que je souhaite
à certains jours comme une fête
ni tout cela, ni rien au monde
ne sait pas nous faire oublier
ne peut pas nous faire oublier
aussi vrai que la terre est ronde
on n'oublie rien de rien
on n'oublie rien du tout
on n'oublie rien de rien
on s'habitue, c'est tout.
****    Clara_61 
je t'aimais tant, clara
je t'aimais tant
je t'aimais tant, clara
je t'aimais tant
carnaval à rio
tu peux toujours danser
carnaval à rio
tu n'y peux rien changer
je suis mort à paris
il y a longtemps déjà
il y a longtemps d'ennui
il y a longtemps de toi
je t'aimais tant, clara
je t'aimais tant
je t'aimais tant, clara
je t'aimais tant
carnaval à rio
tu peux toujours chanter
carnaval à rio
tu n'y peux rien changer
je suis mort à paris
tombé au champ d'amour
pour un prénom de fille
qui m'avait dit toujours
je t'aimais tant, clara
je t'aimais tant
je t'aimais tant, clara
je t'aimais tant
carnaval à rio
tu peux toujours tourner
carnaval à rio
tu n'y peux rien changer
je suis mort à paris
de m'être trop trompé
de m'être trop meurtri
de m'être trop donné
je t'aimais tant, clara
je t'aimais tant
je t'aimais tant, clara
je t'aimais tant
carnaval à rio
tu peux me bousculer
carnaval à rio
tu n'y peux rien changer
je suis mort à paris
fusillé par une fleur
au poteau de son lit
de douze rires dans le coeur
je t'aimais tant, clara
je t'aimais tant
je t'aimais tant, clara
je t'aimais tant
carnaval à rio
tu peux toujours crier
carnaval à rio
tu n'y peux rien changer
je suis mort à paris
il y a mille soirs
il y a mille nuits
il n'y a plus d'espoir
je t'aimais tant, clara
je t'aimais tant
je t'aimais tant, clara
je t'aimais tant
carnaval à rio
tu peux bien me saouler
carnaval à rio
tu n'y peux rien changer
je suis mort à paris
a paris que j'enterre
et depuis mille nuits
dans le fond de mon verre
je t'aimais tant, clara
je t'aimais tant
je t'aimais tant, clara
je t'aimais tant
carnaval à rio
tu peux carnavaler
carnaval à rio
tu n'y peux rien changer
je suis mort à paris
que la mort me console
la mort est par ici
la mort est espagnole
je t'aimais tant, clara
je t'aimais tant
je t'aimais tant, clara
je t'aimais tant
****    Proch.Amo_61
on a beau faire, on a beau dire
qu'un homme averti en vaut deux
on a beau faire, on a beau dire
ça fait du bien d'être amoureux
je sais pourtant que ce prochain amour
sera pour moi la prochaine défaite
je sais déjà, à l'entrée de la fête
la feuille morte que sera le petit jour
je sais, je sais, sans savoir ton prénom
que je serai ta prochaine capture
je sais déjà que c'est par leur murmure
que les étangs mettent les fleuves en prison
mais on a beau faire, mais on a beau dire
qu'un homme averti en vaut deux
on a beau faire, on a beau dire
ça fait du bien d'être amoureux
je sais pourtant que ce prochain amour
ne vivra pas jusqu'au prochain été
je sais déjà que le temps des baisers
pour deux chemins ne dure qu'un carrefour
je sais, je sais que ce prochain bonheur
sera pour moi la prochaine des guerres
je sais déjà cette affreuse prière
qu'il faut pleurer quand l'autre est le vainqueur
mais on a beau faire, mais on a beau dire
qu'un homme averti en vaut deux
on a beau faire, on a beau dire
ça fait du bien d'être amoureux
je sais pourtant que ce prochain amour
sera pour nous de vivre un nouveau règne
dont nous croirons tous deux porter les chaînes
dont nous croirons que l'autre a le velours
je sais, je sais que ma tendre faiblesse
fera de nous des navires ennemis
mais mon coeur sait des navires ennemis
partant ensemble pour pêcher la tendresse
car on a beau faire, car on a beau dire
qu'un homme averti en vaut deux
on a beau dire
ça fait du bien d'être amoureux.
****    L_ivrogne_61 
ami, remplis mon verre
encore un et je vas
encore un et je vais
non, je ne pleure pas
je chante et je suis gai
mais j'ai mal d'être moi
ami, remplis mon verre
ami, remplis mon verre
buvons à ta santé
toi qui sais si bien dire
que tout peut s'arranger
qu'elle va revenir
tant pis si tu es menteur
tavernier sans tendresse
je serai saoul dans une heure
je serai sans tristesse
buvons à la santé
des amis et des rires
que je vais retrouver
qui vont me revenir
tant pis si ces seigneurs
me laissent à terre
je serai saoul dans une heure
je serai sans colère
buvons à ma santé
que l'on boive avec moi
que l'on vienne danser
qu'on partage ma joie
tant pis si les danseurs
me laissent sous la lune
je serai saoul dans une heure
je serai sans rancune
buvons aux jeunes filles
qu'il me reste à aimer
buvons déjà aux filles
que je vais faire pleurer
et tant pis pour les fleurs
qu'elles me refuseront
je serai saoul dans une heure
je serai sans passion
buvons à la putain
qui m'a tordu le coeur
buvons à plein chagrin
buvons à pleines pleurs
et tant pis pour les pleurs
qui me pleuvent ce soir
je serai saoul dans une heure
je serai sans mémoire
buvons nuit après nuit
puisque je serai trop laid
pour la moindre sylvie
pour le moindre regret
buvons puisqu'il est l'heure
buvons rien que pour boire
je serai bien dans une heure
je serai sans espoir
ami, remplis mon verre
encore un et je vas
encore un et je vais
non, je ne pleure pas
je chante et je suis gai
tout s'arrange déjà
ami, remplis mon verre
ami, remplis mon verre
ami, remplis mon verre
****    Prenom_Pa_61 
le soleil qui se lève et caresse les toits
et c'est paris le jour
la seine qui se promène et me guide du doigt
et c'est paris toujours
et mon coeur qui s'arrête sur ton coeur qui sourit
c'est paris bonjour
ta main dans ma main qui me dit déjà oui
c'est paris l'amour
le premier rendez-vous à l'île saint-louis
c'est paris qui commence
et le premier baiser volé aux tuileries
c'est paris la chance
et le premier baiser reçu sous un portail
c'est paris romance
et deux têtes qui tournent en regardant versailles
c'est paris la france
des jours que l'on oublie et qui oublient de nous voir
et c'est paris l'espoir
des heures où nos regards ne sont qu'un seul regard
et c'est paris miroir
rien que des nuits encore qui séparent nos chansons
et c'est paris bonsoir
et ce jour-là enfin où tu ne dis plus non
et c'est paris ce soir
une chambre un peu triste où s'arrête la ronde
et c'est paris nous deux
un regard qui reçoit la tendresse du monde
et c'est paris tes yeux
ce serment que je pleure plutôt que ne le dis
c'est paris si tu veux
et savoir que demain sera comme aujourd'hui
c'est paris merveilleux
mais la fin du voyage, la fin de la chanson
et c'est paris tout gris
dernier jour, dernière heure, première larme aussi
et c'est paris la pluie
ces jardins remontés qui n'ont plus leur parure
c'est paris l'ennui
la gare où s'accomplit la dernière déchirure
et c'est paris fini
loin des yeux, loin du coeur, chassé du paradis
et c'est paris chagrin
mais une lettre de toi, une lettre qui dit oui
et c'est paris demain
des villes et des villages, les roues tremblent de chance
c'est paris en chemin
et toi qui m'attends là et tout qui recommence
et c'est paris, je reviens
****    Singes_61
avant eux, avant les culs pelés
la fleur, l'oiseau et nous étions en liberté
mais ils sont arrivés, et la fleur est en pot
et l'oiseau est en cage, et nous en numéros
car ils ont inventé prisons et condamnés
et casiers judiciaires, et trous dans la serrure
et les langues coupées des premières censures
et c'est depuis lors qu'ils sont civilisés
les singes, les singes, les singes de mon quartier
les singes, les singes, les singes de mon quartier
avant eux, il n'y avait pas d'problème
quand poussaient les bananes, même pendant le carême
mais ils sont arrivés, bardés d'intolérance
pour chasser en apôtres d'autres intolérances
car ils ont inventé la chasse aux albigeois
la chasse aux infidèles, et la chasse à ceux-là
la chasse aux singes sages qui n'aiment pas chasser
et c'est depuis lors qu'ils sont civilisés
les singes, les singes, les singes de mon quartier
les singes, les singes, les singes de mon quartier
avant eux, l'homme était un prince
la femme une princesse, l'amour une province
mais ils sont arrivés, le prince est un mendiant
la province se meurt, la princesse se vend
car ils ont inventé l'amour qui est un péché
l'amour qui est une affaire, le marché aux pucelles
le droit de courte-cuisse et les mères maquerelles
et c'est depuis lors qu'ils sont civilisés
les singes, les singes, les singes de mon quartier
les singes, les singes, les singes de mon quartier
avant eux, il y avait paix sur terre
quand pour dix éléphants il n'y avait qu'un militaire
mais ils sont arrivés et c'est à coups d'bâton
que la raison d'état a chassé la raison
car ils ont inventé le fer à empaler
et la chambre à gaz, et la chaise électrique
et la bombe au napalm, et la bombe atomique
et c'est depuis lors qu'ils sont civilisés
les singes, les singes, les singes de mon quartier
les singes de mon quartier

****    Valse_mil_59 
au premier temps de la valse
toute seule tu souris déjà
au premier temps de la valse
je suis seul, mais je t'aperçois
et paris qui bat la mesure
paris qui mesure notre émoi
et paris qui bat la mesure
me murmure murmure tout bas
une valse à trois temps
qui s'offre encore le temps
qui s'offre encore le temps
de s'offrir des détours
du côté de l'amour
comme c'est charmant
une valse à quatre temps
c'est beaucoup moins dansant
c'est beaucoup moins dansant
mais tout aussi charmant
qu'une valse à trois temps
une valse à quatre temps
une valse à vingt ans
c'est beaucoup plus troublant
c'est beaucoup plus troublant
mais beaucoup plus charmant
qu'une valse à trois temps
une valse à vingt ans
une valse à cent temps
une valse à cent ans
une valse ça s'entend
a chaque carrefour
dans paris que l'amour
rafraîchit au printemps
une valse à mille temps
une valse à mille temps
une valse a mis l'temps
de patienter vingt ans
pour que tu aies vingt ans
et pour que j'aie vingt ans
une valse à mille temps
une valse à mille temps
une valse à mille temps
offre seule aux amants
trois cent trente-trois fois l'temps
de bâtir un roman
au deuxième temps de la valse
on est deux, tu es dans mes bras
au deuxième temps de la valse
nous comptons tous les deux un', deux, trois,
et paris qui bat la mesure
paris qui mesure notre émoi
et paris qui bat la mesure
nous fredonne, fredonne déjà
une valse à trois temps
qui s'offre encore le temps
qui s'offre encore le temps
de s'offrir des détours
du côté de l'amour
comme c'est charmant
une valse à quatre temps
c'est beaucoup moins dansant
c'est beaucoup moins dansant
mais tout aussi charmant
qu'une valse à trois temps
une valse à quatre temps
une valse à vingt ans
c'est beaucoup plus troublant
c'est beaucoup plus troublant
mais beaucoup plus charmant
qu'une valse à trois temps
une valse à vingt ans
une valse à cent temps
une valse à cent ans
une valse ça s'entend
a chaque carrefour
dans paris que l'amour
rafraîchit au printemps
une valse à mille temps
une valse à mille temps
une valse a mis l'temps
de patienter vingt ans
pour que tu aies vingt ans
et pour que j'aie vingt ans
une valse à mille temps
une valse à mille temps
une valse à mille temps
offre seule aux amants
trois cent trente-trois fois l'temps
de bâtir un roman
au troisième temps de la valse
nous valsons enfin tous les trois
au troisième temps de la valse
il y a toi, y a l'amour et y a moi
et paris qui bat la mesure
paris qui mesure notre émoi
et paris qui bat la mesure
laisse enfin éclater sa joie.
****    Seul_59
on est deux, mon amour
et l'amour chante et rit
mais, à la mort du jour
dans les draps de l'ennui
on se retrouve seul
on est dix à défendre
les vivants par des morts
mais, cloué par leurs cendres
au poteau du remords
on se retrouve seul
on est cent qui dansons
au bal des bons copains
mais, au dernier lampion
mais, au premier chagrin
on se retrouve seul
on est mille contre mille
à se croire les plus forts
mais, à l'heure imbécile
où ça fait deux mille morts
on se retrouve seul
on est million à rire
du million qui est en face
mais, deux millions de rires
n'empêchent que dans la glace
on se retrouve seul
on est mille à s'asseoir
au sommet de la fortune
mais, dans la peur de voir
tout fondre sous la lune
on se retrouve seul
on est cent que la gloire
invite sans raison
mais, quand meurt le hasard
quand finit la chanson
on se retrouve seul
on est dix à coucher
dans le lit de la puissance
mais, devant ces armées
qui s'enterrent en silence
on se retrouve seul
on est deux à vieillir
contre le temps qui cogne
mais, lorsqu'on voit venir
en riant, la charogne
on se retrouve seul.
****    Dame_patr_59
pour faire une bonne dame patronnesse
il faut avoir l´oeil vigilant
car comme le prouvent les évènements
quatre-vingt-neuf tue la noblesse
car comme le prouvent les évènements
quatre-vingt-neuf tue la noblesse
et un point à l´envers et un point à l´endroit
un point pour saint joseph un point pour saint thomas
un point pour saint joseph, un point pour saint thomas
pour faire une bonne dame patronnesse
il faut organiser ses largesses
car comme disait le duc d´elbeuf :
"c´t avec du vieux qu´on fait du neuf"
car comme disait le duc d´elbeuf :
"c´t avec du vieux qu´on fait du neuf"
et un point à l´envers et un point à l´endroit
un point pour saint joseph, un point pour saint thomas
un point pour saint joseph, un point pour saint thomas
pour faire une bonne dame patronnesse
c´est qu´il faut faire très attention
a ne pas se laisser voler ses pauvresses
c´est qu´on serait sans situation
a ne pas se laisser voler ses pauvresses
c´est qu´on serait sans situation
et un point à l´envers et un point à l´endroit
un point pour saint joseph, un point pour saint thomas
un point pour saint joseph, un point pour saint thomas
pour faire une bonne dame patronnesse
il faut être bonne mais sans faiblesse
ainsi j´ai dû rayer de ma liste
une pauvresse qui fréquentait un socialiste
ainsi j´ai dû rayer de ma liste
une pauvresse qui fréquentait un socialiste
et un point à l´envers et un point à l´endroit
un point pour saint joseph, un point pour saint thomas
un point pour saint joseph, un point pour saint thomas
pour faire une bonne dame patronnesse, mesdames
tricotez tout en couleur caca d´oie
ce qui permet le dimanche à la grand-messe
de reconnaître ses pauvres à soi
ce qui permet le dimanche à la grand-messe
de reconnaître ses pauvres à soi
et un point à l´envers et un point à l´endroit
un point pour saint joseph, un point pour saint thomas
un point pour saint joseph, un point pour saint thomas
****    Je_t_aime_59 
pour la rosée qui tremble au calice des fleurs
de n'être pas aimée et ressemble à ton coeur
je t'aime
pour le doigt de la pluie au clavecin de l'étang
jouant page de lune et ressemble à ton chant
je t'aime
pour l'aube qui balance sur le fil d'horizon
lumineuse et fragile et ressemble à ton front
je t'aime
pour l'aurore légère qu'un oiseau fait frémir
en la battant de l'aile et ressemble à ton rire
je t'aime
pour le jour qui se lève et dentelle le bois
au point de la lumière et ressemble à ta joie
je t'aime
pour le jour qui revient d'une nuit sans amour
et ressemble déjà, ressemble à ton retour
je t'aime
pour la porte qui s'ouvre, pour le cri qui jaillit
ensemble de deux coeurs et ressemble à ce cri
je t'aime
je t'aime
je t'aime
****    Ne_me_qui_59
ne me quitte pas
il faut oublier
tout peut s'oublier
qui s'enfuit déjà,
oublier le temps
des malentendus
et le temps perdu
a savoir comment
oublier ces heures
qui tuaient parfois
a coups de pourquoi
le coeur du bonheur
ne me quitte pas
ne me quitte pas
ne me quitte pas
ne me quitte pas
moi je t'offrirai
des perles de pluie
venues de pays
où il ne pleut pas
je creuserai la terre
jusqu'après ma mort
pour couvrir ton corps
d'or et de lumière
je ferai un domaine
où l'amour sera roi
où l'amour sera loi
où tu seras reine
ne me quitte pas
ne me quitte pas
ne me quitte pas
ne me quitte pas
ne me quitte pas
je t'inventerai
des mots insensés
que tu comprendras
je te parlerai
de ces amants là
qui ont vu deux fois
leurs coeurs s'embraser
je te raconterai
l'histoire de ce roi
mort de n'avoir pas
pu te rencontrer
ne me quitte pas
ne me quitte pas
ne me quitte pas
ne me quitte pas
on a vu souvent
rejaillir le feu
de l´ancien volcan
qu'on croyait trop vieux
il est paraît-il
des terres brûlées
donnant plus de blé
qu'un meilleur avril,
et quand vient le soir
pour qu'un ciel flamboie
le rouge et le noir
ne s'épousent-ils pas
ne me quitte pas
ne me quitte pas
ne me quitte pas
ne me quitte pas
ne me quitte pas
je ne vais plus pleurer
je ne vais plus parler
je me cacherai là
a te regarder
danser et sourire
et à t'écouter
chanter et puis rire
laisse-moi devenir
l'ombre de ton ombre
l'ombre de ta main
l'ombre de ton chien
mais, ne me quitte pas
ne me quitte pas
ne me quitte pas
ne me quitte pas
****    Flamandes_59
les flamandes dansent sans rien dire
sans rien dire aux dimanches sonnants
les flamandes dansent sans rien dire
les flamandes ça n'est pas causant.
si elles dansent, c'est parce qu'elles ont vingt ans
et qu'à vingt ans il faut se fiancer
se fiancer pour pouvoir se marier
et se marier pour avoir des enfants
c'est ce que leur ont dit leurs parents
le bedeau et même son eminence
l'archiprêtre qui prêche au couvent.
et c'est pour ça, et c'est pour ça qu'elles dansent
les flamandes, les flamandes,
les fla, les fla, les flamandes.
les flamandes dansent sans frémir
sans frémir aux dimanches sonnants
les flamandes dansent sans frémir
les flamandes ça n'est pas frémissant.
si elles dansent c'est parce qu'elles ont trente ans
et qu'à trente ans il est bon de montrer
que tout va bien, que poussent les enfants
et le houblon et le blé dans le pré
elles font la fierté de leurs parents
du bedeau et de son eminence
l'archiprêtre qui prêche au couvent.
et c'est pour çan et c'est pour ça qu'elles dansent
les flamandes, les flamandes,
les fla, les fla, les flamandes.
les flamandes dansent sans sourire,
sans sourire aux dimanches sonnants
les flamandes dansent sans sourire
les flamandes, ça n'est pas souriant.
si elles dansent, c'est qu'elles ont septante ans
qu'à septante ans il est bon de montrer
que tout va bien, que poussent les p'tits-enfants
et le houblon et le blé dans le pré:
toutes vêtues de noir comme leurs parents
comme le bedeau et comme son eminence
l'archiprêtre qui radote au couvent.
elles héritent et c'est pour ça qu'elles dansent
les flamandes, les flamandes
les fla, les fla, les flamandes.
les flamandes dansent sans mollir,
sans mollir aux dimanches sonnants
les flamandes dansent sans mollir
les flamandes, ça n'est pas mollissant.
si elles dansent, c'est parce qu'elles ont cent ans
et qu'à cent ans il est bon de montrer
que tout va bien qu'on a toujours bon pied
et bon houblon et bon blé dans le pré:
elles s'en vont retrouver leurs parents
et le bedeau et même son eminence
l'archiprêtre qui radote au couvent.
et c'est pour ça qu'une dernière fois elles dansent
les flamandes, les flamandes, les fla, les fla
les flamandes, les flamandes, les flamandes
les fla, les fla, les flamandes
les flamandes, les flamandes, les flamandes
les fla, les fla, les flamandes.
****    Isabelle_59 
quand isabelle dort plus rien ne bouge
quand isabelle dort au berceau de sa joie
sais-tu qu'elle vole la coquine
les oasis du sahara
les poissons dorés de la chine
et les jardins de l'alhambra
quand isabelle dort plus rien ne bouge
quand isabelle dort au berceau de sa joie
elle vole les rêves et les jeux
d'une rose et d'un bouton d'or
pour se les poser dans les yeux
belle isabelle quand elle dort
quand isabelle rit plus rien ne bouge
quand isabelle rit au berceau de sa joie
sais-tu qu'elle vole la cruelle
le rire des cascades sauvages
qui remplacent les escarcelles
des rois qui n'ont pas d'équipages
quand isabelle rit plus rien ne bouge
quand isabelle rit au berceau de sa joie
elle vole les fenêtres de l'heure
qui s'ouvrent sur le paradis
pour se les poser dans le coeur
belle isabelle quand elle rit
quand isabelle chante plus rien ne bouge
quand isabelle chante au berceau de sa joie
sais-tu qu'elle vole la dentelle
tissée au coeur de rossignol
et les baisers que les ombrelles
empêchent de prendre leur vol
quand isabelle chante plus rien ne bouge
quand isabelle chante au berceau de sa joie
elle vole le velours et la soie
qu'offre la guitare à l'infante
pour se les poser dans la voix
belle isabelle quand elle chante
****    La_mort_59
la mort m'attend comme une vieille fille
au rendez-vous de la faucille
pour mieux cueillir le temps qui passe
la mort m'attend comme une princesse
à l'enterrement de ma jeunesse
pour mieux pleurer le temps qui passe
la mort m'attend comme carabosse
à l'incendie de nos noces
pour mieux rire du temps qui passe
mais qu'y a-t-il derrière la porte
et qui m'attend déjà
ange ou démon, qu'importe
au-devant de la porte, il y a toi
la mort attend sous l'oreiller
que j'oublie de me réveiller
pour mieux glacer le temps qui passe
la mort attend que mes amis
me viennent voir en pleine nuit
pour mieux se dire que le temps passe
la mort m'attend dans tes mains claires
qui devront fermer mes paupières
pour mieux quitter le temps qui passe
mais qu'y a-t-il derrière la porte
et qui m'attend déjà 
ange ou démon, qu'importe
au-devant de la porte, il y a toi
la mort m'attend aux dernières feuilles
de l'arbre qui fera mon cercueil
pour mieux clouer le temps qui passe
la mort m'attend dans les lilas
qu'un fossoyeur lancera sur moi
pour mieux fleurir le temps qui passe
la mort m'attend dans un grand lit
tendu aux toiles de l'oubli
pour mieux fermer le temps qui passe.
mais qu'y a-t-il derrière la porte
et qui m'attend déjà 
ange ou démon, qu'importe
au-devant de la porte, il y a toi
****    Tendresse_59
pour un peu de tendresse
je donnerais les diamants
que le diable caresse
dans mes coffres d'argent
pourquoi crois-tu, la belle
que les marins au port
vident leurs escarcelles
pour offrir des trésors
à de fausses princesses ?
pour un peu de tendresse
pour un peu de tendresse
je changerais de visage
je changerais d'ivresse
je changerais de langage
pourquoi crois-tu, la belle
qu'au sommet de leurs chants
empereurs et ménestrels
abandonnent souvent
puissances et richesses ?
pour un peu de tendresse
pour un peu de tendresse
je t'offrirais le temps
qu'il reste de jeunesse
à l'été finissant
pourquoi crois-tu, la belle
que monte ma chanson
vers la claire dentelle
qui danse sur ton front
penché vers ma détresse ?
pour un peu de tendresse.
****    Colombe_59
pourquoi cette fanfare
quand les soldats par quatre
attendent les massacres
sur le quai d'une gare ?
pourquoi ce train ventru
qui ronronne et soupire
avant de nous conduire
jusqu'au malentendu ?
pourquoi les chants, les cris
des foules venues fleurir
ceux qui ont le droit d'partir
au nom de leurs conneries ?
nous n'irons plus au bois, la colombe est blessée
nous n'allons pas au bois, nous allons la tuer
pourquoi l'heure que voilà
où finit notre enfance
où finit notre chance
où notre train s'en va ?
pourquoi ce lourd convoi
chargé d'hommes en gris
repeints en une nuit
pour partir en soldats ?
pourquoi ce train de pluie ?
pourquoi ce train de guerre ?
pourquoi ce cimetière
en marche vers la nuit ?
nous n'irons plus au bois, la colombe est blessée
nous n'allons pas au bois, nous allons la tuer
pourquoi les monuments
qu'offriront les défaites
les phrases déjà faites
qui suivront l'enterrement ?
pourquoi l'enfant mort-né
que sera la victoire ?
pourquoi les jours de gloire
que d'autres auront payés ?
pourquoi ces coins de terre
que l'on va peindre en gris
puisque c'est au fusil
qu'on éteint la lumière ?
nous n'irons plus au bois, la colombe est blessée
nous n'allons pas au bois, nous allons la tuer
pourquoi ton cher visage
dégrafé par les larmes
qui me rendait les armes
aux sources du voyage ?
pourquoi ton corps qui sombre
ton corps qui disparaît
et n'est plus sur le quai
qu'une fleur sur une tombe ?
pourquoi ces prochains jours
où je devrais penser
a ne plus m'habiller
que d'une moitié d'amour ?
nous n'irons plus au bois, la colombe est blessée
nous n'allons pas au bois, nous allons la tuer.

****    Je_prendr_58
je prendrai
dans les yeux d'un ami
ce qu'il y a de plus chaud,de plus beau
et de plus tendre aussi
qu'on ne voit que deux ou trois fois
durant toute une vie
et qui fait que cet ami est notre ami
je prendrai
un nuage de ma jeunesse
qui passait rond et blanc
par-dessus ma tête et souvent
et qui aux jours de faiblesse
ressemblait à ma mère
et aux jours de colère à un lion
un beau nuage douillet et rond et confortable
je prendrai
ce ruisseau clair et frêle d'avril
qui disparaît aux premiers froids
qui disparaît tout l'hiver
et coule alors paraît-il sur la table des noces de cana
je prendrai
ma lampe, ma meilleure
pas celle qui éclaire
non, celle qui illumine
et rend joli et appelle de loin
je prendrai
un lit, un grand, le mien
et qui sait ce que c'est qu'un homme
et son chagrin
un grand lit d'être humain
je prendrai tout cela
et puis je bâtirai
je bâtirai et j'appellerai les gens
qui passeront dans la rue
et je leur montrerai
ma crèche de noël
****    Demain_on_58 
puisque demain l'on se marie
apprenons la même chanson
puisque demain s'ouvre la vie
dis-moi ce que nous chanterons
nous forcerons l'amour
a bercer notre vie
d'une chanson jolie
qu'à deux nous chanterons
nous forcerons l'amour
si tu le veux, ma mie
a n'être de nos vies
que l'humble forgeron
puisque demain l'on se marie
apprenons la même chanson
puisque demain s'ouvre la vie
dis-moi ce que nous y verrons
nous forcerons nos yeux
a ne jamais rien voir
que la chose jolie
qui vit en chaque chose
nous forcerons nos yeux
a n'être qu'un espoir
a deux nous offrirons
comme on offre une rose
puisque demain l'on se marie
apprenons la même chanson
puisque demain s'ouvre la vie
dis-moi encore où nous irons
nous forcerons les portes
des pays d'orient
a s'ouvrir devant nous
devant notre sourire
nous forcerons, ma mie
le sourire des gens
a n'être plus jamais
une joie qui soupire
puisque demain s'ouvre la vie
ouvrons la porte à ces chansons
puisque demain l'on se marie
apprenons la même chanson
****    Printemps_58 
au printemps au printemps
et mon coeur et ton coeur
sont repeints au vin blanc
au printemps au printemps
les amants vont prier
notre-dame du bon temps
au printemps
pour une fleur un sourire un serment
pour l'ombre d'un regard en riant
toutes les filles
vous donneront leurs baisers
puis tous leurs espoirs
vois tous ces coeurs
comme des artichauts
qui s'effeuillent en battant
pour s'offrir aux badauds
vois tous ces coeurs
comme de gentils mégots
qui s'enflamment en riant
pour les filles du métro
au printemps au printemps
et mon coeur et ton coeur
sont repeints au vin blanc
au printemps au printemps
les amants vont prier
notre-dame du bon temps
au printemps
pour une fleur un sourire un serment
pour l'ombre d'un regard en riant
tout paris
se changera en baisers
parfois même en grand soir
vois tout paris
se change en pâturage
pour troupeaux d'amoureux
aux bergères peu sages
vois tout paris
joue la fête au village
pour bénir au soleil
ces nouveaux mariages
au printemps au printemps
et mon coeur et ton coeur
sont repeints au vin blanc
au printemps au printemps
les amants vont prier
notre-dame du bon temps
au printemps
pour une fleur un sourire un serment
pour l'ombre d'un regard en riant
toute la terre
se changera en baisers
qui parleront d'espoir
vois ce miracle
car c'est bien le dernier
qui s'offre encore à nous
sans avoir à l'appeler
vois ce miracle
qui devait arriver
c'est la première chance
la seule de l'année
au printemps au printemps
et mon coeur et ton coeur
sont repeints au vin blanc
au printemps au printemps
les amants vont prier
notre-dame du bon temps
au printemps
au printemps
au printemps
****    Je_ne_sai_58
je ne sais pas pourquoi la pluie
quitte là-haut ses oripeaux
que sont les lourds nuages gris
pour se coucher sur nos coteaux
je ne sais pas pourquoi le vent
s'amuse dans les matins clairs
a colporter les rires d'enfants
carillons frêles de l'hiver
je ne sais rien de tout cela
mais je sais que je t'aime encore
je ne sais pas pourquoi la route
qui me pousse vers la cité
a l'odeur fade des déroutes
de peuplier en peuplier
je ne sais pas pourquoi le voile
du brouillard glacé qui m'escorte
me fait penser aux cathédrales
où l'on prie pour les amours mortes
je ne sais rien de tout cela
mais je sais que je t'aime encore
je ne sais pas pourquoi la ville
m'ouvre ses remparts de faubourgs
pour me laisser glisser fragile
sous la pluie parmi ses amours
je ne sais pas pourquoi ces gens
pour mieux célébrer ma défaite
pour mieux suivre l'enterrement
ont le nez collé aux fenêtres
je ne sais rien de tout cela
mais je sais que je t'aime encore
je ne sais pas pourquoi ces rues
s'ouvrent devant moi une à une
vierges et froides, froides et nues
rien que mes pas et pas de lune
je ne sais pas pourquoi la nuit
jouant de moi comme guitare
m'a forcé à venir ici
pour pleurer devant cette gare
je ne sais rien de tout cela
mais je sais que je t'aime encore
je ne sais pas à quelle heure part
ce triste train pour amsterdam
qu'un couple doit prendre ce soir
un couple dont tu es la femme
et je ne sais pas pour quel port
part d'amsterdam ce grand navire
qui brise mon coeur et mon corps
notre amour et mon avenir
je ne sais rien de tout cela
mais je sais que je t'aime encore
mais je sais que je t'aime encore
****    Colonel_58
colonel, faut-il
puisque se lève le jour
faire battre tous les tambours
réveiller tous les pandours
colonel, faut-il
faire sonner tous les clairons
rassembler les escadrons 
colonel, colonel, nous attendons
le colonel s'ennuie
il effeuille une fleur
et rêve à son amie
qui lui a pris son coeur
son amie est si douce et belle
dans sa robe, au soleil
que chaque jour passé près d'elle
se meuble de merveilles
colonel, faut-il
puisque voilà l'ennemi
faire tirer notre artillerie
disposer notre infanterie 
colonel, faut-il
charger tous comme des fous
ou partir à pas de loup 
colonel, colonel, dites-le-nous
le colonel s'ennuie
il effeuille une fleur
et rêve à son amie
qui lui a pris son coeur
ses baisers doux comme velours
tendrement ont conduit
à l'état-major de l'amour
le colonel ravi
colonel, faut-il
puisque vous êtes blessé
faut-il donc nous occuper
de vous trouver un abbé 
colonel, faut-il
puisqu'est mort l'apothicaire
chercher le vétérinaire 
colonel, colonel, que faut-il faire
le colonel s'ennuie
il effeuille une fleur
et rêve à son amie
qui lui a pris son coeur
il la voit et lui tend les bras
il la voit et l'appelle
et c'est en lui parlant tout bas
qu'il entre dans le ciel
ce colonel qui meurt
et qui meurt de chagrin
blessé d'une fille dans le coeur
ce colonel, loin de sa belle
c'est mon coeur loin du tien
c'est mon coeur loin du tien
****    Dors_ma_m_58 
dors ma mie
dehors la nuit est noire
dors ma mie bonsoir
dors ma mie
c'est notre dernier soir
dors ma mie bonsoir
sur les fleurs qui ferment leurs paupières
pleure la pluie légère
et l'oiseau qui chantera l'aurore
dors et rêve encor'
ainsi demain déjà
serai seul à nouveau
et tu m'auras perdu
rien qu'en me voulant trop
tu m'auras gaspillé
a te vouloir bâtir
un bonheur éternel
ennuyeux à périr
au lieu de te pencher
vers moi tout simplement
moi qui avais besoin
si fort de ton printemps
non les filles que l'on aime
ne comprendront jamais
qu'elles sont à chaque fois
notre dernier muguet
notre dernière chance
notre dernier sursaut
notre dernier départ notre dernier bateau
dors ma mie
dehors la nuit est noire
dors ma mie bonsoir
dors ma mie c'est notre dernier soir
dors ma mie je pars
****    La_lumier_58
la lumière jaillira
claire et blanche un matin
brusquement devant moi
quelque part en chemin
la lumière jaillira
et la reconnaîtrai
pour l'avoir tant de fois
chaque jour espérée
la lumière jaillira
et de la voir si belle
je connaîtrai pourquoi
j'avais tant besoin d'elle
la lumière jaillira
et nous nous marierons
pour n'être qu'un combat
n'être qu'une chanson
la lumière jaillira
et je l'inviterai
a venir sous mon toit
pour y tout transformer
la lumière jaillira
et déjà modifié
lui avouerai du doigt
les meubles du passé
la lumière jaillira
et j'aurai un palais
tout ne change-t-il pas
au soleil de juillet?
la lumière jaillira
et toute ma maison
assise au feu de bois
apprendra ses chansons
la lumière jaillira
parsemant mes silences
de sourires de joie
qui meurent et recommencent
la lumière jaillira
qu'éternel voyageur
mon coeur en vain chercha
mais qui était en mon coeur
la lumière jaillira
reculant l'horizon
la lumière jaillira
et portera ton nom
****    Si_vrai_58 
dites, dites, si c'était vrai
s'il était né vraiment à bethléem, dans une étable
dites, si c'était vrai
si les rois mages étaient vraiment venus de loin, de fort loin
pour lui porter l'or, la myrrhe, l'encens
dites, si c'était vrai
si c'était vrai tout ce qu'ils ont écrit luc, matthieu
et les deux autres,
dites, si c'était vrai
si c'était vrai le coup des noces de cana
et le coup de lazare
dites, si c'était vrai
si c'était vrai ce qu'ils racontent les petits enfants
le soir avant d'aller dormir
vous savez bien, quand ils disent notre père, quand ils disent notre mère
si c'était vrai tout cela
je dirais oui
oh, sûrement je dirais oui
parce que c'est tellement beau tout cela
quand on croit que c'est vrai.
****    Homm_cite_58
pourvu que nous vienne un homme
aux portes de la cité
que l'amour soit son royaume
et l'espoir son invité
et qu'il soit pareil aux arbres
que mon père avait plantés
fiers et nobles comme soir d'été
et que les rires d'enfants
qui lui tintent dans la tête
l'éclaboussent de reflets de fête
pourvu que nous vienne un homme
aux portes de la cité
que son regard soit un psaume
fait de soleils éclatés
qu'il ne s'agenouille pas
devant tout l'or d'un seigneur
mais parfois pour cueillir une fleur
et qu'il chasse de la main
a jamais et pour toujours
les solutions qui seraient sans amour
pourvu que nous vienne un homme
aux portes de la cité
et qui ne soit pas un baume
mais une force, une clarté
et que sa colère soit juste
jeune et belle comme l'orage
qu'il ne soit jamais ni vieux ni sage
et qu'il rechasse du temple
l'écrivain sans opinion
marchand de riens
marchand d'émotions
pourvu que nous vienne un homme
aux portes de la cité
avant que les autres hommes
qui vivent dans la cité
humiliés, l'espoir meurtri
et lourds de leur colère froide
ne dressent au creux des nuits
de nouvelles barricades
****    Litanies_58
mon coeur, ma mie, mon âme
mon ciel, mon feu, ma flamme
mon puits, ma source, mon val
mon miel, mon baume, mon graal
mon blé, mon or, ma terre
mon soc, mon roc, ma pierre
ma nuit, ma soif, ma faim
mon jour, mon aube, mon pain
ma voile, ma vague, mon guide, ma voix
mon sang, ma force, ma fièvre, mon moi
mon chant, mon rire, mon vin, ma joie
mon aube, mon cri, ma vie, ma foi
mon coeur, ma mie, mon âme
mon ciel, mon feu, ma flamme
mon corps, ma chair, mon bien
voilà que tu reviens
****    Voici_58
voici
qu'un ciel penche ses nuages
sur ces chemins d'italie
pour amoureux sans bagages
voici
des coteaux en ribambelles
pour enrubanner nos vies
de vins clairs de fleurs nouvelles
voici
des cloches sonnant la fête
des fêtes pour que l'on rie
des rires que rien n'arrête
voici
des amours en robe blanche
moitié fleur et moitié fruit
que nous jalousent les anges
voici
des échos qui font la chaîne
pur porter à l'infini
nos toujours et nos je t'aime
voici
des promesse de saint-jean
de saint-jean qui durent la vie
des vies qu'épargne le temps
voici
certains sourires de nos pères
que l'on recherche la nuit
pour mieux calmer sa colère
voici
qu'au carrefour des amitiés
la douleur s'évanouit
broyée par nos mains serrées
voici
qu'en nos faubourgs délavés
des prêtres en litanies
sont devenus ouvriers
voici
des mains ridées de courage
qui caressent l'établi
d'où jaillit la belle ouvrage
voici
ces fleurs poussant en pagaille
entre nous et l'ennemi
pour empêcher la bataille
voici
****    Aventure_58
l'aventure commence à l'aurore
a l'aurore de chaque matin
l'aventure commence alors
que la lumière nous lave les mains
l'aventure commence à l'aurore
et l'aurore nous guide en chemin
l'aventure c'est le trésor
que l'on découvre à chaque matin
pour martin c'est le fer sur l'enclume
pour césar le vin qui chantera
pour yvon c'est la mer qu'il écume
c'est le jour qui s'allume
c'est le blé que l'on bat
l'aventure commence à l'aurore
a l'aurore de chaque matin
l'aventure commence alors
que la lumière nous lave les mains
tout ce que l'on cherche à redécouvrir
fleurit chaque jour au coin de nos vies
la grande aventure il faut la cueillir
entre notre église et notre mairie
entre la barrière du grand-père machin
et le bois joli de monsieur l'baron
et entre la vigne de notre voisin
et le doux sourire de la madelon
la madelon
l'aventure commence à l'aurore
a l'aurore de chaque matin
l'aventure commence alors
que la lumière nous lave les mains
l'aventure commence à l'aurore
et l'aurore nous guide en chemin
l'aventure, c'est le trésor
que l'on découvre à chaque matin
pour martin c'est le fer sur l'enclume
pour césar le vin qui chantera
pour yvon c'est la mer qu'il écume
c'est le jour qui s'allume
c'est le blé que l'on bat
l'aventure commence à l'aurore
a l'aurore de chaque matin
l'aventure commence alors
que la lumière nous lave les mains
tous ceux que l'on cherche à pouvoir aimer
sont auprès de nous et à chaque instant
dans le creux des rues, dans l'ombre des prés
au bout du chemin, au milieu des champs
debout dans le vent et semant le blé
pliés vers le sol, saluant la terre
assis près des vieux et tressant l'osier
couchés au soleil, buvant la lumière
dans la lumière
l'aventure commence à l'aurore
a l'aurore de chaque matin
l'aventure commence alors
que la lumière nous lave les mains
l'aventure commence à l'aurore
et l'aurore nous guide en chemin
l'aventure c'est le trésor
que l'on découvre à chaque matin
pour martin c'est le fer sur l'enclume
pour césar le vin qui chantera
pour yvon c'est la mer qu'il écume
c'est le jour qui s'allume
c'est le blé que l'on bat
l'aventure commence à l'aurore
et l'aurore nous guide en chemin
l'aventure c'est le trésor
que l'on découvre à chaque matin
matin
****    Voir_58
voir la rivière gelée
vouloir être un printemps
voir la terre brûlée
et semer en chantant
voir que l'on a vingt ans
vouloir les consumer
voir passer un croquant
et tenter de l'aimer
voir une barricade
et la vouloir défendre
voir périr l'embuscade
et puis ne pas se rendre
voir le gris des faubourgs
vouloir être renoir
voir l'ennemi de toujours
et fermer sa mémoire
voir que l'on va vieillir
et vouloir commencer
voir un amour fleurir
et s'y vouloir brûler
voir la peur inutile
la laisser aux crapauds
voir que l'on est fragile
et chanter à nouveau
voilà ce que je vois
voilà ce que je veux
depuis que je te vois
depuis que je te veux.

****    Que_l_amo_57
quand on n'a que l'amour
a s'offrir en partage
au jour du grand voyage
qu'est notre grand amour
quand on n'a que l'amour
mon amour toi et moi
pour qu'éclatent de joie
chaque heure et chaque jour
quand on n'a que l'amour
pour vivre nos promesses
sans nulle autre richesse
que d'y croire toujours
quand on n'a que l'amour
pour meubler de merveilles
et couvrir de soleil
la laideur des faubourgs
quand on n'a que l'amour
pour unique raison
pour unique chanson
et unique secours
quand on n'a que l'amour
pour habiller matin
pauvres et malandrins
de manteaux de velours
quand on n'a que l'amour
a offrir en prière
pour les maux de la terre
en simple troubadour
quand on n'a que l'amour
a offrir à ceux là
dont l'unique combat
est de chercher le jour
quand on n'a que l'amour
pour tracer un chemin
et forcer le destin
a chaque carrefour
quand on n'a que l'amour
pour parler aux canons
et rien qu'une chanson
pour convaincre un tambour
alors sans avoir rien
que la force d'aimer
nous aurons dans nos mains
amis le monde entier
****    Bonn_gens_57
qu'avons-nous fait, bonnes gens, dites-moi
de la bonté du monde
on l'aurait cachée au fond d'un bois
que ça ne m'étonnerait guère
on l'aurait enfouie dix pieds sous terre
que ça ne m'étonnerait pas
et c'est dommage de ne plus voir
à chaque soir, chaque matin
sur les routes, sur les trottoirs
une foule de petits saints martin
qu'avons-nous fait, bonnes gens, dites-moi
de tout l'amour du monde
on l'aurait vendu pour je n'sais quoi
que ça ne m'étonnerait guère
on l'aurait vendu pour faire le guerre
que ça ne m'étonnerait pas
et c'est dommage de ne plus voir
les amoureux qui ont 20 ans
se conter mille et une histoires
pour le plus des feux de la saint jean
mais nous retrouverons bonnes gens, croyez-moi
toutes ces joies profondes
on les retrouverait au fond de soi
que ça ne m'étonnerait guère
on les retrouverait sous la poussière
que ça ne m'étonnerait pas
et c'est tant mieux on pourra voir
enfin d'autres que les fous
chanter l'amour, chanter l'espoir
et les chanter avec des mots à vous
qu'attendons-nous bonnes gens, dites-moi
pour retrouver ces choses
qu'attendons-nous bonnes gens
dites-le moi
****    Pieds_rui_57
les pieds dans le ruisseau
moi, je regarde couler la vie
les pieds dans le ruisseau
moi, je regarde sans dire un mot
les gentils poissons me content leur vie
en faisant des ronds sur l'onde jolie
et moi, je réponds en gravant dans l'eau
des mots, jolis mots, mots de ma façon
les pieds dans le ruisseau
moi, je regarde couler la vie
les pieds dans le ruisseau
moi, je regarde sans dire un mot
au fil du courant s'efface une lettre
lettre d'un amant disparu peut-être
ah, que je voudrais trouver près de moi
une fille dont j'pourrais caresser les doigts
les pieds dans le ruisseau
moi, je regarde couler la vie
les pieds dans le ruisseau
moi, je regarde sans dire un mot
et quand le crapaud berce au crépuscule
parmi les roseaux, dame libellule
penchant mon visage au-dessus de l'eau
je vois mon image, moi, je vois l'idiot
****    Saint_Pie_57
il y a longtemps de cela
au fond du ciel, le bon saint pierre
comme un collégien se troubla
pour une étoile au cœur de pierre
sitôt conquise, elle s'envole
en embrasant de son regard
le cœur, la barbe et l'auréole
du bon saint pierre au désespoir
qui criait et pleurait
dans les rues du paradis
qui criait et pleurait
tout en se moquant de lui
effeuillons l'aile d'un ange
pour voir si elle pense à moi
effeuillons l'aile d'un ange
pour voir si elle m'aimera
saint pierre alors partit chercher
a cheval sur un beau nuage
vainement dans la voie lactée
sa jeune étoile au cœur volage
au paradis, lorsqu'il revint
devant la porte, il est resté
n'osant montrer tout son chagrin
a ses copains auréolés
qui criaient et pleuraient
dans les rues du paradis
qui criaient et pleuraient
tout en se moquant de lui
effeuillons l'aile d'un ange
pour voir si elle pense à toi
effeuillons l'aile d'un ange
pour voir si elle t'aimera
mais le bon dieu lui vint en aide
car les barbus sont syndiqués
il changea l'étoile en planète
et fit de saint pierre un portier
et de ces anges déplumés
par les amours du bon saint pierre
afin de tout récupérer
il fit les démons de l'enfer
ceux qui crient, ceux qui pleurent
a l'heure où naissent les nuits
ceux qui crient, ceux qui pleurent
dans un coin de votre esprit
effeuillons l'aile d'un ange
pour voir si elle pense à moi
effeuillons l'aile d'un ange
pour voir si elle m'aimera
****    Pardons_57
pardon pour cette fille
que l'on a fait pleurer
pardon pour ces regards
que l'on quitte en riant,
pardon pour ces visages
qu'une larme a changé
pardon pour ces maisons
où quelqu'un nous attend
et puis pour tous ces mots
que l'on dit "mots d'amour",
et que nous employons
en guise de monnaie
et pour tous les serments
qui meurent au petit jour
pardon pour ces jamais,
pardon pour ces toujours.
pardon de ne plus voir
les choses comme elles sont,
pardon d'avoir voulu oublier nos vingt ans,
pardon d'avoir laissé s'oublier nos leçons
pardon de renoncer à nos renoncements
et puis de renier les rêves d'autrefois
et puis de se terrer au milieu de sa vie,
et puis de préférer le salair' de judas.
pardon pour l'amitié, pardon pour les amis.
pardon pour pour les hameaux
qui ne chantent jamais,
pardon pour les villages
que l'on a oubliés,
pardon pour les cités
où nul ne se connaît,
pardon pour les pays
qui nous ont achetés
et puis pour être ceux qui se foutent de tout
et pour ne pas avoir
chaque jour essayé,
et puis pardon encore
et puis pardon surtout
de ne jamais savoir
qui doit nous pardonner
****    Celibatai_57
la fille que j'aimera
aura le cœur si sage
qu'au creux de son rivage
mon cœur s'arrêtera
la fille que j'aimera
je lui veux la peau tendre
pour qu'aux nuits de décembre
s'y réchauffent mes doigts
et moi je l'aimerons
et elle m'aimera
et nos cœurs brûleront
du même feu de joie
entreront en chantant
dans les murs de la vie
en offrant nos vingt ans
pour qu'elle nous soit jolie
non ce n'est pas toi
la fille que j'aimerons
non ce n'est pas toi
la fille que j'aimera
la fille que j'aimera
aura sa maison basse
blanche et simple à la fois
comme un état de grâce
la fille que j'aimera
aura des soirs de veille
où elle me parlera
des enfants qui sommeillent
et moi je l'aimerons
et elle m'aimera
et nous nous offrirons
tout l'amour que l'on a
pavoiserons tous deux
notre vie de soleil
avant que d'être vieux
avant que d'être vieille
non ce n'est pas toi
la fille que j'aimerons
non ce n'est pas toi
la fille que j'aimera
la fille que j'aimera
vieillira sans tristesse
entre son feu de bois
et ma grande tendresse
la fille que j'aimera
sera comme bon vin
qui se bonifiera
un peu chaque matin
et moi je l'aimerons
et elle m'aimera
et ferons des chansons
de nos anciennes joies
et quitterons la terre
les yeux pleins l'un de l'autre
pour fleurir tout l'enfer
du bonheur qui est nôtre
ah, qu'elle vienne à moi
la fille que j'aimerons!
ah, qu'elle vienne à moi
la fille que j'aimera!
****    La_betise_57 
voici l'air fameux z-entre tous : l'air de la bêtise
mère des gens sans inquiétude
mère de ceux que l'on dit forts
mère des saintes habitudes
princesse des gens sans remords
salut à toi, dame bêtise
toi dont le règne est méconnu
salut à toi, dame bêtise
mais dis-le moi, comment fais-tu
pour avoir tant d'amants
et tant de fiancés
tant de représentants
et tant de prisonniers
pour tisser de tes mains
tant de malentendus
et faire croire aux crétins
que nous sommes vaincus
pour fleurir notre vie
de basses révérences
de mesquines envies
de noble intolérance
de mesquines envies
de noble intolérance
de mesquines envies
de noble intolérance
mère de nos femmes fatales
mère des mariages de raison
mère des filles à succursales
princesse pâle du vison
salut à toi, dame bêtise
toi dont le règne est méconnu
salut à toi, dame bêtise
mais dis moi, comment fais-tu
pour que point l'on ne voie
le sourire entendu
qui fera de vous et moi
de très nobles cocus
pour nous faire oublier
que les putains, les vraies
sont celles qui font payer
pas avant, mais après
pour qu'il puisse m'arriver
de croiser certains soirs
ton regard familier
au fond de mon miroir
ton regard familier
au fond de mon miroir
ton regard familier
au fond de mon miroir.
****    J_en_appe_57 
j'en appelle aux maisons écrasées de lumière
j'en appelle aux amours que chantent les rivières
a l'éclatement bleu des matins de printemps
a la force jolie des filles qui ont vingt ans
a la fraîcheur certaine d'un vieux puits de désert
a l'étoile qu'attend le vieil homme qui se perd
pour que monte de nous et plus fort qu'un désir
le désir incroyable de se vouloir construire
en se désirant faible et plutôt qu'orgueilleux
en se désirant lâche plutôt que monstrueux
j'en appelle à ton rire que tu croques au soleil
j'en appelle à ton cri à nul autre pareil
au silence joyeux qui parle doucement
a ces mots que l'on dit rien qu'en se regardant
a la pesante main de notre amour sincère
a nos vingt ans trouvés à tout ce qu'ils espèrent
pour que monte de nous et plus fort qu'un désir
le désir incroyable de se vouloir construire
en préférant plutôt que la gloire inutile
et le bonheur profond et puis la joie tranquille
j'en appelle aux maisons écrasées de lumière
j'en appelle à ton cri à nul autre pareil
****    Heureux_57 
heureux qui chante pour l'enfant
et qui sans jamais rien lui dire
le guide au chemin triomphant
heureux qui chante pour l'enfant
heureux qui sanglote de joie
pour s'être enfin donné d'amour
ou pour un baiser que l'on boit
heureux qui sanglote de joie
heureux les amants séparés
et qui ne savent pas encor'
qu'ils vont demain se retrouver
heureux les amants séparés
heureux les amants épargnés
et dont la force de vingt ans
ne sert à rien qu'à bien s'aimer
heureux les amants épargnés
heureux les amants que nous sommes
et qui demain loin l'un de l'autre
s'aimeront s'aimeront
par-dessus les hommes
****    Les_bles_57
donne-moi la main
le soleil a paru
il nous faut prendre le chemin
le temps des moissons est venu
le blé nous a trop attendus
et nous attendons trop de pain
ta main sur mon bras
pleine de douceur
bien gentiment demandera
de vouloir épargner les fleurs
ma faucille les évitera
pour éviter que tu ne pleures
les blés sont pour la faucille
les soleils pour l'horizon
les garçons sont pour les filles
et les filles pour les garçons
les blés sont pour la faucille
les soleils pour l'horizon
les garçons sont pour les filles
et les filles pour les garçons
donne-moi tes yeux
le soleil est chaud
et dans ton regard lumineux
il a fait jaillir des jets d'eau
qui mieux qu'un geste
mieux qu'un mot
rafraîchiront ton amoureux
penchée vers le sol
tu gerbes le blé
et si parfois ton jupon vole
pardonne-moi de regarder
les trésors que vient dévoiler
pour mon plaisir le vent frivole
les blés sont pour la faucille
les soleils pour l'horizon
les garçons sont pour les filles
et les filles pour les garçons
les blés sont pour la faucille
les soleils pour l'horizon
les garçons sont pour les filles
et les filles pour les garçons
donne-moi ton cœur
le soleil fatigué
s'en est allé
chanter ailleurs
la chanson des blés moissonnés
venu est le temps de s'aimer
il nous faut glaner le bonheur
ecrasés d'amour, éblouis de joie
je saluerai la fin du jour
en te serrant tout contre moi
et tu combleras mon émoi
en me disant que pour toujours
les blés sont pour la faucille
les soleils pour l'horizon
les garçons sont pour les filles
et les filles pour les garçons
les blés sont pour la faucille
les soleils pour l'horizon
les garçons sont pour les filles
et les filles pour les garçons

****    Grand_Jac_54
c'est trop facile d'entrer aux églises
de déverser toutes sa saleté
face au curé qui dans la lumière grise
ferme les yeux pour mieux nous pardonner
tais-toi donc grand jacques
que connais-tu du bon dieu?
un cantique une image
tu n'en connais rien de mieux
c'est trop facile quand les guerres sont finies
d'aller gueuler que c'était la dernière
amis bourgeois vous me faites envie
vous ne voyez donc point vos cimetières
tais-toi donc grand jacques
laisse-les donc crier
laisse-les pleurer de joie
toi qui ne fus même pas soldat
c'est trop facile quand un amour se meurt
qu'il craque en deux parce qu'on l'a trop plié
d'aller pleurer comme les hommes pleurent
comme si l'amour durait l'éternité
tais-toi donc grand jacques
que connais-tu de l'amour?
des yeux bleus des cheveux fous
tu n'en connais rien du tout
et dis-toi donc grand jacques
dis-le-toi bien souvent
c'est trop facile
c'est trop facile
de faire semblant
****    Il_pleut_54
il pleut
c'est pas ma faute à moi
les carreaux de l'usine
sont toujours mal lavés
il pleut
les carreaux de l'usine
y en beaucoup d'cassés
les filles qui vont danser
ne me regardent pas
car elles s'en vont danser
avec tous ceux-là
qui savent leur payer
pour pouvoir s'amuser
des fleurs de papier
ou de l'eau parfumée
les filles qui vont danser
ne me regardent pas
car elles s'en vont danser
avec tous ceux-là
il pleut
c'est pas ma faute à moi
les carreaux de l'usine
sont toujours mal lavés
les corridors crasseux
sont les seuls que je vois
les escaliers qui montent
ils sont toujours pour moi
mais quand je suis
seul sous les toits
avec le soleil
avec les nuages
j'entends la rue pleurer
je vois les cheminées
de la ville fumer
doucement dans mon ciel à moi
la lune danse
pour moi le soir
elle danse danse
elle danse danse
et son haleine
immense halo, me caresse
le ciel est pour moi
je m'y plonge le soir
et j'y plonge ma peine
il pleut
et c'est ma faute à moi
les carreaux de l'usine
sont toujours mal lavés
il pleut
les carreaux de l'usine
moi j'irai les casser
****    Diable_ca_54
un jour,
un jour le diable vint sur terre
un jour le diable vint sur terre
pour surveiller ses intérêts
il a tout vu le diable, il a tout entendu
et après avoir tout vu
et après avoir tout entendu
il est retourné chez lui, là-bas.
et là-bas, on avait fait un grand banquet
a la fin du banquet, il s'est levé le diable
il a prononcé un discours :
ça va
il y a toujours un peu partout
des feux illuminant la terre
ça va
les hommes s'amusent comme des fous
au dangereux jeu de la guerre
ça va
les trains déraillent avec fracas
parce que des gars pleins d'idéal
mettent des bombes sur les voies
ça fait des morts originales
ça fait des morts sans confession
des confessions sans rémission
ça va
rien ne se vend mais tout s'achète
l'honneur et même la sainteté
ça va
les états se muent en cachette
en anonymes sociétés
ça va
les grands s'arrachent les dollars
venus du pays des enfants
l'europe répète l'avare
dans un décor de mil neuf cent
ça fait des morts d'inanition
et l'inanition des nations
ça va
les hommes, ils en ont tant vu
que leurs yeux sont devenus gris
ça va
et l'on ne chante même plus
dans toutes les rues de paris
ça va
on traite les braves de fous
et les poètes de nigauds
mais dans les journaux de partout
tous les salauds ont leur photo
ça fait mal aux honnêtes gens
et rire les malhonnêtes gens
ça va, ça va, ça va, ça va!
****    Pleuvoir_54 
il peut pleuvoir
sur les trottoirs
des grands boulevards
moi je m'en fiche
j'ai ma mie
auprès de moi
il peut pleuvoir
sur les trottoirs
des grands boulevards
moi je m'en fiche
car ma mie
c'est toi
et au soleil là-haut
qui nous tourne le dos
dans son halo de nuages
et au soleil là-haut
qui nous tourne le dos
moi je crie : "bon voyage!"
les flaques d'eau qui brillent
sous les jambes des filles
aux néons étincelants
qui lancent dans la vie
leur postillons de pluie
je crie en rigolant :
et aux gens qui s'en viennent
et aux gens qui s'en vont
jour et nuit tournez en rond
et aux gens qui s'en viennent
et aux gens qui s'en vont
moi je crie à pleins poumons :
y a plein d'espoir
sur les trottoirs
des grands boulevards
et j'en suis riche
j'ai ma mie
auprès de moi
y a plein d'espoir
sur les trottoirs
des grands boulevards
et j'en suis riche
car ma mie
c'est toi
c'est toi!
****    Regarder_54
derrière la saleté
s'étalant devant nous
derrière les yeux plissés
et les visages mous
au-delà de ces mains
ouvertes ou fermées
qui se tendent en vain
ou qui sont poing levé
plus loin que les frontières
qui sont de barbelés
plus loin que la misère
il nous faut regarder
il nous faut regarder
ce qu'il y a de beau
le ciel gris ou bleuté
les filles au bord de l'eau
l'ami qu'on sait fidèle
le soleil de demain
le vol d'une hirondelle
le bateau qui revient
par-delà le concert
des sanglots et des pleurs
et des cris de colère
des hommes qui ont peur
par-delà le vacarme
des rues et des chantiers
des sirènes d'alarme
des jurons de charretier
plus fort que les enfants
qui racontent les guerres
et plus fort que les grands
qui nous les ont fait faire
il nous faut écouter
l'oiseau au fond des bois
le murmure de l'été
le sang qui monte en soi
les berceuses des mères
les prières des enfants
et le bruit de la terre
qui s'endort doucement
****    Fou_d.roi_54
il était un fou du roi
qui vivait l'âme sereine
en un château d'autrefois
pour l'amour d'une reine
et vivent les bossus
ma mère
et vivent les pendus
et vivent les bossus
ma mère
et vivent les pendus
il y eut une grande chasse
où les nobles deux par deux
tous les dix mètres s'embrassent
dans les chemins qu'on dit creux
et vivent les bossus
ma mère
et vivent les pendus
et vivent les bossus
ma mère
et vivent les pendus
lorsque le fou vit la reine
courtisée par un beau comte
il s'en fut le cœur en peine
dans un bois pleurer de honte
et vivent les bossus
ma mère
et vivent les pendus
et vivent les bossus
ma mère
et vivent les pendus
lorsque trois jours furent passés
il revint vers le château
et alla tout raconter
dans sa tour au roi là-haut
et vivent les bossus
ma mère
et vivent les pendus
et vivent les bossus
ma mère
et vivent les pendus
devant tout ce qu'on lui raconte
tout un jour, le roi a ri
il fit décorer le comte
et c'est le fou qu'on pendit
et vivent les bossus
ma mère
et vivent les pendus
et vivent les bossus
ma mère
et vivent les pendus
****    Comme_ca_54 
dans les campagnes y a les filles
les filles qui vont chercher l'eau
a tire-larigot
les filles font la file gentille
et tout en parlant tout haut
les filles font la file gentille
et tout en parlant tout haut
du feu et de l'eau
c'est comme ça depuis que le monde tourne
y a rien à faire pour y changer
c'est comme ça depuis que le monde tourne
et il vaut mieux ne pas y toucher
près des filles y a les garçons
les longs, les minces et les gras
qui rigolent tout bas
les noirs, les roses et les blonds
qui parlent de leur papa
les noirs, les roses et les blonds
qui parlent de leur papa
et des yeux doux d'isa
y a les garçons, y a les papas
qui ont l'air graves et sévères
et qui sentent la bière
ils crient pour n'importe quoi
et sortent le soir par derrière
ils crient pour n'importe quoi
et sortent le soir par derrière
pour jouer au poker
c'est comme ça depuis que le monde tourne
y a rien à faire pour y changer
c'est comme ça depuis que le monde tourne
et il vaut mieux ne pas y toucher
dans les cafés y a les copains
et tous les verres qu'on boit à vide
y a aussi les verres vides
et les copains qu'on aime bien
vous font rentrer à l'aube livide
et les copains qu'on aime bien
vous font rentrer à l'aube livide
toutes les poches vides
près des copains il y a la ville
la ville immense et inutile
où je me fais de la bile
la ville avec ses plaisirs vils
qui pue l'essence d'automobile
la ville avec ses plaisirs vils
qui pue l'essence d'automobile
ou la guerre civile
c'est comme ça depuis que le monde tourne
y a rien à faire pour y changer
c'est comme ça depuis que le monde tourne
et il vaut mieux ne pas y toucher
près de la ville il y a la campagne
où les filles brunes ou blondes
dansent à la ronde
et par la plaine par la montagne
laissons-les fermer la ronde
et par la plaine par la montagne
laissons-les fermer la ronde
des braves gens du monde
c'est comme ça depuis que le monde tourne
y a rien à faire pour y changer
c'est comme ça depuis que le monde tourne
et il vaut mieux ne pas y toucher
et il vaut mieux ne pas y toucher
et il vaut mieux ne pas y toucher
****    La_place_54
sur la place chauffée au soleil
une fille s'est mise à danser
elle tourne toujours, pareille
aux danseuses d'antiquités,
sur la ville il fait trop chaud
hommes et femmes sont assoupis
et regardent par le carreau
cette fille qui danse à midi
ainsi certains jours, paraît
une flamme à nos yeux
a l'église où j'allais
on l'appelait le bon dieu
l'amoureux l'appelle l'amour
le mendiant la charité
le soleil l'appelle le jour
et le brave homme la bonté
sur la place vibrante d'air chaud
où pas même ne paraît un chien
ondulante comme un roseau
la fille bondit, s'en va, s'en vient
ni guitare ni tambourin
pour accompagner sa danse
elle frappe dans ses mains
pour se donner la cadence
ainsi certains jours, paraît
une flamme à nos yeux
a l'église où j'allais
on l'appelait le bon dieu
l'amoureux l'appelle l'amour
le mendiant la charité
le soleil l'appelle le jour
et le brave homme la bonté
sur la place où tout est tranquille
une fille s'est mise à chanter
et son chant plane sur la ville
hymne d'amour et de bonté
mais sur la ville il fait trop chaud
et, pour ne point entendre son chant,
les hommes ferment les carreaux
comme une porte entre morts et vivants
ainsi certains jours, paraît
une flamme en nos cœurs
mais nous ne voulons jamais
laisser luire sa lueur
nous nous bouchons les oreilles
et nous nous voilons les yeux
nous n'aimons point les réveils
de notre cœur déjà vieux
sur la place, un chien hurle encore
car la fille s'en est allée
et comme le chien hurlant la mort
pleurent les hommes leur destinée
****    S_il_te_fa_54
tu n'as rien compris
s'il te faut des trains
pour fuir vers l'aventure
et de blancs navires
qui puissent t'emmener
chercher le soleil
à mettre dans tes yeux
chercher des chansons
que tu puisses chanter
alors s'il te faut l'aurore
pour croire au lendemain
et des lendemains
pour pouvoir espérer
retrouver l'espoir
qui t'a glissé des mains
retrouver la main
que ta main a quittée
et alors s'il te faut des mots
prononcés par des vieux
pour justifier
tous tes renoncements
si la poésie pour toi
n'est plus qu'un jeu
si toute ta vie
n'est qu'un vieillissement
alors s'il te faut l'ennui
pour te sembler profond
et le bruit des villes
pour saouler tes remords
et puis des faiblesses
pour te paraître bon
et puis des colères
pour te paraître fort
alors alors
tu n'as rien compris...
_54   la_bastille_54
mon ami, qui crois que tout doit changer
te crois-tu le droit de t'en aller tuer les bourgeois?
si tu crois encore qu'il nous faut descendre
dans le creux des rues pour monter au pouvoir
si tu crois encore au rêve du grand soir
et que nos ennemis, il faut aller les pendre
dis-le-toi désormais
même s'il est sincère
aucun rêve jamais
ne mérite une guerre
on a détruit la bastille
et ça n'a rien arrangé
on a détruit la bastille
quand il fallait nous aimer
mon ami, qui crois que rien ne doit changer
te crois-tu le droit de vivre et de penser en bourgeois
si tu crois encore qu'il nous faut défendre
un bonheur acquis au prix d'autres bonheurs
si tu crois encore que c'est parce qu'ils ont peur
que les gens te saluent plutôt que de te pendre
dis-le-toi désormais
même s'il est sincère
aucun rêve jamais
ne mérite une guerre
on a détruit la bastille
et ça n'a rien arrangé
on a détruit la bastille
quand il fallait nous aimer
mon ami, je crois que tout peut s'arranger
sans cris sans effroi même sans insulter les bourgeois
l'avenir dépend des révolutionnaires
mais se moque bien des petits révoltés
l'avenir ne veut ni feu ni sang ni guerre
ne sois pas de ceux-là qui vont nous les donner
hâtons-nous d'espérer
marchons aux lendemains
tendons une main
qui ne soit pas fermée
on a détruit la bastille
et ça n'a rien arrangé
on a détruit la bastille
ne pourrait-on pas s'aimer?
****    Priere_pa_54
n'est-il pas vrai marie que c'est prier pour vous
que de lui dire « je t'aime » en tombant à genoux?
n'est-il pas vrai marie que c'est prier pour vous
que pleurer de bonheur en riant comme un fou
que couvrir de tendresse nos païennes amours
c'est fleurir de prières chaque nuit, chaque jour?
n'est-il pas vrai marie que c'est chanter pour vous
que semer nos chemins, de simple poésie?
n'est-il pas vrai marie que c'est chanter pour vous
que voir en chaque chose, une chose jolie
que chanter pour l'enfant qui bientôt nous viendra
c'est chanter pour l'enfant qui repose en vos bras?
n'est-il pas vrai marie?
n'est-il pas vrai marie?
****    Il_y_a_54 
il y a tant de brouillard dans les ports, au matin
qu'il n'y a de filles dans le cœur des marins
il y a tant de nuages qui voyagent là-haut
qu'il n'y a d'oiseaux
il y a tant de labours, il y a tant de semences
qu'il n'y a de joie, d'espérance
il y a tant de ruisseaux, il y a tant de rivières
qu'il n'y a de cimetières
mais il y a tant de bleu dans les yeux de ma mie
il y a dans ses yeux tant de vie
il y a dans ses cheveux un peu d'éternité
sur sa lèvre tant de gaieté
il y a tant de lumières dans les rues des cités
qu'il n'y a d'enfants désolés
il y a tant de chansons perdues dans le vent
qu'il n'y a d'enfants
il y a tant de vitraux, il y a tant de clochers
qu'il n'y a de voix qui nous disent d'aimer
il y a tant de canaux qui traversent la terre
qu'il n'y a de rides au visage des mères
mais il y a tant de bleu dans les yeux de ma mie
il y a dans ses yeux tant de vie
il y a dans ses cheveux un peu d'éternité
sur sa lèvre tant, tant de gaieté.
****    La_foire_54
j'aime la foire où pour trois sous
l'on peut se faire tourner la tête
sur les manèges aux chevaux roux
au son d'une musique bête
les lampions jettent au firmament
alignés en nombre pair
comme des sourcils de géant
leurs crachats de lumière
les moulins tournent, tournent sans trêve
emportant tout notre argent
et nous donnant un peu de rêve
pour que les hommes soient contents
les moulins tournent, tournent sans trêve
emportant tout notre argent
et nous donnant un peu de rêve
pour que les hommes soient contents
j'aime la foire où pour trois sous
l'on peut se faire tourner la tête
sur les manèges aux chevaux roux
au son d'une musique bête
ça sent la graisse où dansent les frites
ça sent les frites dans les papiers
ça sent les beignets qu'on mange vite
ça sent les hommes qui les ont mangés
partout je vois à petits pas
des couples qui s'en vont danser
mais moi sûrement je n'irai pas
grand-mère m'a dit de me méfier
partout je vois à petits pas
des couples qui s'en vont danser
mais moi sûrement je n'irai pas
grand-mère m'a dit de me méfier
j'aime la foire où pour trois sous
l'on peut se faire tourner la tête
sur les manèges aux chevaux roux
au son d'une musique bête
et lorsque l'on n'a plus de sous
pour se faire tourner la tête
sur les manèges aux chevaux roux
au son d'une musique bête
on rentre chez soi lentement
et tout en regardant les cieux
on se demande simplement
s'il n'existe rien de mieux
on rentre chez soi lentement
et tout en regardant les cieux
on se demande simplement
s'il n'existe rien de mieux
j'aimais la foire où pour trois sous
l'on pouvait se faire tourner la tête
sur les manèges aux chevaux roux
au son d'une musique bête

****    A_deux_53
toi, toi et moi
toi et moi
a deux!
nous bâtirons des cathédrales
pour y célébrer nos amours
nous y accrocherons les voiles
qui nous pousseront vers le jour
a deux, nous offrirons la lune
aux hommes qui n'ont pas de chance
et j'irai décrocher saturne
nous en ferons nos alliances
et nous remercierons la vie
d'avoir voulu nous épargner
nous pourrons la croquer, ma mie,
sans jamais devoir la cracher
a deux!
nous jetterons sur les rivières
des ponts faits de notre amitié
pour tous les hommes de la terre
afin qu'on puisse les aimer
et de tes rires à la ronde
tu éclabousseras l'humanité
moi, je pourrai lever le monde
avant que le monde m'ait couché
nous partirons chaque matin
a l'aventure d'une journée
nous avons la vie dans nos mains
mais il nous faut la dessiner
a deux!
nous tracerons de sur la terre
des chemins pavés de soleil
nous effacerons les frontières
car tous les enfants sont pareils
et les histoires que l'on raconte,
qui font qu'on semble les nier,
a deux, nous prouverons au monde
qu'on peut les faire devenir vrais
nos cœurs seront plein d'espérance
nos chants seront des chants d'amour
car à deux nous aurons la chance
de croire qu'on en a chaque jour
a deux!
nous bâtirons des cathédrales
pour y célébrer nos amours
****    Ballade_53
bourgeois, marchands, nobles dames,
seigneurs, damoiselles jolies, grands du monde et voleurs
ecoutez la prière d'un homme de vingt ans
ecoutez la prière d'un manant
je voudrais un joli bateau
un beau bateau de bois doré
pour faire la pêche à la morue
je voudrais une jolie calèche
pour me promener
et pour éclabousser les filles
qui dansent dans les avenues
mais n'est-ce pas là ce que vous désirez vous-mêmes
mais n'est-ce pas là ce que vous désirez tout bas
je voudrais que dans les maisons
ça sente bon le pain, la bière et le jambon
qui se balance en nos plafonds
je voudrais que tous les clochards
puissent chanter tôt le matin et tard le soir
des airs de liberté
mais n'est-ce pas là ce que vous désirez vous-mêmes
mais n'est-ce pas là ce que vous désirez tout bas
je voudrais un joli avion
pour voir le bon dieu
un bel avion, souple et léger
qui m'emmènerait haut dans les cieux
et je voudrais qu'les p'tits enfants
soient pas méchants
et que leurs rires comme des jets d'eau
rafraîchissent l'humanité
je voudrais un joli bateau
pour m'amuser sur l'eau
****    Departs_53
toutes les amitiés
qu'on laisse mourir
qu'on laisse tomber
pour aller courir
sur de vains chemins
cherchant pas à pas
un bonheur humain
qu'on ne connaît pas
amitiés anciennes
vieilles comme la vie
idées faites siennes
et que l'on renie
visage sans nom
prénom sans visage
rires que nous perdons
inutiles bagages
tous les “au revoir”
qu'on lance à la ronde
parce qu'on croit devoir
parcourir le monde
et tous les “adieux”
aux filles donnés
c'est trop d'être deux
allant guerroyer
les bonheurs qu'on sème
à chaque départ
meurent vite d'eux-mêmes
sur les quais des gares
tous les “au revoir”
et tous les “adieux”
nous rendent l'espoir
nous rendent plus vieux
****    Il_v_faut_53
ce qu'il nous faut, mais c'est de l'amour
l'amour qui vient embraser nos coeurs
ce qu'il nous faut, c'est un peu d'bonnheur
afin d'pouvoir conserver nos amours
ce qu'il nous faut, il nous faut rêver
aller joyeux vers les lendemains
ce qu'il nous faut, c'est prendre une main
afin qu'à nous deux nous puissions rêver
vous jeunesse folle
qui jouez aux jeux de l'ennui
passé est le temps de l'école
écoutez donc ma philosophie
ce qu'il nous faut ce sont des chansons
que le matin mettra sur vos lèvres
ce qu'il nous faut quand le jour se lève
c'est que nos lèvres aient déjà leur chanson
ce qu'il nous faut, mais ce sont les rues
pleines de cris, de rires d'enfants
ce qu'il nous faut c'est un bout d'printemps
dont on ira pavoiser les rues
vous gens raisonnables
que la raison a fatigués
fatiguez-vous à être aimables
et laissez-moi vous expliquer
ce qu'il vous faut mais c'est être fou
fou de la vie fou, de ses chemins
ce qu'il vous faut, ne penser à rien
afin de pouvoir, jour et nuit, rester fou
ce qu'il vous faut ce sont des maisons
faites de joie, faites de soleil
ce qu'il nous faut, ce sont des merveilles
que l'on mettra dans toutes les maisons
à vous mademoiselle
si vos yeux bleus deviennent gris
et s'ils ne voient plus d'hirondelles
c'est qu'on ne vous a jamais dit
ce qu'il nous faut mais c'est de l'amour
l'amour qui vient embraser les coeurs
ce qu'il nous faut c'est un peu de bonheur
afin de pouvoir conserver nos amours
ce qu'il nous faut il nous faut rêver
aller joyeux vers les lendemains
ce qu'il vous faut c'est prendre une main
afin qu'à deux nous puissions rêver
****    Ombre_cha_53
suis l'ombre des chansons
que tu veux oublier
pour chanter les leçons
d'un monde fatigué
suis l'ombre des chansons
qui auraient pu jeter
au fond de ta prison
un rayon de clarté
tout habillé de noir
je te suis dans tes rêves
tes rêves illusoires
où le jour qui se lève
sans foi, sans joie, s'achève
suis l'ombre de l'ami
dont tu laissas la main
la main qui te servit
à faire tes lendemains
suis l'ombre de l'ami
qui faisait qu'au matin
pour toi chantait la vie
et s'ouvraient les chemins
tout habillé de noir
je te suis au désert
où t'entraîne l'espoir
de conquérir la terre
l'enfant méchant se perd
suis l'ombre des amours
que tu t'es refusées
en refusant toujours
à ton cœur d'espérer
suis l'ombre des amours
que tu as gaspillées
en gaspillant les jours
qui sont faits pour aimer
tout habillé de noir
je te suis dans la vie
ta vie où chaque soir
se désole et vieillit
ton cœur qui meurt d'ennui
suis l'ombre de tout ça
que tu as rejeté
au plus profond de toi
pour ne plus y penser
suis l'ombre de tout ça
de cette vie passée
que demain, toi et moi
pouvons recommencer
****    Accordeon_53
vieux musicien
fais-moi rêver
jusqu'au matin
reste courbé
sur ton accordéon
ton accordéon
tout blanc
fais rêver, fais valser
fais tourner mes vingt ans
vieux musicien
fais-moi rêver
aux quatre coins de la vie
et pour qu'on lui pardonne
la vie met ses cheveux gris
et, pour nous, accordéone
vieux musicien
fais-moi aimer
jusqu'au matin
reste courbé
sur ton accordéon
ton accordéon
tout bleu
fais rêver, fais valser
nos deux cœurs amoureux
vieux musicien
fais-moi aimer
aux quatre coins de l'amour
et pour qu'on lui pardonne
la vie vient nous dire bonjour
et, pour nous, accordéone
vieux musicien
fais-moi pleurer
jusqu'au matin
reste courbé
sur ton accordéon
ton accordéon
tout noir
fais pleurer, fais rêver
nos deux cœurs sans espoir
vieux musicien
fais-moi pleurer
aux quatre coins de la vie
et pour se venger de nous
la vie met ses cheveux gris
pour nous dire qu'elle s'en fout
****    Ange_dech_53
tous les chemins qui menent à rome
portent les amours de mon cœur déçu
car tous les chemins qui menent à rome
portent les mensonges des anges dechus
amour du matin frais comme la rose
amour qu'on etreint en etreignant le jour
tu etais si jolie les lèvres mi-closes
me penchant vers toi je t'ai dit toujours
mais tous les chemins qui menent à rome
portent les amours de mon cœur déçu
car tous les chemins qui menent à rome
portent les mensonges des anges dechus
amour de midi brûlant de clarté
amour que l'on vole au vol de la vie
le vent qui jalousait le chant de nos baisers
nous disait d'être sages et nous en avons ri
mais tous les chemins qui menent à rome
portent les amours de mon cœur déçu
car tous les chemins qui menent à rome
portent les mensonges des anges dechus
****    La_Haine_53
comme un marin je partirai
pour aller rire chez les filles
et si jamais tu en pleurais
moi j'en aurais l'âme ravie
comme un novice je partirai
pour aller prier le bon dieu
et si jamais tu en souffrais
je n'en prierais que mieux
tu n'as commis d'autre péché
que de distiller chaque jour
l'ennui et la banalite
quand d'autres distillent l'amour
et mille jours pour une nuit
voilà ce que tu m'as donné
tu as peint notre amour en gris
terminé notre éternité
comme un ivrogne je partirai
pour aller gueuler ma chanson
et si jamais tu l'entendais
j'en remercierais le démon
comme un soldat je partirai
mourir comme meurent les enfants
et si jamais tu en mourais
j'en voudrais revenir vivant
et toi tu pries et toi tu pleures
au long des jours au long des ans
c'est comme si avec des fleurs
on ressoudait deux continents
l'amour est mort vive la haine
et toi matériel déclassé
va-t-en donc accrocher
ta peine au musée
des amours ratées
comme un ivrogne je partirai
pour aller gueuler ma chanson
et si jamais tu l'entendais
j'en remercierais le démon
****    Troubadou_53
je suis un vieux troubadour
qui a conté beaucoup d'histoires
histoires gaies, histoires d'amour
et sans jamais beaucoup y croire
j'ai chanté comme un grand livre
dont chaque page était un rire
j'ai chanté la joie de vivre
en attendant celle de mourir
j'ai chanté mes belles idées
mais lorsque je dus les dire
ce qui en chant était léger
en paroles vous fit rire
j'ai chanté l'idéal aux enfants
pour leur donner un peu d'espoir
en me disant qu'en le chantant
je pourrais bien un jour y croire
j'ai chanté un chant d'amitié
qui était fait de mon coeur
nous le criâmes souvent en choeur
mais j'étais seul à le chanter
j'aurais voulu lever le monde
rien que pour lui, par bonté
j'aurais voulu lever le monde
mais c'est le monde qui m'a couché
je suis un vieux troubadour
qui chante encore pour chanter
des histoires, histoires d'amour
pour faire croire qu'il est gai
un troubadour désenchanté
qui par une habitude vaine
chante encore l'amitié
pour ne pas chanter la haine
****    2_fauteui_53
j'ai retrouvé deux fauteuils verts
dans mon grenier tout dégoûtants
c'est le fauteuil de mon grand-père
et le fauteuil de grand-maman
l'un est usé jusqu'à la corde
souvent l'on dormit dans ses bras
il est lourd de la sueur qu'il porte
c'est le fauteuil de grand-papa
l'autre presque neuf n'a deci, delà
que quelques tache d'argent
sur le dossier et sur les bras
grand-mère y a pleuré dedans
tout petit home de grande joie
vous les connûtes encore amants
se tenant tendrement les doigts
disant les mots qu'on aime tant
j'ai retrouvé deux fauteuils verts
dans mon grenier tout dégoûtants
c'est le fauteuil de mon grand-père
et le fauteuil de grand-maman
****    Enfa_Roi_53
tous les enfants du roi
même s'ils ont des yeux bleus
peuvent quand même pleurer
les dimanches pluvieux
dans les chambres
des châteaux de jadis
où sous le vent tout tremble
des châteaux de jadis
où sous le vent tout tremble
la nuit
tous les enfants du roi
même s'ils ont des yeux bleus
peuvent quand même prier
les dimanches heureux
aux chapelles
prière à la madone
prière toute belle
prière à la madone
prière toute belle
qui s'envole
ô madone
je ne prie pas pour moi
mais je prie pour les hommes
qui ont perdu la foi
pour eux, le ciel est gris
et lourd et monotone
et les quatre saisons
s'appellent toujours l'automne
pour eux, le ciel est gris
et lourd et las
et jamais on ne rit
et jamais on ne voit
les nuages s'ouvrir
pour laisser le soleil
et jamais il ne passe
des anges en nos sommeils
ô madone
je te prie ce soir
pour les hommes sans foi
les hommes sans espoir
ô madone
je te prie, aie pitié de moi
car je suis de ces hommes
qui ont perdu la foi
tous les enfants du roi
même s'ils ont des yeux bleus
peuvent quand même prier
aux chapelles
prière à la madone
prière toute belle
prière à la madone
prière toute belle
qui s'envole
****    Les_gens_53
belle jeanette a fauté, je n'en dis pas davantage
car cela peut arriver à toutes les filles de son âge
mais lorsque sa mère apprit qu'elle allait être grand-mère
retentirent tous les cris d'une majuscule colère
vous parlez, ma bonne dame, de vice, d'immoralité
mais faites-vous donc un drame des amants que vous avez
les gens qui ont bonne conscience dans les rues, le soir
les gens qui ont bonne conscience ont souvent mauvaise mémoire
et ceux qui se disent beaux parce qu'ils sont des idiots
et ceux qui se disent malins parce qu'ils ne sont que laids
et ceux qui se disent heureux parce qu'ils sont des bigots
et ceux qui se disent bons parce qu'ils sont des niais
ceux qui ont la tête haute parce qu'ils ont tout appris
et qui ont l'âme sereine parce qu'ils n'ont rien compris
les gens qui ont bonne conscience dans les rues, le soir
les gens qui ont bonne conscience ont souvent mauvaise mémoire
****    Les_paves_53
j'aime les pavés de ma rue
petite rue gentille
où l'on voit les filles
qui pendent le linge tout blanc
aux balcons des cours, en riant
aux garçons qui leur parlent d'amour
j'aime les pavés de ma rue
ils ont conduit tout petit
mes petits pas de souris
au pensionnat du sacré-cœur
ah, je me souviens de l'école
et des sœurs
cornettes en auréoles
et plus tard, quand on allait danser
dans les bars du quartier
les pavés
aux joues humides de rosée
supportaient nos pas titubants
en chantant
les chansons que font sur leur dos
les sabots des chevaux
j'aime les pavés de ma rue
ils ont connu ma mie
la belle lucie
le jour qu'on s'est fiancés
il y avait juste assez de soleil
pour aimer
que les autres jours soient pareils
j'aime les pavés de ma rue
leurs ventres sales ont porté
feuilles mortes d'été
mes lettres d'amour jolies
par la belle jetées au vent
émouvants
souvenirs d'une vie
j'aime les pavés de ma rue
je leur demande souvent
comme un petit enfant
de ne pas crier trop fort
sous le chariot qui portera
mon corps
dans sa caisse de bois
pour ne pas troubler ma rue
petite rue gentille
où l'on voit les filles
qui pendent le linge tout blanc
aux balcons des cours, en riant
aux garçons qui leur parlent d'amour.
****    L_orage_53
le ciel
le ciel est chargé
de nuages bas
la pluie va tomber
sur nos mains sur nos bras
sur nos mains sur nos bras
le vent crie de loin
le vent
sa plainte sonore
comme un hymne ancien
que pleurent les morts
que pleurent les morts
la pluie
la pluie est jolie
la pluie qui étincelle
a comme ma mie
un rire de crécelle
un rire de crécelle
l'onde
c'est l'onde qui monte
au fond du valon
l'onde douce et blonde
odeur de moisson
odeur de moisson
les bêtes
les bêtes s'enfuient
par prés et par chemins
les bêtes s'enfuient
noé tu es loin
noé tu es loin
les fleurs
les fleurs ferment leur coeur
avec leurs pétales
comme se cachent les pleurs
dans les yeux d'une femme
dans les yeux d'une femme
les hommes
derrière leurs tambours
de vitres polies
cachent leurs amours
et cachent leurs vies
et cachent leurs vies
j'ai peur
j'ai peur de la pluie
j'ai peur du vent
j'ai peur de la vie
j'ai peur, oh maman
j'ai peur, oh maman
****    Si_tu_rev_53
mais si tu revenais
comme revient l'été
comme ça, simplement
sans même l'appeler
mon amie
mais si tu revenais
comme revient l'été
comme ça, simplement
sans même l'espérer
mon amie
ne pourrais que chanter
les chansons qu'autrefois
tout éblouis d'amour
nous chantâmes à deux
ne pourrais que te dire
tous les mots qui parfois
font d'un couple d'amants
un sourire des dieux
et fou de ce cadeau
que serait ton retour
j'embrasserais ma vie
en embrassant ton corps
j'embrasserais ma vie
et ma vie à son tour
embrasserait ta vie
pour qu'on l'embrasse encore
oui, oui, si tu revenais
comme revient l'été
comme ça, simplement
sans même l'appeler
mon amie
oui, oui, si tu revenais
comme revient l'été
comme ça, simplement
sans même l'espérer
pour la vie
